29 mars 2010

Le fort du Mont Alban, pour quoi faire ?


Honoré par une visite ministérielle, le vieux fort du Mont Alban semble définitivement arrimé au patrimoine culturel de notre cité.

Après m’être battu pendant plus de dix ans au conseil municipal pour que cet édifice emblématique soit ouvert, restauré et culturellement dédié je ne vais évidemment pas me plaindre des dernières décisions du maire de Nice le concernant.

Il est vrai que si le sort des urnes nous avait été favorable aux dernières municipales la question serait peut-être réglée depuis longtemps tant j’avais été impressionné par le travail du jeune architecte niçois Mario Basso qui m’avait présenté un superbe projet, il y a quatre ans, dans une brasserie de l’avnue Borriglione (voir sur ce blog mon billet Nouveau Nouvel).

En fait la situation du Mont Alban, après les déclarations dominicales du maire, ressemble assez à celle de la gare du Sud. Je partage tout à fait la démarche concernant le contenant, je suis plus sceptique sur le contenu. Dire que l’on va mettre cet endroit mythique « à la disposition d’artistes pour l’animer… » ou en faire la star des journées du patrimoine, c’est un peu court…

Aujourd’hui comme hier je vois deux destinations possibles pour la forteresse du duc Emmanuel Philibert.

La première consisterait à en faire la vitrine de notre très riche Muséum d’Histoire Naturelle condamné à végéter du coté de Barla. Nice qui a une des dix plus grandes collection d’histoire naturelle de France trouverait là un lieu à la mesure de ce trésor. Bien sur il ne serait pas question d’une galerie de l’Evolution à la niçoise, mais de permettre la présentation d’une grande partie des pièces qui sont actuellement entassées dans les réserves. Ajoutons que le lieu, un peu à l’écart, serait idéal pour les scolaires dont les autocars pourraient se garer sans problème sur le grand plateau.

Une autre possibilité consisterait à transformer le fort en musée de la Résistance (et de la Déportation : n’oublions pas Simone Weil et les siens…). A l’heure actuelle un petit musée privé est hébergé dans les anciens locaux de la Région sur la plaine du Var. Le Mont Alban avec son architecture militaire serait bien adapté pour une telle destination. Pour nous rappeler aussi que Nice n’était pas seulement la ville de la milice, mais aussi celle de Jean Moulin. Une ville qui se libéra elle-même en août 1944.

Le fort du Mont Alban n’a pas vocation à imiter celui du désert des Tartares. Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de Tartares au large du Cap Ferrat.

Que l’on adopte l’une ou l’autre des solutions que je préconise et l’occasion sera belle d’oublier la vocation guerrière de l’ouvrage en réconciliant la cité avec une partie d’elle même.

28 mars 2010

Mars aux Musées 2010 décroche la Toison d'or


Depuis l’étrange rendez-vous avec les cochons de Wim Delvoye, Mars aux Musées (MAM pour les intimes) a fait étape au MUSEAV de la place Garibaldi, à l’Opéra, sur les hauteurs de Cimiez au Musée Marc Chagall, au TNN et au Théâtre de la Photographie. L’université et le Conseil général me laissant un peu de temps, c’est vendredi que je peux retrouver la manifestation dans sa dernière ligne droite.

Un final qui commence aux Abattoirs par l’exposition Cas de figures. Je dois avouer que la médiation de Ierofili, de Léa (que j’avais déjà appréciée) et de Lucie (une belle découverte) fut très utile. Leurs commentaires informés et (très) légèrement décalés nous ont permis non seulement de comprendre les œuvres mais… de les trouver dans l’immense salle d’exposition. Il est vrai qu’un simple banc de bois ou une fenêtre trouée sont plus difficiles à identifier que l’urinoir de Dubuffet.

Ce samedi, sous la houlette de Lucie Rovatti, c’est au Musée archéologique de Cemenelum que nous nous sommes retrouvés, pour, dans un premier temps, une promenade à travers le temps que je vais avoir la chance d’effectuer à côté de la conseillère générale du 7e canton qui est quasiment sur ses terres. C’est ainsi que nous pouvons admirer, au milieu des fouilles archéologiques, des combats de… Vikings organisés par ces fans d’histoire vivante qui se sont regroupés dans l’association Les Mondes Normands. Epée, hache, lance, arc… : l’arsenal est impressionnant et les combats non chorégraphiés si réalistes que les parents sont obligés d’expliquer  à leurs enfants que « ce n’est pas pour du vrai » !

Mais le meilleur restait à venir. Un peu plus tard dans la soirée, au moment où la nuit tombait doucement sur Cemenelum, l’association Le Peolh cinéma nous a proposé la projection en plein air du nanard flamboyant de Don Chaffey, « Jason et les Argonautes ». Assis sur l’herbe, adossés aux ruines, on a pu trouver la température un peu fraîche. Mais le désagrément était bien faible à côté du plaisir que nous avons eu à suivre, sous la voûte étoilée, les aventures de ce petit canaillou de Jason qui, après avoir trucidé Harpies, Hydre et une petite moitié de la population du bassin méditerranéen, va décrocher toison d’or et sexy Médée pour une happy end que seuls les historiens savent provisoire.

Pas de doute, Elodie Di Bianca, la présidente, et Romain Debray, le trésorier de l’association MICA, la structure juridique de MAM, peuvent avoir le sourire. Des fables de Valérie d’Amodio aux ateliers de Marie-Pierre Nicolas, de « l’atroce volupté » de la Compagnie des Délices au spectacle « Metamorph » de l’association Coalescence, la qualité fut au rendez-vous. Et si on ajoute l’enthousiasme de l’équipe et la vigueur de l’audimat, on peut dire que l’édition 2010 restera dans les annales. Et qu’au final, ce sacré Jason lui décroche la Toison d’or n’est finalement que justice…

23 mars 2010

C'est Guizot que Sarkozy doit virer


Il y a les petites manifs pour marquer le coup, les marées humaines traduisant une révolte sociale et enfin les cortèges d’importance moyenne, point de passage obligé pour une plus large mobilisation.

C’est à cette dernière catégorie qu’appartenait le défilé de ce matin à Nice : quelques milliers de personnes dont l’ardeur combative n’était en rien altérée par le soleil printanier.

Le moins qu’on puisse dire est que le petit gymkhana organisé hier dans la cour de l’Elysée a été mal ressenti par les manifestants qui ont vu là une réaction dérisoire voire provocatrice au désaveu électoral de dimanche.

Les incertitudes liées à la réforme des retraites, les inquiétudes suite au recalibrage des services publics, le désarroi devant le chômage, l’exaspération vis-à-vis de la stagnation du pouvoir d’achat, nourrissaient les slogans scandés par les manifestants. On était loin de la nomination de Monsieur Tron…

Chacun, bien sûr, a compris que nous sommes en période de crise et que le déséquilibre entre actifs et retraités s’aggrave. Mais, au moment où des sacrifices vont être nécessaires, l’exigence de justice sociale est forcément plus importante. Et personne, de Masséna à Garibaldi, ne comprenait que le Président s’entête dans sa philosophie à la Guizot en maintenant le bouclier fiscal et autres cadeaux pour les plus favorisés.

Le « travailler plus pour gagner plus », version sarkozienne du « enrichissez-vous » du ministre de Louis-Philippe, n’est plus de mise. Si le Président veut réformer qu’il vire d’abord le petit Guizot qu’il a dans la tête : en gros, c’était le message finalement très raisonnable que lui envoyaient ce matin les manifestants.

22 mars 2010

Affaires à suivre

Sur le plan national, la gauche unie remporte la large victoire que lui promettait le premier tour. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, même si, ici ou là, le travail des présidents de régions a certainement boosté ce succès, nous sommes loin, très loin, d’un vote d’adhésion. L’abstention massive et la progression du FN sont là pour nous le rappeler. De toute façon, il suffisait de parcourir – comme je l’ai fait – les bureaux de vote en ce dimanche pluvieux, pour constater que c’est un vote contre qui allait s’exprimer. Quoi qu’il en soit, la sanction est rude pour le Président de la République, mal récompensé de son activisme sécuritaire qui n’a fait que renforcer le FN.

Au sein de la gauche, le bilan est positif pour Europe Ecologie et je m’en félicite. De nombreux nouveaux élus vont avoir la possibilité d’impulser de nouvelles pratiques politiques dans les exécutifs régionaux.

Le Front de gauche devra, mais il en a l’habitude, gérer son éternelle contradiction entre un discours radical et des pratiques électorales plutôt pragmatiques.

Le PS, quant à lui, bénéficie une fois de plus (il va diriger toutes les régions de gauche) de sa rente de situation qui fait que des électeurs souvent plus que critiques à son égard votent pour lui au nom d’une prétendue efficacité. Cela dit, la soirée électorale, avec la résurrection charentaise de Ségolène, la rancune affichée de Frêche et la tiédeur des strausskhaniens, montre que pour Martine Aubry, la route vers 2012 ne sera pas un long fleuve tranquille. Et Daniel Cohn-Bendit risque d’attendre longtemps le débat de fond qu’il réclame légitimement. Affaire à suivre.

En PACA, Michel Vauzelle l’emporte facilement, même si son score et le nombre d’élus de sa majorité sont en recul par rapport à 2004. Les « affaires » marseillaises n’ont donc que peu impacté le scrutin. Sévères en parole avec leurs élus, les électeurs le sont beaucoup moins lorsqu’il s’agit de s’exprimer dans les urnes. C’est une donnée qu’il faut désormais intégrer.

Les Alpes-Maritimes restent lanterne rouge de la gauche PACA (plus de 6% en dessous de la moyenne régionale) même si l’apport d’Europe Ecologie et, plus marginalement, celui du Front de Gauche ont contribué à redresser les résultats très médiocres du PS 06 au premier tour. Des résultats qui avaient conduit Vauzelle à virer de la liste un certain nombre de socialistes locaux au profit de touristes électoraux. Du coup, sur treize élus, il n’y aura que cinq socialistes 06. Avec 15 élus,le résultat n'aurait pas été meilleur. Un beau succès pour le premier fédéral…

Si l’on ajoute que le maintien de la droite en première position et la forte progression du FN laissent présager de difficiles triangulaires pour les prochaines échéances, il n’y a pas de quoi pavoiser du côté de Biscarra…

Du coup, le président Vauzelle serait bien inspiré en tirant les conséquences de tout cela au niveau de la composition de son exécutif régional. Affaire à suivre là aussi.

Voir le détail des résultats en PACA, dans le 06, à Nice et dans les cantons de Nice 5 et Nice 7 sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

20 mars 2010

Marathon Mars


Si ce week-end,Clotilde, Claudio et Laurent vont porter bien haut les couleurs niçoises au marathon de Rome, c’est à une tout autre course de fond que Mars aux Musées m’a « contraint » !

Dès vendredi matin, le lendemain d’une soirée « tout culturel » que n’aurait pas renié Jack Lang au Musée d’Art naïf, je retrouve, Musée des Beaux Arts, Anne Decroye-Stilz qui est la conservatrice passionnée… et courageuse des deux établissements.

Elle me fait découvrir le décor de mon cours décentralisé. Après la chapelle du Message biblique l’an dernier, c’est la salle des Van Loo qui m’accueille cette année pours un cours de Master 1 sur les politiques culturelles locales. Les étudiants, étrangement silencieux, semblent impressionnés par la solennité du décor. Et le prof restera méfiant pendant près de deux heures face à un taureau de Marathon tout rugissant de rage pas tout à fait contenue.

Le cours achevé, Cécile, Charlotte, Ierofili et Sylvain, mon maître des cérémonies, entraînent toute la classe pour une passionnante médiation à travers le musée de Chéret à Dufy.

Quelques heures plus tard, c’est au Musée de Terra Amata que nous avons rendez-vous pour la soirée imaginée et organisée par Françoise Debos. Le temps de saluer Bertrand Roussel et les amis du Lazaret, et je peux admirer la troublante exposition « Mouvements anthropomorphiques » de Roxane Petitier : une série de photographies plaçant côte à côte vestiges préhistoriques et corps nus contorsionnés. Le choc des photos nous épargnant le poids des mots, c’est quelque peu bouleversés qu’on ressort de cette plongée au cœur du plus petit commun dénominateur de notre humanité. Roxane étant aussi danseuse et chorégraphe, elle nous propose, dans la foulée, une performance, illustrant avec ses amis la lente émergence de l’humain à travers des tableaux rappelant irrésistiblement les premiers plans de 2001 l’Odyssée de l’espace. Une bien belle soirée.

Une nuit réparatrice, vingt kilomètres de course à pied et quelques activités « cantonales » plus tard, c’est au MAMAC que je retrouve l’équipe de Mars aux Musées. Ierofili, à nouveau, Marie, Magali et Léa nous proposent une médiation de grande qualité et bien utile pour comprendre l’exposition du sulfureux Wim Delvoye. Pour la partie « animale » de l’expo, pas de quoi fouetter un cochon ! Par contre, le gothique organico-pornographique et le ruban de Möbius christique (voir photo) sont plutôt intrigants.

A peine le temps de se remettre qu’Hélios Azoulay et sa clarinette entament un étrange concert de musique incidentale qui semble avoir été composé tout exprès pour cette nouvelle soirée hors du temps.

C’est le moment que je choisis pour m’éclipser afin de pouvoir concocter au calme mon programme Mars aux Musées de la semaine prochaine.

18 mars 2010

Anaïs est naïve

 Anaïs et l'arbre bleu

Après la belle soirée de Saint Jean d'Angély autour de l'œuvre de Kim Boulukos, Mars aux Musées a déambulé dans les rues de Nice à la découverte de l'architecture Belle Epoque avant de prendre la ligne 1 du tramway pour admirer son musée à ciel ouvert et faire étape au Musée Masséna.

Pour ma part, ce jeudi, c'est au Musée International d'Art Naïf que je rejoins la manifestation que j'ai abandonnée bien malgré moi il y a plus d'une semaine. Ce soir, Anaïs, la "référente", probablement inspirée par la magie des lieux, a eu la naïveté de rêver une soirée improbable autour d'un grand arbre bleu, avec une œuvre créée en live par les visiteurs, une médiation autour du mystérieux dessinateur Dominique le Tricoteur, un buffet inspiré de l'art brut préparé par les élèves du Lycée hôtelier, un concert de pop-rock joué par ceux du Conservatoire.

Eh bien, la naïve Anaïs a eu raison de croire à tout cela. Avec Pauline et ses amis, elle a fait en sorte que le rêve advienne et il advint.

Pour ma part, assez peu sensible au crayonnage anatomique du Tricoteur, j'ai déambulé sourire aux lèvres pendant plus d'une heure dans ces salles magnifiques, jouant avec les œuvres et l'arbre bleu.

Puis ce fut l'heure de déguster - pas seulement avec les yeux, mais aussi avec les yeux - l'incroyable buffet "naïf" tout en couleurs et en volumes des élèves du lycée Paul Augier. Et je prétends que le gâteau de Barbara était si beau à voir qu'il aurait dû être cryogéné pour figurer dans la collection permanente du musée... Hélas ! Nous l'avons mangé...

Le gâteau de Barbara

16 mars 2010

La politique comme on l'aime !

De véritables visionnaires ces socialistes locaux, ils ont toujours un combat d'avance ! Ainsi, dans le 5e canton, la campagne pour les élections régionales n'a pas consisté à diffuser et expliquer le programme de Michel Vauzelle mais à assurer la promotion du candidat socialiste que la Fédération veut présenter contre moi aux prochaines élections cantonales.

C'est ainsi que les affiches officielles étaient à moitié recouvertes par des A3 au nom dudit candidat. Pare-brises et boîtes aux lettres étaient quant à eux généreusement approvisionnés en document censés populariser le même personnage. Des équipes se relayaient manifestement autour de ma permanence et de mon domicile (qu'est-ce qu'on s'amuse !).

Comme quoi, on a le sens des priorités à Biscarra, l'objectif n'étant pas de faire un score supérieur à celui du FN voire de la droite, mais bel et bien de battre campagne contre Patrick Mottard plus d'un an à l'avance.

Résultat des courses, une abstention abyssale à Nice, un PS 06 qui fait le plus petit score de la région PACA et qui, humiliation supplémentaire, est dépassé par le FN...

Mais tout ça n'est pas très grave : chacun sait que le danger, ce n'est pas Le Pen mais un conseiller général niçois qui a le malheur de penser "autrement"...

15 mars 2010

PS 06 : bonnet d'âne PACA

Sur le plan national, les effets combinés de la crise, de la politique de casse sociale du gouvernement et les zigzags idéologiques du Président de la République ont provoqué la défaite annoncée de la droite et, mécaniquement, la victoire de la gauche. Il est également probable que les régions dirigées par la gauche sont apparues comme une sorte de bouclier contre les effets les plus brutaux de la politique gouvernementale.

Mais il serait irresponsable de minimiser les deux faits majeurs du scrutin, à savoir une abstention effrayante et le retour dans le jeu politique du FN.

En PACA, les résultats sont assez passables pour Michel Vauzelle (25,80%), derrière l'obscur Mariani (26,60%), avec un score de 5% inférieur à la moyenne nationale.(14 points de moins que Ségolène Royal...)

Avec les 10,91% d'Europe Ecologie et les 6,11% du Front de Gauche, le rééquilibrage de la gauche est réel mais probablement insuffisant pour changer en profondeur la gouvernance de la Région. On peut le regretter. Quant au score de Le Pen, il est tout simplement monstrueux (20,29%).

Dans les Alpes-Maritimes, les résultats sont par contre franchement mauvais pour le PS face à une UMP pourtant en petite forme. C'est le moins que l'on puisse dire. Alors que dans la liste Vauzelle arrive en tête dans quatre départements (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Vaucluse, Bouches-du-Rhône) et en deuxième position dans le Var (derrière un Falco qui tire bien son épingle du jeu), Patrick Allemand semble abonné aux troisièmes places car, après être arrivé, au premier tour des municipales, derrière Estrosi et Peyrat, le voilà derrière Franco-Estrosi Sassone et Le Pen. Le score lui-même (20,84 %) est de 10 points en retrait par rapport au résultat national et de 5 points de moins qu'au niveau régional. Saluons par contre le résultat d'Europe Ecologie qui, avec 12,59% fait, vraisemblablement grâce à sa tête de liste André Aschiéri, mieux que la moyenne régionale.

Pourtant, gageons que ces résultats du PS 06 n'interpelleront pas un appareil trop heureux de se partager les dépouilles de la victoire de Vauzelle et de la déroute de la droite.

Cela dit, lorsque la patine des ans viendra recouvrir de son voile d'oubli ce dimanche électoral, il restera, j'en suis sûr, le souvenir de la mort du poète, celui qui a toujours raison car il voit, lui, plus haut que l'horizon.

PS : pour le détail des résultats, voir le blog de Dominique Boy-Mottard.

11 mars 2010

Kim fait son Mars à la fac


Après la soirée magique du Palais Lascaris et les étapes, dit-on, très réussies au Musée des arts asiatiques, au Musée d'Histoire Naturelle (avec des fables de La Fontaine  revisitées), au Musée Matisse et à la Villa Arson, mon emploi du temps me permet enfin de rejoindre le "Mars aux Musées" circus...

La fête de ce soir est organisée par deux brillantes étudiantes, Magali et Marie (il y a à peine quelques mois je faisais partie de leur jury de mémoire M1), autour de l'exposition de Kim Boulukos : "Bird dog nesting ground".

Artiste souriante, disponible et pédagogue - qualité plutôt rare dans le milieu - Kim est née à New York mais travaille depuis plusieurs années à Nice. Cette directrice de recherche en biologie moléculaire au CNRS est une sculpteuse qui, tout en utilisant métaux, bois et céramiques, reste une amoureuse de la nature. C'est ainsi qu'elle fabrique d'insolents animaux imaginaires plein de verve et de fantaisie.

Ce soir elle a décidé de nous présenter, sur d'improbables nids en raffia, tout un escadron de "bird dogs", têtes de chiens et ailes d'oiseaux, prêt à prendre son envol. Ces créatures devraient nous effrayer, elles nous apprivoisent. Le public complice circule avec gaité autour des bestioles d'un pied d'autant plus léger qu'il bat la mesure au rythme du jazz band de l'Université réquisitionné pour l'occasion. Du coup, vous avez le sentiment de libérer Paris en compagnie de Glen Miller...

De la beauté, du sens, de l'éclectisme... du bonheur en somme à mettre à l'actif de Mars aux Musée.Une fois de plus.

09 mars 2010

D’une pierre deux coups

Le doute n’est plus permis, la gauche va largement gagner les élections régionales. Les charmes de la politique spectacle de l’hyper Président n’ont pas résisté à la crise. Le désaveu de sa politique va se manifester par une forte abstention de l’électorat de droite qui va donc conduire mathématiquement à la victoire de la Gauche.

Le contexte électoral est donc particulièrement propice à une atténuation du monopole d’un PS à court d’idées sur la gauche française. L’occasion est belle pour rééquilibrer le camp progressiste au profit des forces rénovatrices.

Que les naufragés du 21 avril se rassurent, le mode de scrutin dispense du sempiternel vote utile, unique argument des dirigeants socialistes depuis une décennie. Avec 10%, on peut être au second tour, avec 5%, on peut fusionner avec une liste présente au second tour. Il y aura donc forcément des listes de gauche au 2e tour dans toutes les régions et elles gagneront haut la main même en cas de maintien (aujourd’hui peu probable) du FN au niveau de 2004.

Il est donc tout à fait possible de rééquilibrer et de rénover la gauche trop souvent plombée par le PS, l’ego de ses dirigeants, ses querelles de courants, son absence de projets…

Dès le 1er tour, on peut influencer la composition des listes de gauche qui se présenteront au 2e tour.

Pour cela, en ce qui me concerne, je voterai Europe Ecologie. Mais j’ai beaucoup d’amis qui voteront, eux, pour le Front de Gauche (le NPA et ses foulards étant hors course). A la périphérie de la gauche, mais résolument dans l’opposition, le MoDem peut être aussi une option.

Nous avons entre les mains les moyens d’enfoncer un coin dans le triste bipartisme UMP-PS tout en donnant un avertissement à Nicolas Sarkozy.

Nous avons donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups.

Electeurs de gauche, ne vous trompez pas de scrutin, l’occasion ne se représentera pas de sitôt.

07 mars 2010

Ni d'Eve ni d'Adam

 
Marie-Joseph Bertini
La célébration de la journée de la femme s'est petit à petit étendue et nous pouvons désormais parler de la semaine de la femme. C'est ainsi que, dès jeudi, je participais au lancement de "Femmes en scène", huit jours d'événements culturels au théâtre de la Tour Gorbella, aux côtés de la chanteuse Elisabeth Vidal, marraine de l'édition 2010.

Dès le lendemain, c'est à la permanence du 10 avenue Cyrille Besset que nous avons célébré, par anticipation et à notre manière - autrement - le 8 mars. En effet, à côté des nombreux rendez-vous festifs et des défilés revendicatifs (pas toujours bien ciblés : voir, sur ce sujet, le blog de Dominique "8 mars 2010 : quels droits pour les femmes ?"), il nous a semblé utile d'avoir une réflexion de fond sur la place des femmes (mais aussi des hommes, c'est l'évidence !) dans la société.

Nous l'avons fait avec Marie-Joseph Bertini, ma collègue et amie, qui vient de sortir un livre à la fois rigoureux et iconoclaste intitulé "Ni d'Eve ni d'Adam" et sous-titré encore plus explicitement "Défaire la différence des sexes". Peut-être stimulés par le souvenir d'une précédente intervention de l'auteur en 2002 au 3 avenue Cyrille Besset pour les plus anciens et la polémique autour du livre d'Elisabeth Badinter pour tous, les participants étaient nombreux, très nombreux.

Une question fondamentale justifie l'ouvrage : à quoi sert la différence des sexes ? A maintenir un ordre symbolique qui possède un coût que les femmes ont toujours payé, répond Marie-Joseph. Cette construction symbolique est confortée par les courants dominants des sciences humaines ce qui, du coup, justifie et renforce l'inégalité des sexes. C'est ce cercle infernal qu'il faut briser pour avoir une chance, un jour, de devenir tous, femmes comme hommes, co-créateurs de notre société.

L'intervenante fut à la fois pédagogue et brillante. Sa façon de passer certaines icônes à la moulinette est particulièrement réjouissante (pauvre Lévi-Strauss !). Et la salle fut, à la grande fierté de l'organisateur, à l'unisson. Des interrogations de la chercheuse Clotilde sur la psychanalyse aux expériences dans le monde du travail de l'ouvrier syndicaliste Emile, des réflexions sur les sociétés matriarcales de la mathématicienne Francine au vécu de mère de famille du cadre de la fonction publique Marie-Jo, des informations de la spécialiste des marchés financiers Anik à l'évocation de la "galanterie" par notre boulanger Jean-Claude, c'est tout un petit monde qui alimenta le débat pendant presque deux heures. Sans oublier l'intervention de notre Pic de la Mirandole, Henri.

Après le rosé ou le jus d'orange de l'amitié, chacun rentra chez soi, un peu ébranlé par les perspectives vertigineuses ouvertes par l'ouvrage de Marie-Joseph Bertini mais aussi plus riche. Avec peut-être en tête la réflexion de Georges Steiner qui figure en bonne place dans le livre : "que ce serait-il passé si le point de départ de la psychanalyse avait été Antigone et non pas Oedipe ?"

04 mars 2010

Mars et ça repart…

Photo Marylène

Chaque année les étudiants du Master « Médiation et Ingiénerie Culturelle », dirigé par Paul Rasse et dans le cadre duquel j’enseigne la politique culturelle, organise Mars aux Musées. Pendant un mois, ils animent musées et lieux culturels de la ville avec des événements, des spectacles, des performances.

Au fil des années cette manifestation unique à Nice opère une synthèse particulièrement excitante entre la culture patrimoniale et la culture vivante,mélange joyeusement les genres et les arts et offre une véritable opportunité de médiation aux professionnels de la culture et aux artistes.

Cette année, Anais, Axel, Bei, Cécile, Elodie, Fabienne, Léa, Lérofili, Lucie, Magali, Marie, Marion, Pauline, Romain, Sylvain, Valérie, Yanan, les deux Charlotte et les deux Françoise de la promo nous ont concocté un programme d’enfer authentifié par une soirée inaugurale que je qualifierais de magique.

C’était mercredi soir au Palais Lascaris, le joyau de l’architecture civile baroque du Vieux Nice. Arrivé un peu à l’avance, alors même que la nuit venait d’envahir la cour intérieure du palais, j’ai pu sacrifier au syndrome de Belphégor en me promenant à travers les pièces vides ou presque, le patio, la chapelle, admirant fresques et stucs.

Puis au hasard de mes pérégrinations, je me suis mis à rencontrer richement vêtus, comtesses et marquis : une atmosphère à la Cocteau avec beaucoup de belles et pas une seule bête à l’horizon.

Le meilleur vint ensuite avec la troupe du théâtre de la Semeuse dirigée par Frédéric Rey (encore un de mes anciens étudiants…) qui nous donna, sur le mode itinérant, une petite pièce de comedia de l’arte. Poursuites, fanfaronnades, séduction pataude, bastonnades, tout y était pour le plus grand plaisir des spectateurs arrivés entre temps en grand nombre. Des spectateurs un peu essoufflés car suivre les acteurs survoltés d’un étage à l’autre exigeait une condition physique irréprochable.

Puis encadrant l’inauguration proprement dite – courte et bonne enfant – nous eûmes droit à un  concert de musique baroque et à quelques morceaux de rock joués par les élèves du Conservatoire. Du baroque au rock, il fallait oser. Ils ont osé.

C’est donc parti et de la meilleure façon pour l’édition 2010 qui nous conduira, entre autres, du Musée archéologique au Forum de l’urbanisme, du Musée Matisse à l’Opéra sans oublier le musée des Beaux Arts où j’aurai le plaisir de faire un cours universitaire décentralisé.

Mars aux Musées, pas de doute, c’est intelligent et ludique, ça donne la pêche et en plus tout est gratuit (même les sushis sont offerts au Musée des Arts asiatiques, m’a précisé une des étudiantes chinoises!).

Cela dit, quand je consulte le programme, je constate avec tristesse que mes obligations d’élu et de prof vont me faire manquer de nombreux rendez-vous. Aussi, ma décision est prise : l’année prochaine, je m’inscris dans le Master… comme étudiant!

03 mars 2010

Lieux intimes (2) : le camp


Ce mardi, la huitième visite aura été décisive. J'ai dû me rendre à l'évidence. Auschwitz-Birkenau, lieu de mémoire universelle s'il en fut, est devenu lieu intime.

Certes, retrouver pour la première fois les traces du passage de mon grand-père dans le camp d'extermination était source d'émotion mais aussi d'intimité avec ces lieux si terriblement conformes à leur histoire.

Mais la conversion vient de plus loin. C'est, en effet, petit à petit que l'effroi du visiteur a fait place à la tendresse du visiteur régulier ; celui qui a besoin de ces pèlerinages pour retrouver les millions d'ombres, papillons nocturnes en perpétuelle errance, que l'on croise et que l'on décroise ici, en terre polonaise.

Samuel, Flora ou Edgard, frissonner quelques heures sous votre ciel est devenu un besoin. Ainsi, au bout de la voie de chemin de fer interne à Birkenau, sur le quai de la solution finale, à l'endroit même où les SS décidaient si vous deviez mourir tout de suite ou après quelques semaines d'agonie, je ressens une forme de sérénité.

C'est que je suis devenu maillon, passeur et, par-dessus tout, vigie de l'indicible. Grâce à vous.

28 février 2010

Un casting de faux culs

La dernière réunion du Bureau National du PS a accouché d'une tartufferie d'une ampleur inégalée pour un parti qui est pourtant passé maître en la matière. Les socialistes pro-Frêche figurant sur la liste du Président sortant en Languedoc-Roussillon sont exclus. Mais, dès le lendemain de l'élection, une "Mission de réconciliation" les réintègrera.

Ayant le souvenir d'une exclusion collective effectuée avec moins de mansuétude à Nice, je me dis que le PS, seul parti français pratiquant encore l'exclusion, vient d'inventer le stalinisme à géométrie variable. A vrai dire, je ne suis pas surpris par une telle décision car, la semaine dernière, le Président du Conseil général des Pyrénées Orientales et Vice-Président frêchien à la Région, nous affirmait qu'il n'envisageait aucunement l'exclusion car, disait-il, "le PS, ici, c'est nous !" (voir à ce sujet, sur le blog de Dominique, Jean-Claude Gayssot soutient Frêche).

En réalité, le scénario de cette "affaire Frêche" a été rendu possible grâce à un incroyable casting de faux-culs :

- Martine Aubry, tout d'abord en prétendant replacer les valeurs au centre du combat socialiste alors que sa propre élection à la tête du parti est le fruit d'une tricherie avérée (voir sur ce blog, Les Bongo du PS) ;

- Rebsamen, Collomb, Hollande, quand ils prétendent défendre la démocratie militante en soutenant Frêche sans s'être vraiment opposé à Aubry au début de l'affaire ;

- tous les autres apparatchiks comme Hamon qui, après avoir armé d'un glaive vengeur le bras d'Aubry, regardent avec inquiétude le vent tourner et, du coup, prêchent la modération.

En fait, l'encombrant Frêche n'était qu'un leurre dans toute cette histoire. Aubry a vu là une occasion de s'affirmer comme présidentiable, en rassemblant le parti sur le dos d'une personnalité contestée qu'elle pensait isolée (c'était plus facile que sur la réforme des retraites, par exemple).  Rebsamen et Collomb ne veut pas que les ambitions de Martine contredisent celles de leur propre présidentiable et Hollande protége sa candidature. Quant aux autres, n'ayant pas encore choisi de peur de ne pas enfourcher le bon cheval, ils travaillent au doigt mouillé.

C'est donc maintenant aux électeurs de gauche de jouer, s'ils veulent en finir avec ces navrantes manoeuvres politiciennes. La droite étant définitivement hors course pour ces régionales - il faut dire qu'elle y a mis du sien -, l'occasion est belle à gauche de jouer la carte de la rénovation en se débarrassant du syndrome étouffant du vote utile. Si on veut battre en brèche le désespérant monopole du PS sur la gauche, il suffit simplement de voter au premier tour pour les autres listes progressistes. Ainsi, la définition d'un nouveau rapport de forces obligera les socialistes à rénover malgré eux.

Dans les Alpes-Maritimes, un beau score de la liste d'Europe Ecologie conduite par André Aschiéri obligerait Michel Vauzelle à abandonner certaines dérives clientélistes et à donner des responsabilités importantes à des élus porteurs de nouvelles pratiques politiques. Franchement, qui s'en plaindrait ?  Sûrement pas Gauche Autrement.

On a la démocratie qu'on mérite, on a la gauche qu'on mérite, on a les élus qu'on mérite. Si à une époque on affirmait que la révolution était au bout du fusil, aujourd'hui, plus modestement, pour ces régionales, constatons que la rénovation est au bout du bulletin de vote...

24 février 2010

Vanbiencouver


Il y a quelques jours, sur ce blog, j'étais persuadé que la narration de mon aventure dans la tempête de neige du Grand (Nice) Nord ferait hurler de rire mes amis québécois...

Eh bien, la réponse est arrivée ce matin par colis postal: loin de prendre à la légère les intempéries niçoises, un expat ami nous a envoyé du Canada les équipements complets des participants aux JO de Vancouver.

Que cette photo soit à la fois une façon de remercier cet ami et un hommage à Nelson Montfort, le Malraux du short track, et à son égérie Ha-ri-ko!

19 février 2010

L’anse de Paulilles


 
La Montagne
Nous sommes le 3 décembre 1870. A la fois représentant d’Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, et délégué militaire de Léon Gambetta, un certain Paul Barbe lance à Paulilles la construction de la première dynamiterie française. Petit coin de paradis sur la Côte Vermeille entre Port Vendres et Banyuls, le site de Paulilles est en effet adéquat pour bâtir une telle fabrique, « le plus loin possible des frontières avec l’Allemagne » avait dit Léon. L’anse dispose d’une rivière et de puits d’eau indispensables au nettoyage de la nitroglycérine. De plus, isolée des lieux de vie avoisinants, les risques en cas d’explosion seront limités.

Jusqu’en1984, l’usine employant plusieurs centaines de personnes va fonctionner comme une petite république avec son village, ses fêtes et ses drames. Malgré une discipline de fer, les maladies professionnelles et les accidents sont nombreux. Mais entre des logements plutôt confortables et la plage forcément privée, on vit plutôt bien aux Paulilles, enclave de prospérité dans ce pays pauvre d’agriculteurs et de pêcheurs. Aussi, la fermeture sera vécue comme un petit drame dans la région.
C’est un peu plus tard qu’interviendront Conservatoire du littoral et Conseil Général pour sauver un site que les vautours de la spéculation immobilière veulent transformer en marina… Une de plus !

Paysage préservé et mémoire des hommes honorée, un beau travail sera réalisé par les deux institutions publiques. L’anse, ses plages, sa pinède, ses eaux turquoises ont été rendues aux familles, aux amoureux et aux promeneurs solitaires. Suffisamment de bâtiments et de lieux ont été préservés pour que le visiteur puisse reconstituer un siècle de mémoire ouvrière. Des scènes de la vie quotidienne ont été peintes sur la façade des bâtiments, les dangereuses installations de la chaîne de fabrication des explosifs sont encore visibles sur la mystérieuse Montagne du cap nord, le jardin du directeur fleure toujours le paternalisme bienveillant et anti-syndical de ce huis clos industriel.

L’Histoire, ce n’est pas seulement les champs de bataille et les monuments grandiloquents, c’est aussi la vie simple des gens simples. Comme cette dame entre deux âges croisée par hasard et interpellée par Dominique : « Oui, j’ai vécu ici, bien sûr beaucoup de choses ont changé mais je retrouve ma vie d’avant et je viens  la faire partager à mes amis ». A ce moment précis son sourire semblait dire : « Voyez vous, je ne suis pas un grain de poussière dans le tourbillon du siècle, ma vie était là et elle a compté… » .

13 février 2010

Le Village pour éviter la Jungle

Pour la troisième fois en trente-quatre jours, j’ai rendu visite au Village, rue Clément Roassal, à Bernard Neuville et à Térésa Maffeis ainsi qu’aux autres bénévoles qui se battent depuis des semaines pour obtenir un logement provisoire à la cinquantaine de demandeurs d’asile présent sur les lieux.

Comme l’avait rappelé Dominique à la suite d’une de ses visites (voir sur son blog « Droit d’asile au village »), il ne s’agit pas de disserter sur les phénomènes migratoires en France mais tout simplement de respecter la loi républicaine et  le droit international.

Des hommes sont menacés dans leurs pays (comment peut-on en douter ? ils viennent de Tchétchénie, du Darfour, d’Erythrée, du Soudan…), ils demandent asile à la République Française, les tribunaux de celle-ci vont tout à fait normalement vérifier l’authenticité de leur démarche. Mais chacun sait – et on le regrette – que la procédure est longue, très longue. Il est donc normal qu’en attendant la réponse ces demandeurs d’asile, nos invités, soient hébergés dignement.

Ils ne demandent rien d’autre. Et pourtant la préfecture souffle le chaud et le froid et traîne…traîne…traîne… J’espère simplement, au nom de l’idée de neutralité du service public que j’enseigne à mes étudiants, que la proximité des élections n’est pour rien dans cette indolence.

En attendant, Bernard et son équipe ne veulent pas que nos amis soient renvoyés sur les parkings où ils dormaient avant d’être accueillis au Village. Il faut donc les aider avec de l’argent, de la nourriture et du temps, un peu de temps… Merci pour eux.

11 février 2010

« Into the wild » dans le 5e canton


Mes amis québécois vont sûrement hurler de rire, mes étudiants russes sourire et ma famille bourguignonne lever les yeux au ciel, mais je n’ai pas pu m’en empêcher… Dès que la neige a recouvert les premiers toits, j’ai abandonné l’écriture du livre que je dois pourtant rendre en fin de semaine (puisse mon éditeur  ne pas lire ce post…) pour me précipiter dehors tel un gamin surexcité.


Un peu gêné aux entournures par une attitude que d’aucuns pourraient qualifier de puérile, je suis vite rassuré par l’interpellation joyeuse d’un président de comité de quartier d’ordinaire plutôt sérieux et qui manifestement faisait la même chose que moi en zigzaguant sans but précis sous la tempête. Tel un Jack London de Nice Nord, je m'aventure dans le quartier Bellevue, le temps de vérifier qu’aujourd’hui la rue Cavendish ressemblait vraiment à une piste de saut à skis (message personnel pour Claudio).

Un peu plus loin, je tombe sur mon ami Pierre Fiori, lui aussi manifestement en goguette. Et, tandis que nous immortalisons cette rencontre par une photographie, il me rappelle que la dernière fois que nous avons pris la pause ensemble c’était à… Istambul !

En passant devant une devanture, je remarque que j’ai un curieux petit tas de neige sur mon improbable bonnet de laine vert, aux couleurs de la firme Skoda, achetée il y a quelques années sur la route du rallye de Monte Carlo.

La tempête se met à redoubler, mon équipement aléatoire commence à prendre l’eau, … et le travail m’attend. Autant de raisons pour rentrer et retrouver Dominique qui – suppression des cours oblige – avait fait la même chose, dans le 7e canton.


10 février 2010

L’a volé, l’orange…

Kiev, place de l'Indépendance, août 2006

Au départ tout était simple. Un certain Ianoukovitch sponsorisé par Poutine et les oligarques russophones avait triché massivement pour gagner les élections présidentielles. On soupçonnait même son entourage d’avoir tenté d’empoisonner son principal rival Victor Iouchtchenko qui restera d’ailleurs défiguré à vie. Du coup, le peuple était descendu dans la rue pour renvoyer le tricheur dans les poubelles de l’histoire tout en plébiscitant Iouchtchenko comme Président d’une Ukraine qui devait s’ouvrir à la démocratie et à l’Europe.

Il y a quatre étés, nous étions sur la place de L’indépendance de Kiev pour humer le parfum de la Révolution. En réalité, la situation était déjà plus complexe qu’on ne le pensait en France (Cf. « Orange givrée » sur mon blog). Mais de là à imaginer que le 7 février 2010, Ianoukovitch serait élu, sans contestation cette fois, Président, il y avait une marge impossible à franchir.

Bien sûr, Iouchtchenko a fait des erreurs, bien sûr, le camp « orange » s’est divisé et même déchiré, bien sûr, l’Europe n’a peut-être pas fait les gestes nécessaires, bien sûr, il y a la crise… Bien sûr !... Bien sûr !

Mais tout de même, si on veut bien se débarrasser de la langue de bois de l’innocence démocratique, il y a des circonstances où on a bien du mal à se dire que le peuple a toujours raison.

07 février 2010

Le juste combat de GF2A


Néné Badji, pendant son intervention

Au moment où les organisations féministes du département nous proposent un 8 mars ethnocentriste (voir Quels droits pour les femmes ? sur le blog de Dominique Boy-Mottard), comment ne pas saluer l’initiative de « Génération Femmes d’Afrique et d’ailleurs » et de l’adjointe Maty Diouf organisant, à l’occasion de la journée mondiale contre l’excision un débat au Parc Phœnix autour du très beau film d’Ousmane Sembene, « Moolaadé ». 

Le film du réalisateur sénégalais raconte l’histoire d’une femme, Collé Ando (jouée par l’actrice Fatoumata Coulibaly, elle-même excisée) qui se bat seule ou presque dans son village contre ce rite ancestral et barbare.

L’occasion de rappeler que cette pratique touche 150 millions de femmes à travers le monde, 30 à 50 000 en France, y compris à Nice… sous nos yeux !

Une pratique qui, chaque année, tue des milliers de fillettes, traumatise des millions de femmes en provoquant perte de plaisir sexuel, incontinence urinaire et déchirement au moment des accouchements.

J’ai été alerté sur cette question il y a plusieurs années grâce à une étudiante, Nene Badji, qui m’avait demandé de diriger son mémoire consacré à l’excision au Sénégal (voir « J’avais sept ans lorsque j’ai été excisée… » sur ce blog). Aussi, c’est avec émotion que j’ai retrouvé Néné parmi les organisatrices de cette soirée. Pour ma part, je me suis contenté d’écouter avec respect une salle composée majoritairement de femmes africaines (quel contraste avec ces colloques où les principales intéressées ne sont jamais consultées…).

Au-delà de l’émotion, la détermination était au rendez-vous et cela suffisait à faire passer sur la salle Linné un petit souffle d’espoir. C’est dans cet esprit que j’ai suggéré à l’assistance de s’emparer du 8 mars pour faire avancer la cause.