29 juin 2011

Administrateur du Foyer de l’Enfance

Ce matin, du côté de Nice La Plaine, j’assistais à mon premier Conseil d’administration du Foyer de l’Enfance des Alpes-Maritimes, FEAM de son petit nom.

Il s’agit d’un établissement public chargé d’accueillir dans l’urgence les mineurs en danger. De trois à dix-huit ans, enfants et ados, par centaines chaque année, font un séjour provisoire – mais souvent assez long – dans l’un des seize établissements à dimension humaine (pas plus d’une douzaine de places par Villa) qui appartient au Foyer.

24 heures sur 24, 365 jours par an, 350 salariés (dont notre amie autrement Faouzia) font de leur mieux pour organiser une pause dans le parcours chaotique de ces mineurs en les aidant à construire leur avenir.

J’étais d’autant plus fier d’intégrer ce beau service public qu’il s’agissait pour moi de prendre la succession de Dominique qui, pendant six ans, a été membre du CA du Foyer. Un mandat qui, apparemment a laissé de bons souvenirs car, en son absence, le Président l’a remerciée publiquement le 29 mars pour « son investissement, son assiduité, le travail qu’elle a accompli avec les administrateurs, sa volonté de servir le Foyer de l’Enfance des Alpes-Maritimes… »

Il ne me reste plus qu’à essayer d’être digne de cette succession. Il faudra le faire dans un contexte assez déprimé : le FEAM, en effet, n’échappe pas aux restrictions dues au budget de pénurie du Conseil général (voir, « Les indignés de la décentralisation »). Son budget, sur un total de 18 millions, sera amputé de 400 000 euros…

28 juin 2011

Debré - Mottard : le duo improbable


L'équipe de WebtvNice a profité du Salon du Livre pour réaliser un sujet sur deux voisins du stand de la Librairie Masséna: le Président du Conseil constitutionnel... et moi-même.

Le résultat est surprenant.

26 juin 2011

Katrina and the city

 Antoine Batiste (Wendell Pierce)

C’est avec une régularité impressionnante que les créateurs de la chaîne à péage américaine HBO nous proposent des séries TV d’une qualité exceptionnelle : de Deadwood à Six feet under, des Sopranos à Roma, en passant par En analyse ou Sex and the city

Treme, du nom d’un quartier populaire de la Nouvelle Orléans est leur dernier chef-d’œuvre. La série est réalisée par les créateurs du célèbre Sur écoute (The wire) et nous emmène en effet sur les bords du Mississipi au cœur de la capitale culturelle de la Louisiane, quelques mois après la tragédie provoquée par l’ouragan Katrina et les inconséquences de l’administration Bush.

Le principe est le même que pour The wire (cinq saisons pour explorer Baltimore, grand port industriel en déclin) : il s’agit, à travers une dizaine de personnages – qui ne sont pas emblématiques –, de plonger dans les entrailles d’une ville en souffrance tout en essayant d’en appréhender l’âme.

Dans Treme, il s’agit bien sûr, pour les rescapés, de reconstruire leurs maisons, leurs vies, leur culture, une culture jamais folklorisée par les scénaristes (chez HBO, ce n’est pas le genre), une culture où la musique, dans la vie de tous les jours, des enterrements au grand Carnaval, est omniprésente, presque obsédante, toujours sublime. Plus jamais nous n’oublierons le petit peuple de Treme : Antoine Batiste, le joueur de trombone, Creighton Bernette, le prof d’université rongé par la colère et la mélancolie et sa femme Toni, avocate engagée, Davis McAlary, le DJ wasp un brin illuminé, Janette Desautel, la chef cuisinier, LaDonna, la patronne du troquet, Albert Lambreaux, l’énigmatique chef indien de Mardi gras, Sonny et Annie, les deux jeunes musiciens de rue...

Et cette question qui revient en boucle d’épisode en épisode : ont-ils encore un avenir collectif ou même un avenir tout court ?

Un regret toutefois : celui d’avoir passé quelques jours à la Nouvelle Orléans en 2008 (voir sur ce blog On dirait le Sud), sans avoir vu auparavant Treme, tant il est vrai que la fiction, quand elle est juste,permet parfois de mieux comprendre la réalité.

23 juin 2011

Les indignés de la décentralisation



Ce jeudi se déroulait la dernière séance plénière du Conseil Général 06 avant l'été. Au nom du groupe socialiste, radical et écologiste, j'étais chargé d'expliquer notre vote négatif sur le Compte Administratif 2010. Le CA est le document budgétaire qui retrace la gestion réelle du département sur douze mois.

L'occasion était belle de démontrer à travers ce dossier les effets dévastateurs de la politique du gouvernement en matière de décentralisation.

Ci-dessous, le texte de mon intervention :

Le premier indicateur du Compte administratif est le taux d’exécution des opérations réelles. Il traduit la bonne réalisation du budget voté au préalable. C’est un indicateur, à la fois, du réalisme du document initial et de l’efficacité de la politique d’exécution.

Force est de constater que ce taux est en recul considérable en ce qui concerne les investissements. Les recettes réelles d’investissement ont été exécutées à 77,32% contre 85,28% en 2009 et 95,8% en 2008. Cela signifie tout simplement que 75,3 millions d’euros n’ont pas été réalisés par rapport aux prévisions budgétaires 2010.

Ces chiffres ne sont pas anecdotiques, ils synthétisent une tendance lourde : celle qui conduit notre collectivité à être de plus en plus asphyxiée par les transferts de compétence relevant de l’acte II de la décentralisation dans un contexte où la fameuse règle de la compensation à l’euro près se révèle être un leurre. Un exemple : les routes transférées, et il aura fallu le rapport de CRC pour savoir que vos services chiffraient au 31 décembre 2009 à 4 115 083 € les titres de recettes impayés par l’Etat depuis 2007.

A ce titre, un autre chiffre est particulièrement significatif. C’est celui du pourcentage des dépenses de fonctionnement, en constante augmentation du fait des compétences nouvelles, par rapport aux dépenses d’investissement : il était de 64,5% en 2007, de 70,2% en 2008, de 72,1% en 2009 et de… 85,4% en 2010, ce qui constitue un bond de 21% en 4 ans.

En chiffrage absolu et non plus relatif, les dépenses d’investissement chutent de 31% entre 2009 et 2010 soit – 114,4 millions d’euros d’une année sur l’autre. Or, comme vous le soulignez à la page 3 du rapport de présentation, on assiste en 2010 à une reprise des recettes liées aux droits de mutation. Représentant encore 324 millions d’euros en 2008, ceux-ci s’étaient écroulés à 214 millions d’euros en 2009, avant de remonter la pente de plus de la moitié avec 289 millions en 2010.

Or, comme le rappelle le rapport de la Chambre régionale des comptes, la décélération brutale des recettes liées aux droits de mutation avait été compensée par un effort des familles qui avaient subi une forte augmentation des fiscalités locales. Du coup, on serait en droit d’attendre un geste qui tiendrait comte de cette embellie en desserrant quelque peu la pression fiscale. Mais il y a fort à parier que ce geste pourtant normal sera impossible car le rouleau compresseur de l’acte II de la décentralisation vous laisse peu de marge.

Ainsi, le RSA est en forte augmentation cette année encore, passant de 105,98 millions d’euros en 2009 à 119,3 millions d’euros en 2010 alors même que les recettes de compensation versées par l’Etat restent scotchées à 75,7 millions d’euros. Cette augmentation de 12,6% est donc assumée pour l’essentiel par notre collectivité.

Or, la persistance de la crise sociale dans notre pays et les fortes tensions sur le marché de l’emploi peuvent laisser supposer qu’après une augmentation de 16% en 2009 et de 3,5% en 2010, le nombre d’allocataires va encore croître.

On peut d’ailleurs faire à peu près le même constat avec l’APA : 118,23 millions en 2010 contre117,5 en 2009, même si, ponctuellement, l’augmentation est relativement faible cette année. N’oublions pas non plus la PCH qui passe de 18,3 millions à 22,44 millions.

Du coup, face à cette machine infernale, vous êtes obligé d’avoir recours à l’emprunt et le poids de la dette est pratiquement le double de celui des années 2005 - 2007. D’ailleurs, en 2009, avec 877,7 euros par habitant pour l’encours de la dette, les Alpes-Maritimes étaient loin en tête des départements de plus d’un million d’habitants dont la moyenne était de 421,74 euros. Votre compte administratif 2010 affiche aujourd’hui 885 € euros de dette par habitant.

Vous êtes surtout obligé de réduire la voilure des politiques pourtant socialement indispensables à notre population. En effet, si la réduction du budget de la politique des moyens généraux sur laquelle vous communiquez beaucoup est réelle (26,5 millions en 2010 contre 29,2 millions en 2009), son impact reste marginal sur notre budget. Même si, psychologiquement, elle est indispensable dans un contexte de crise.

Par contre, la politique Education passe de 81 à 55,5 millions, soit une diminution de plus d’un tiers. Et elle était encore de 93,5 millions en 2008. Pourtant, nous sommes là dans le noyau dur de nos compétences et le manque de moyens commence à se ressentir très fortement sur le terrain. C’est ce que je constate régulièrement, par exemple, au collège Vernier.

La politique du logement – dont on sait à quel point elle est nécessaire dans notre département pour les familles les plus modestes et le classes moyennes – se réduit comme peau de chagrin en passant de 35,1 millions en 2009 et 24,1 millions en 2010 soit – 27% (moins de 2% du budget).

La politique culturelle, en passant de 18,4 millions à 16,5 millions, est également en forte diminution, ce qui n’est pas sans poser de nombreuses difficultés sur le terrain aux acteurs et associations du secteur.

Notons aussi au passage, que le Plan jeunes, voté en grande pompe dans les années fastes, et qui n’était déjà plus que l’ombre de lui-même au BP 2010 n’est réalisé qu’à hauteur de 27%.

Le budget des ressources humaines est lui aussi en recul : 202 millions en 2009, 199,6 en 2010. Vous semblez revendiquer cette baisse. Pour ma part, je ne suis pas sûr qu’il faille s’en féliciter. A un moment où les compétences et les responsabilités du département sont de plus en plus nombreuses, la perte de plusieurs dizaines de fonctionnaires chaque année ne peut que réduire l’efficacité des politiques.

En réalité, ce Compte administratif est la traduction comptable de l’insatisfaction que nous rencontrons de plus en plus fréquemment sur le terrain, aussi bien du côté des fonctionnaires qui n’ont plus toujours les moyens d’accomplir leurs missions dans de bonnes conditions que des usagers de moins en moins satisfaits des services rendus.

En clair, vous êtes coincés par l’Etat. En transférant de nombreuses compétences sans compenser correctement, celui-ci oblige les collectivités à gérer a minima prestations sociales et services publics. En étant un peu trivial, on pourrait dire que l’Etat laisse faire le sale boulot aux collectivités locales.

Sans oublier qu’en plus la réforme fiscale nous enlève à peu près toute marge de manœuvre pour assumer éventuellement une politique innovante. De ce point de vue, le Compte administratif 2010 est historique : la part de la fiscalité directe passe en effet de 40,98% à 28,68%. On en a donc fini avec l’autonomie fiscale.

D’ordinaire, la session de juin combine le compte administratif et la première décision modificative du budget primitif qui a entre autre pour vocation la reprise du résultat de l’exercice antérieur. Vous avez prévu de reporter la DM1 à l’automne mais on sait déjà que le résultat de l’année 2010 qui s’élève à 25.9 M€, après couverture du déficit d’investissement, sera absorbé à hauteur de 21.3 M€ par le nouveau prélèvement sur le Droits de mutation.

Nos marges de manœuvre n’existent plus.

Puisque tout cela n’a pas interpellé le parlementaire en vue de la majorité que vous êtes, cela devrait au moins interpeller le chef de l’exécutif. Puisque la mode est à l’indignation et aux indignés, je vous suggère de réunir vos collègues des autres départements (je pense particulièrement à la Saône-et-Loire) et de vous rendre sur la place Beauvau en face du ministre de l’Intérieur pour planter la tente des indignés de la Décentralisation.

Car si on continue sur cette voie, on peut dire sans grand risque que le compte administratif 2011 sera encore pire et que, petit à petit, notre collectivité ne sera plus qu’un guichet chargé de gérer la pénurie. Comme je suis persuadé que cette perspective ne vous emballe pas, eh bien, faites comme nous, stoppez cette dérive mortifère pour la décentralisation et ne votez pas ce CA 2010.


Article de Nice-Matin du 24 juin 2011



22 juin 2011

Saint-Barth attitude






La Saint-Barth attitude, c’est celle de l’association « Colline Saint Barthélemy - Le Prieuré » qui organise chaque année pour la Fête de la Musique dans le jardin-roseraie du Prieuré du Vieux Logis, le seul musée du 5e canton, un concert en deux parties. La première est classique, la seconde jazz-rock.

Une fois de plus la soirée a tenu toutes ses promesses. Avec Manu, nouveau résident du quartier, nous avons donc suivi la prestation du Quatuor Nicea composé de solistes du Philharmonique de Nice. Haydn, Mozart, Schubert… allegro ma non troppo, allegro con brio, allegretto, molto allegretto… tout cela pour séduire la nuit la plus courte de l’année qui, probablement par coquetterie, prenait tout son temps pour nous rejoindre.

Puis ce fut la deuxième partie. Les années précédentes, elle était délicieusement jazzy, en 2011, elle sera furieusement rock : le groupe View Master succédant à Yaël Angel et Tina Scott.

Philippe Dahrmann et ses musiciens vont littéralement mettre le feu en transformant le paisible parvis du Prieuré en danse floor : Bowie, Depeche Mode, Radiohead, U2, sans oublier les incontournables Beatles (un super Come together).

Quant au Christ qui domine le jardin sur son immense croix, il me semble bien l’avoir vu – à l’instar d’un de ses collègues dans un film des Monty Python – battre la mesure sur le Miss you des Stones.

Du coup, View Master probablement inspiré par les lieux termina magnifiquement son concert avec le Hallelujah de Leonard Cohen. Hallelujah !




19 juin 2011

Festival du livre (3) : allègrement !

Au stand de l'UNSA

Aujourd’hui, magnanime (!), je laisse mon emplacement en G1à un certain… Michel Onfray pour rejoindre Rémy et Snéjana au stand de l’Université. Celui-ci, comme d’habitude, est le lieu d’exposition de l’ensemble des ouvrages, scientifiques ou non, écrits par les universitaires niçois. Du coup, l’atmosphère qu’il génère est nettement plus intellectuelle que celle des stands bling-bling des auteurs-vedettes. Et je ne sais si c’est à cause de cela, mais nous eûmes du coup l’honneur d’une visite (rapide) d’un Claude Allègre tout sourire.

Si la matinée fut un peu alanguie sous un soleil vraiment estival, l’après-midi se révéla encore plus frénétique que la veille. Replacé en G1 en fin de journée, je fus même plusieurs fois débordé par les demandeurs de dédicace… et les questionneurs politiques.

De retour au stand de l’UNSA pour le traditionnel rosé de fin de Festival, nous faisons le constat avec les collègues que la manifestation niçoise, par sa situation géographique, sa gratuité et la simplicité de son concept est véritablement populaire. Comment penser le contraire en me remémorant le visage des centaines de personnes connues ou inconnues avec lesquelles j’ai échangé ne serait-ce que quelques mots pendant ces trois jours ?

A côté de Jean des Cars

18 juin 2011

Festival du livre (2) : l’attaque de la caravane



Cette après-midi, pendant de longues minutes, les participants au Festival du Livre se sont retrouvés dans la situation d’une caravane de pionniers assiégés par les Indiens. En effet, dans un vacarme assourdissant, les « motards en colère » ont tourné autour du jardin Albert 1er, transformant les paisibles auteurs en victimes expiatoires de la politique routière du Gouvernement.

Cet épisode mis à part, cette deuxième journée a surtout été marquée par un exceptionnel afflux de visiteurs. Pour ma part, je ne crois pas être resté plus de cinq minutes sans interlocuteur et j’ai dédicacé mes livres littéralement à tour de bras.

Mes lecteurs étaient nombreux et divers. Parmi eux, on trouvait plusieurs militants associatifs et politiques dont… quatre responsables UMP connus (secret professionnel oblige, je ne dirai jamais de qui il s’agit… même sous la torture !), mais aussi des étudiants, des blogueurs célèbres, des amis « autrement » et même « radicalement », des électeurs et, bien sûr, des lecteurs. Sans oublier Bryan, le conseiller général jeune du 5e canton.

Placée à ma gauche, Carole Weisweler est la fille adoptive de Cocteau. Elle raconte de belles histoires sur le poète. Avec Mémona, mon autre voisine toujours fidèle au poste, nous constituons une équipe d’auteurs plutôt hétéroclites mais assez complémentaires dans la mesure où nos « clientèles » ne se mélangent presque pas.

Cette journée fut aussi celle des médias avec pas moins de quatre interviews en direct du stand dont un duplex avec fréquence K de l’incontournable Facemaker et un sujet de WebTV Nice (Rania Lassoued et Cyril Morachioli).

C’est donc encore avec un large sourire que, vers 19 heures, tel Fabrice à Waterloo, j’arrive sur la place de la Libé pour admirer la statue du Général De Gaulle fortement contestée quelques minutes auparavant. A mon avis, elle n’appelle pas de commentaire particulier, si ce n’est qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui se trouve depuis quelques années au bas des Champs Elysées à Paris.

Avec Carole Weisweler

17 juin 2011

Festival du livre (1) : le retour de Memona

Avec Mémona Hintermann

Lorsqu’à la mi-journée je prends possession de mon stand dans l’espace G1, je me dis avec une certaine fierté que j’entame là mon cinquième Salon du livre (le troisième ici à Nice et deux chez les amis de Mouans-Sartoux).

J’aime l’atmosphère de ces petites républiques éphémères que sont les Salons. On y tisse des liens très forts avec des auteurs qu’on ne reverra pas avant de longs mois et même parfois jamais ; mais la sincérité du moment est réelle.

C’est ainsi qu’à ma droite je retrouve avec plaisir ma voisine de Mouans-Sartoux en octobre, la journaliste de France Télévision spécialisée dans les grands reportages, Memona Hintermann. Une compagnie de choix car la dame est sympathique et, en conversant avec elle, on peut glaner les dernières nouvelles en provenance de Libye ou de Syrie.

Cette année, mon plaisir est grand dès cette première demi-journée car j’ai trois livres à présenter au public ce qui, dans mon esprit, atténue un peu la frustration des années précédentes quand, devant un ouvrage unique, je côtoyais des auteurs paradant devant cinq ou même dix titres différents.

L’effet cantonal joue aussi à fond et les autres auteurs souvent étrangers à Nice s’étonnaient du nombre de personnes s’arrêtant à mon stand pour me saluer, me féliciter ou prendre une photo à mes côtés.

Ce sera donc le sourire aux lèvres qu’en début de soirée je quitte la manifestation pour rejoindre la colorée et joyeuse fête de fin d’année de l’école Thérèse Roméo où m’attend, merguez au poing, la famille Delansey.

PS : le Festival du Livre continue samedi et dimanche de 10 heures à 19 heures au jardin Albert 1er.

Avec Jean et Rosemarie Montoya

15 juin 2011

Vernier et Valéri : nos collégiens ont du talent

La mosaïque des collégiens de Vernier

A un moment où, dans un contexte de réduction drastique des moyens, il est de bon ton de critiquer en haut lieu l’Education Nationale, responsables administratifs et équipes éducatives font des miracles pour que l’école ne soit pas seulement une usine à produire du savoir mais un lieu d’éducation où l’on encourage la créativité des enfants et des adolescents.

Ce soir j’ai pu le vérifier coup sur coup dans deux de nos collèges de Nice Nord.

18 heures 30. Collège vernier. On inaugure dans une ambiance familiale une mosaïque réalisée par les élèves. L’œuvre illustre le monde de l’Iliade et de l’Odyssée. Le résultat est bluffant même pour un prof qui a son bureau en fac de droit à quelques mètres de la fabuleuse fresque de marc Chagall sur le même thème. Je ne me prive pas de faire cette comparaison osée devant les petits artistes et sous les applaudissements des profs et des parents.

20 heures 30. Au Forum Nice Nord, le collège Valéri présente un spectacle pour sa fête annuelle, une comédie musicale dans laquelle les profs jouent le rôle des élèves et vice-versa. Un spectacle plein de drôlerie et d’imagination sur lequel je n’en dirai pas plus que cela car un blog voisin a une sorte de monopole sur les comptes rendus des activités de Valéri.

En tout cas, qu’elle est belle et talentueuse notre jeunesse dans les collèges de Nice Nord !

La comédie musicale du collège Valéri

13 juin 2011

Les pages que j’aurais aimé écrire (7)



Hans Castrop se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos en Suisse pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l’engrenage étrange de la vie dans ce lieu, Hans y séjournera sept ans. « La montagne magique », de Thomas Mann est un roman qui ressemble à ces voyages dont on revient différent.

Sur la nature de l’ennui, des conceptions erronées sont répandues. On croit en somme que la nouveauté et le caractère intéressant de son contenu « font passer le temps », c’est-à-dire : l’abrègent, tandis que la monotonie et le vide alourdiraient et ralentiraient son cours. Mais ce n’est pas absolument exact. Le vide et la monotonie allongent sans doute parfois l’instant ou l’heure et les rendent « ennuyeux », mais ils abrègent et accélèrent, jusqu’à les réduire à néant, les grandes et les plus grandes quantités de temps. Au contraire, un contenu riche et intéressant est sans doute capable d’abréger une heure, ou même une journée, mais, compté en grand, il prête au cours du temps de l’ampleur, du poids et de la solidité, de telle sorte que des années riches en événements passent beaucoup plus lentement que ces années pauvres, vides et légères que le vent balaye et qui s’envolent. Ce qu’on appelle l’ennui est donc, en réalité, un semblant maladif de la brièveté du temps pour cause de monotonie : de grands espaces de temps, lorsque leur cours est d’une monotonie ininterrompue, se recroquevillent dans une mesure qui effraye mortellement le cœur ; lorsqu’un jour est pareil à tous, ils ne sont tous qu’un seul jour ; et dans une uniformité parfaite, la vie la plus longue serait ressentie comme très brève et serait passée en un tournemain. L’habitude est une somnolence, ou tout au moins, un affaiblissement de la conscience du temps, et lorsque les années d’enfance sont vécues lentement, et que la suite de la vie se déroule toujours plus vite et se précipite, cela aussi tient à l’habitude. Nous savons bien que l’insertion de changements d’habitudes ou de nouvelles habitudes est le seul moyen dont nous disposons pour nous maintenir en vie, pour rafraîchir notre perception du temps, pour obtenir un rajeunissement, une fortification, un ralentissement de notre expérience du temps, et par là même le renouvellement de notre sentiment de la vie en général.

09 juin 2011

La métropole position du CG 06

Depuis ce matin, le département des Alpes-maritimes est le premier en France à avoir donné son accord pour qu’une métropole le dépouille d’une partie de ses pouvoirs.

Certes, pour le moment, la perte reste maîtrisée (encore que…) puisqu’elle ne concerne que les transports scolaires, la gestion des routes classées départementales, les zones d’activités et la promotion à l’étranger du territoire et de ses activités économiques.

Mon intervention en séance plénière sera donc parfaitement conforme à la philosophie du billet rédigé ici même il y a deux mois et intitulé « Métropolis ». J’ai en effet rappelé que si on pouvait créditer la réforme des collectivités territoriales voulue par l’actuel gouvernement d’une certaine cohérence (mais aussi de quelques habiletés !), le concept même de métropole met en péril son équilibre général en ne faisant qu’aggraver l’opacité démocratique du mille-feuilles indigeste de la décentralisation à la française.

Désormais, nous n’aurons pas moins de neuf catégories de collectivités territoriales : la commune, la communauté de communes, la communauté d’agglomération, la communauté urbaine, la métropole, le département concubin d’une métropole, le département, la région concubine d’une ou plusieurs  métropole, la région…

De quoi décourager les électeurs qui auront de plus en plus de mal à savoir pour quoi et pour qui ils votent… C’est donc sur la base de cette argumentation que j’ai voté contre la Métropole Nice Côte d’Azur, en compagnie de deux autres membres du groupe seulement car Marc Concas était absent et Antoine Damiani, mandaté par son Conseil municipal, a voté pour.

Ce vote – à mon avis néfaste – acquis, il ne restait plus, pour me changer les idées, qu’à participer à l’émouvante manifestation de départ à la retraite de Liberata Falcon, une fonctionnaire du CG qui a aidé et presque materné des générations d’élus, avant de rejoindre dans la cour du collège Vernier les élèves qui chantaient Goldman en l’honneur des victimes de la Shoah de leur établissement.

Liberata Falcon
Les collégiens de Vernier

06 juin 2011

Cannes à Perpignan…

Cinéma "Le Castillet", Perpignan


C’est à Perpignan, dans le magnifique cinéma Art déco « Le Castillet » que nous avons parachevé notre Festival 2011 en assistant à la projection du film des frères Dardenne, « Le gamin au vélo ». Le rattrapage était d’autant plus souhaitable que le film belge avait été récompensé par un Grand Prix.

Profitant de la parenthèse d’une Ascension météorologiquement morose en terre catalane, nous avons également vu dans la foulée deux autres films européens : l’italien « Gianni et les femmes » et le français « Les femmes du 6e étage », deux comédies grinçantes plutôt réussies.


Le gamin au vélo, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique)

Cyril, un gamin d’une douzaine d’années, n’a qu’une idée en tête : retrouver son père qui l’a abandonné dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, une coiffeuse, qui accepte de l’accueillir chez elle pendant les week-ends. La relation s’avère dans un premier temps difficile malgré la bonne volonté de la jeune femme.

L’histoire repose sur la qualité des acteurs. Le jeune Thomas Doret et Cécile de France interprètent en effet avec beaucoup de justesse et de sensibilité ce couple impropbable.

Pour une fois, les Dardenne abandonnent le terrain de la désespérance sociale et nous offrent un film optimiste. En réalité, « Le gamin au vélo » est plus un conte moderne qu’une histoire réaliste à la « Rosetta ». Si on admet cette convention, on peut se laisser séduire par cette histoire toute simple.


Gianni et les femmes, Gianni Di Gregorio (Italie)

Gianni, sexagénaire pré-retraité, marginalisé par sa femme encore active, infantilisé par son ado de fille et persécuté par sa vieille mère (clone transalpin de Tatie Danièle), décide, sur les conseils de son ami Alfonso, d’entamer un peu sur le tard une carrière de séducteur. A partir de là, l’émouvant Gianni va collectionner une impressionnante série de râteaux.

Malgré un scénario un peu sulfureux, « Gianni et les femmes » est une œuvre pudique qui ne surfe en aucun cas sur la vague scandaleuse du Rubygate. A des années lumière du doux-amer gnangnan des « films choral » français, on retrouve dans le film du réalisateur-acteur Di Gregorio la cruauté réjouissante et l’humanisme discret de la comédie à l’italienne. La bonne, la vraie, celle de Risi et de Monicelli.


Les femmes du 6e étage, Philippe Le Guay (France)

Dans les années soixante à Paris, Jean-Louis (Fabrice Lucchini), bourgeois coincé, fait connaissance avec la demi-douzaine de bonnes espagnoles qui vivent dans les chambres du §e étage de son immeuble. Cette rencontre inattendue va bouleverser sa vie.

Si la deuxième partie traîne un peu en longueur en se focalisant sur la peu crédible histoire d’amour entre le bourgeois et sa bonne, la première partie nous fait entrer avec bonheur dans l’intimité de cette petite communauté originaire d’un pays où Franco est encore au pouvoir et Almodovar dans les affres de « La mauvaise éducation ». On peut voir aussi dans ce film généreux une valorisation de l’immigration et un encouragement à découvrir l’autre, celui qui enrichit. En ces temps troublés, ce n’est pas du luxe.

03 juin 2011

Les Portugais ont osé

La Global Comission on Drug Policy, composée d’anciens présidents – comme le Brésilien Cardoso – et de hauts responsables de l’ONU – Kofi Annam en fait partie – estime, dans un rapport publié cette semaine, que la lutte contre la drogue dans le monde est un échec. Du coup, elle préconise de mettre fin aux politiques de criminalisation si peu efficaces et d’oser des expérimentations sur le modèle des Pays-Bas et du Portugal.

Je trouve particulièrement opportune cette référence à la législation portugaise car, devant la frilosité opportuniste de la classe politique française – gauche comprise –, cela fait quelques années que je m’intéresse sur ce que l’on fait en la matière du côté de Lisbonne. Même si les médias préfèrent les volutes bleutées des coffee shops d’Amsterdam…

Une loi de 2001 a en effet décriminalisé au Portugal l’achat, la détention et l’usage de stupéfiants pour une consommation individuelle. Toutes les drogues sont concernées, ce qui évite les querelles picrocholines sur la dangerosité respective des drogues dures et des drogues douces. Il s’agit de mettre l’accent sur le fait que le problème n’est pas la substance en elle-même mais la relation à la substance. In fine, le drogué n’est plus un délinquant mais un malade. S’il est pris en possession d’une quantité compatible avec un statut d’usager, il sera dirigé vers une « commission de dissuasion ». En cas de récidive, il retourne devant la commission qui le déclarera « consommateur ludique » avec une amende et des TIG à la clé, ou « toxicomane », avec un programme de soins.

Les résultats ne se sont pas faits attendre : avec 11,7% de consommateurs de cannabis, le Portugal a l’un des taux les plus faibles d’Europe (30% en Grande-Bretagne), 1,9% seulement des Portugais prennent de la cocaïne contre 8,3% des Espagnols. Les 100 000 héroïnomanes d’avant la loi ne sont plus que 40 000. La proportion des 15-19 ans qui se droguent est passée de 10,8% à 8,6%. A la fin des années 90, la drogue était la première préoccupation de la population : elle se situe désormais à la treizième place.

Cette loi équilibrée et pragmatique ferait bien d’inspirer les candidats à la présidentielle de 2012. En effet, la législation française est intenable. Hyper répressive, elle est appliquée avec parcimonie et souvent dans l’arbitraire le plus total. Or, comme je le rappelle fréquemment à mes étudiants, la loi doit être appliquée… ou changée. Dans le cas contraire, on admet que la loi républicaine puisse être à géométrie variable.

Hélas ! Il y a tout lieu de penser que le black out sera encore de mise sur cet important sujet de société au nom de la sacro-sainte démagogie électorale qui règne en maître dans notre pays sur ce sujet. Entre autres…

31 mai 2011

Et pourtant Claude Puel était le n°1



Comme on pouvait s’y attendre devant l’opposition hystérique de certains supporters lyonnais, Claude Puel ne sera plus entraîneur de l’OL l’an prochain. Certes, pendant les trois années durant lesquelles il a entraîné l’équipe, celle-ci n’a pas remporté de titre et son jeu n’a pas toujours été à la hauteur. Mais il n’en demeure pas moins que pendant que la presse n’en avait que pour Bordeaux, puis Marseille et aujourd’hui Lille, que L’Equipe saluait l’éternel retour d’un PSG qui n’a jamais rien prouvé, c’est Lyon, demi-finaliste de la Ligue des Champions, qui a obtenu les meilleurs résultats.

Pour faire la démonstration objective de cette évidence, j’ai concocté un petit instrument de comptage qui me semble difficilement contestable. Ainsi, j’attribue 4, 2 et 1 points aux trois premiers de la Ligue 1 en 2009, 2010 et 2011 (les années Puel à Lyon) ; 2 points pour la Coupe de France, 1 point pour la Coupe de la Ligue. Enfin, je donne 2 points pour une qualif en huitième de finale de la Ligue des Champions, 4 points pour un quart de finale et 6 points pour une demi-finale qui signifie que vous êtes parmi les quatre meilleures équipes du continent.

Le résultat est le suivant :
1. O.L. 14 points
2. O.M. 12 points
3. Bordeaux 9 points
4. Lille 6 points
5. PSG et… Guingamp 2 points
7. Auxerre 1 point

Donc, Puel le Lyonnais, plus fort que Laurent Blanc le Bordelais, Didier Deschamps le Marseillais ou Rudi Garcia le Lillois ? En tout cas, les supporters lyonnais auraient peut-être mieux fait de réfléchir avant de demander sa tête.

PS : Il va de soi que je partage entièrement l’avis exprimé su un blog voisin à propos de la saison du Gym. Dans la logique de ce billet, félicitations à Antonetti, Ollé-Nicole et Roy, les entraîneurs de cette période.

29 mai 2011

Agdal café

Manifestation des vétérans de la guerre du Sahara

C’est à la terrasse d’un café restaurant d’Agdal, quartier résidentiel de Rabat, autour d’un bon couscous, que, grâce à Mohamed et Hassan, j’ai pris la température du printemps arabe dans sa version marocaine.

Mohamed, mon ancien congénère d’un désormais très lointain DEA de Droit économique, aujourd’hui prof de droit à l’Université de la capitale marocaine, et Hassan, un des cancérologues les plus réputés du pays, sont d’accord pour estimer que les révolutions tunisienne et égyptienne ont permis à la démocratie de faire de grands progrès au royaume de Mohamed VI.

Il est vrai que les démonstrations publiques de cette effervescente sont plutôt moins spectaculaires que dans d’autres pays. Cela est probablement dû à l’attitude du Roi qui a eu l’habileté politique d’enfiler sans attendre la tenue du négociateur dès les premières manifestations. Il faut également tenir compte du fait que l’espace démocratique était ici plus ouvert que dans les autres pays arabes.

Quoi qu’il en soit, même si la retenue semble encore de mise, la boîte à Pandore est bel et bien ouverte : grève à l’hôpital, revendications des fonctionnaires, sit-in des vétérans de la guerre du Sahara, propos décomplexés à la télévision… Même la personne du Roi, traditionnellement respectée, n’est plus intouchable. On attend de lui qu’il mette en place une monarchie parlementaire à l’espagnole. On ne l’exige pas encore. Par contre, on est plus sévère avec son entourage et ses copains riches.

En résumé, pour mes deux amis, la menace islamiste – que Hassan relativise en évoquant l’exemple turc – ne serait plus assez dissuasive pour maintenir le statu quo. Et l’attentat de Marrakech n’a rien changé à cette éventualité.

Cet échange sera pour moi, un peu plus tard, l’occasion de méditer sur l’avenir de ce pays si attachant en redécouvrant, suspendue au-dessus de l’océan, avec ses murs bleus et blancs, la kasbah des Oudaïas, et en admirant le tout nouveau tramway de la ville, frère jumeau de son homologue niçois.

Plus tard, en fin de journée à Casablanca, ce sera aussi une incitation au dialogue avec Mahmoud, Salma, Mohamed, Tarik, Sofia, Bouchra, Chafik, Laye Mamadi, Amine, mes étudiants de Com’Sup.

25 mai 2011

Laisser pisser le mérinos



Un peu par hasard, j’ai retrouvé sur une étagère de ma bibliothèque, écrit par Bernard Pivot il y a quelques années : « 100 expressions à sauver ». Il s’agit d’expressions un peu désuètes, hélas en voie de disparition dans notre langue française. J’avoue avoir une passion pour ces formules insolites et même parfois mystérieuses. Il m’arrive de les utiliser dans mes écrits voire à l’oral dans un discours ou devant un amphi (regards étonnés et yeux ronds garantis). Aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’on pouvait raconter une petite histoire avec elles.

Avec les beaux jours, un jeune homme peut avoir envie de jeter sa gourme et de courir le guilledou. En deux coups de cuillère à pot, il pourra, après lui avoir doré la pilule, proposer la botte à une belle dame.

Mais l’affaire n’est pas sans risque : il peut se faire rabattre son caquet par celle-ci surtout si elle a la tête près du bonnet. Du coup, il va devoir numéroter ses abattis. C’est normal et ça lui apprendra à se monter le bourrichon.

Par contre, il peut s’acheter une conduite et, sans pour autant peigner la girafe, se contenter de tailler une bavette en attendant éventuellement que pour lui la dame ait le béguin. Mais là, rien n’est gagné d’avance. Cette dernière peut être méchante comme la gale et du coup l’amoureux va en baver des ronds de chapeau, ce qui est quand même fort de café pour un type qui s’est tenu tranquille comme Baptiste en croyant peut-être trop vite à la semaine des quatre jeudis.

Dans ce cas, inutile de chercher des crosses, il vaut mieux changer de crèmerie et laisser pisser le mérinos.

23 mai 2011

Les champignons de Robert



Quand, au début de son petit discours, le Président du jury se mit à remercier… ses champignons (en fait il voulait dire ses compagnons), je me suis mis à craindre que, sous l’effet de substances hallucinogènes, Robert de Niro nous ait concocté un palmarès psychédélique… Rien de tel et je dois dire qu’à l’exception du prix de la mise en scène pour le très banal film d’action danois « Drive » et d’un prix du jury un peu molasson avec « Polisse », je suis à peu près d’accord avec les choix du jury. Même si la richesse de la sélection 2011 devait entraîner automatiquement l’élimination de très grands films.

« The tree of life » pour la Palme d’Or est un choix pertinent dans la mesure où le nom de Terrence Mallick ne peut qu’honorer le palmarès du Festival. Quant au film, sa complexité fait qu’il méritera d’être vu et revu et de finir probablement en classique, voire en film culte, pour ceux qui préfèrent la grâce à la nature.

Si les prix d’interprétation féminine et masculine (Kirsten Dunst, la mélancolique de Von Trier, et Jean Dujardin, le muet d’Hazanavicius) sont bien choisis (même si on peut avoir un regret pour Cheyenne-Sean Penn), le jury a fait preuve d’audace et de courage en honorant le film turc « Il était une fois en Anatolie », Grand Prix (ex-aequo avec le film des frères Dardenne), et le film israélien « Hearat Shulayim », prix du Scénario. Deux œuvres dont on a peu parlé dans les médias et que j’avais remarqué ici même.

Une soirée de clôture c’est aussi un film. Cette année, nous avons eu droit à un film de Christophe Honoré, « Les bien-aimés » sur la vie d’une femme amoureuse. Le récit commence dans les années 60 avec une esthétique à la Demy et se prolonge, mi-parlé, mi-chanté, jusqu’à nos jours dans une sorte de remake de la pub de la Société générale. Bon, la fatigue du festival étant là, je ne suis pas sûr d’être objectif. Donc, à revoir.

Il est un peu plus de onze heures du soir quand j’embrasse du regard une dernière fois la Croisette. A ce moment-là, je ne peux m’empêcher de penser que la prochaine fois que je serai sur la célèbre promenade cannoise, mon état mental et surtout physique ne sera plus le même. Nous serons à la mi-novembre et j’aurai les 42 kilomètres du marathon Nice-Cannes dans les jambes et dans la tête !

Pour un autre commentaire du Palmarès, voir le blog de Dominique

21 mai 2011

"Les experts" en Anatolie

FESTIVAL DE CANNES N°8

La dernière journée du Festival fut cette année – une fois n’est pas coutume – de très bonne qualité, avec le film de Mihaileanu qui parle joliment des femmes et celui de Nuri Bilge Ceylan qui ne met en scène pratiquement que des hommes.



La source des femmes, Radu Mihaileanu (France)

Dans un petit village situé probablement en Afrique du Nord, les femmes vont, depuis la nuit des temps, chercher l’eau dans la montagne pendant que les hommes parressent à la terrasse du café. Elles se révoltent et font la grève de l’amour pour obtenir qu’on leur apporte enfin l’eau au village.

L’histoire de Mihaileanu, on l’aura compris, c’est un peu « Lysistrata au Maghreb ». C’est dire si le propos est angélique car on voit mal une telle révolte se réaliser en terre d’Islam rural. Mais peu importe. L’histoire est plaisante, optimiste et souvent drôle. Je pense particulièrement aux mélopées chantées par les villageoises quand elles racontent, en musique, les différentes étapes de leur lutte.

Il était une fois en Anatolie, Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

Le docteur Cemal s’est installé à la suite d’une rupture que l’on devine douloureuse dans une petite ville d’Anatolie. La première partie du film se résume à une longue expédition nocturne et automobile à travers les steppes de la région à la recherche d’un cadavre fraîchement enterré par un assassin qui a beaucoup de mal à retrouver le lieu de son forfait. Cette errance à la lumière des phares à travers les collines anatoliennes est en soi un grand moment de cinéma.

La seconde partie est l’hallucinante séance d’autopsie du cadavre enfin découvert. En réalité, cette dernière n’est que la métaphore de l’autopsie à laquelle se livre le réalisateur depuis le début sur une région, une société et quelques couples (même si à l’écran on voit surtout des hommes).

Nous avions abordé les 2 heures 37 minutes de ce dernier film de la compétition avec circonspection. Nous en sommes ressortis enchantés. Enchantés par la leçon de cinéma, mais aussi et peut-être surtout par ce morceau d’humanité où nous avons appris avec le bon docteur Cemal que toute vérité n’est pas bonne à dire.

Reste, bien sûr, à 24 heures de la séance de clôture, le petit jeu des préférences. Cette année, le Festival a été d’une telle qualité que je dénombre pas moins de sept films qui pourraient être de très belles palmes d’or. D’où la difficulté de choisir. Mais pour la beauté du jeu, je me jette à l’eau.

Si on considère que Woody Allen était hors compétition, que nous n’avons pas vu le film des frères Dardenne et que Nanni Moretti et Lars Von Trier ont déjà eu la Palme d’Or, je propose ce top five de mes coups de cœur.

1. Le Havre (Kaurismaki)
2. La piel que habito (Almodovar)
3. The tree of life (Malick)
4. This must be the place (Sorrentino)
5. Il était une fois en Anatolie (Nuri Bilge Ceylan)

Pour voir le palmarès de Dominique, rendez vous sur son blog.

20 mai 2011

Cheyenne sur le sentier de la guerre

FESTIVAL DE CANNES N°7

Le macadam était à l’honneur pour cette avant-dernière journée de Festival avec un road movie de Paolo Sorrentino et « Drive », le deuxième film danois de la compétition.

Sean Penn

This must be de place, Paolo Sorrentino (Italie)

Cheyenne est une ancienne star du rock. Il trimballe sa mélancolie et son look gothique à Dublin où il vit avec sa femme (l’excellente Frances Mc Dormand révélée par les frères Coen) et sa fille. La mort de son père le ramène à New York. A cette occasion, il découvre que celui-ci, ancien déporté, avait eu toute sa vie une obsession : se venger d’un ancien nazi qui l’avait humilié pendant son séjour dans les camps. Du Texas aux montagnes de l’Utah en passant par le Nouveau Mexique, Cheyenne va traquer le bourreau et confondre celui que son père avait poursuivi en vain.

Dans la tradition des très grands acteurs transformistes américains, Sean Penn campe un personnage d’anthologie à la fois dépressif et malicieux qui s’extirpe peu à peu des eaux tourmentées de la culpabilité pour se retrouver lui-même. Profondément humain, ce personnage est terriblement attachant. Et quand, après son périple, Cheyenne rentre à Dublin et redevient… Sean Penn, on se prend à regretter ce visage de clown triste qui nous a émus pendant presque deux heures. Assurément un des plus beaux coups de cœur de la compétition.


Drive, Nicolas Winding Refn (Danemark)

Un cascadeur plutôt anonyme se métamorphose la nuit venue en pilote de voiture virtuose pour le compte de la mafia. Par amour, il va faire ce à quoi il s’était toujours refusé jusque-là : prendre des risques. L’affaire tourne mal et l’homme tranquille décide de se venger de ceux qui l’ont trahi.

En gros du Tarentino moins l’humour plus l’amour. Le personnage principal est plutôt intriguant, l’histoire d’amour plutôt belle, l’intrigue policière plutôt bien ficelée, mais l’ensemble manque d’ambition pour un film de festival.

19 mai 2011

La piel que habito

FESTIVAL DE CANNES N°6

Entre le hara-kiri… avec un sabre de bois du héros de Takashi Miike et les expériences chirurgicales frankensteiniennes du docteur fou de Pedro Almodovar, il fallait avoir le cœur bien accroché pour assister à la projection des deux films en compétition à Cannes aujourd’hui…

La piel que habito



Hara-kiri : death of a samouraï, Takeski Miike (Japon)

Un samouraï pauvre est poussé à se faire hara-kiri dans des conditions atroces par le clan cruel auquel il demandait assistance. Son beau-père, tout en le vengeant, va sérieusement écorner le mythe des samouraïs en mettant en avant des valeurs humanistes.

Le film est avant tout un mélodrame social, une sorte de Germinal nippon où on nous explique que le métier de samouraï ne nourrit pas forcément son homme et sa famille.

Pour information, le film de Miike est le premier en 3 D dans le cadre de la compétition officielle à Cannes : re-bof !

La piel que habito (La peau que j’habite), Pedro Almodovar (Espagne)

Le docteur Ledgard, éminent chirurgien esthétique, a perdu sa femme, victime de brûlures, dans un accident de voiture. Depuis, il se consacre à la création d’une peau de synthèse capable de résister à toute agression qui lui aurait permis de sauver son épouse. Pour cela, il ne va reculer devant aucun moyen, y compris l’utilisation d’un cobaye humain auquel, il est vrai, il pense avoir quelques raisons d’en vouloir.

On peut ne pas aimer Almodovar. Mais si on apprécie le réalisateur espagnol – c’est mon cas – il ne fait aucun doute que « La piel que habito » est un pur produit « almovodarien ». Sous le patronage de deux acteurs cultes du cinéaste, Marisa Peredes et Antonio Banderas, tout y est : l’histoire alambiquée, l’esthétique movida, les personnages énigmatiques, l’ambiguïté des sexes, les couleurs criardes, la musique latino… Le tout nappé de cette cruauté réjouissante qui est la marque de fabrique de l’ami Pedro.

Mi-Prométhée, mi-Frankenstein, à la fois impitoyable et fragile, le docteur Ledgard aura désormais une place de choix dans mon Panthéon des personnages almodovariens. Mais pas la première : celle-là je la réserve toujours à Begnino Martin, l’infirmier-passeur de « Parle avec elle ».