Budapest, avenue Andrassy, août 2010
Pour les manifestants de l’avenue Andrássy, les Champs Elysées de Budapest (qui m’ont servi, il y a deux ans, de piste… d’entraînement, voir, sur ce blog, « A Budapest, le beau Danube est bleu »), le vote et la promulgation de la nouvelle constitution hongroise font basculer le pays dans un monde qui s’apparente à l’univers de George Orwell.
Sous la houlette de l’ex-dissident Viktor Orban – qui a mal vieilli – le parti majoritaire FIDESZ a profité de son succès électoral de 2010 pour profondément modifier la Constitution de ce qui n’est plus officiellement la République hongroise mais la Hongrie (éternelle et chrétienne !).
Désormais, l’Exécutif peut tout contrôler : la presse, la justice, les médias, la Banque centrale, la Cour constitutionnelle et même le Parlement grâce à un article 49 local qui permet désormais l’adoption de lois sans débat.
Les privilégiés vont être avantagés par un système fiscal gravé dans le marbre de la Constitution (impôt sur le revenu à taux unique de 16% pour tous), texte où l’on considère, entre autres, que l’embryon est un être humain dès la conception.
Encore plus dangereux, les Hongrois de souche à l’étranger (notamment ceux appartenant à des minorités des pays voisins comme la Slovaquie, la Serbie ou la Roumanie) pourront voter en Hongrie, ce qui ne manquera pas de les isoler dans leur pays.
Face à une agression aussi caractérisée contre les valeurs démocratiques qui en principe cimentent l’Europe, on pouvait attendre une vigoureuse réaction de Bruxelles. Il n’en a rien été. L’Union Européenne si donneuse de leçons quand il s’agit d’économie est restée coite quand il aurait fallu défendre les libertés fondamentales et la démocratie.
Je suis de ceux qui pensent que l’Europe institutionnelle, malgré sa faiblesse et ses contradictions, a probablement accéléré le processus de démocratisation dans le Sud du continent et bien sûr dans l’Est communiste, tout en empêchant quelques guerres civiles (à la dramatique exception de la Yougoslavie).
Ne pas réagir aujourd’hui à l’agression d’Orban, ce serait tout simplement un reniement pour l’Union Européenne. Economiquement inefficace et socialement aléatoire, on peut se demander à quoi servirait le modèle européen s’il ne défendait pas l’Etat de Droit et les libertés.
Il faut exclure la Hongrie de l’Europe pour mieux préparer le retour de la République hongroise dans l’Union Européenne. Les manifestants de l’avenue Andrassy ne demandent pas autre chose. Ecoutons-les.
Voir aussi sur le blog de Dominique Boy Mottard, Syndrome de Budapest : piqûre de rappel.

















