24 juin 2006

Lettre ouverte à Christian Estrosi

Après le chef du protocole, c’est le patron de la police municipale qui risque de se retrouver à la fourrière… Trop, c’est trop ! Le patron de la droite locale doit s’exprimer.

C’est ce que je lui demande, en tant que Président du groupe « Nice plurielle » au Conseil municipal, par la présente lettre ouverte.


LETTRE OUVERTE À CHRISTIAN ESTROSI


Monsieur le Ministre,

Vous êtes le Président de l’UMP dans le département. Alors que depuis plusieurs mois, une série d’affaires entache la réputation de la Ville de Nice dirigée par un membre éminent de votre formation politique, votre silence est assourdissant.

Le bon sens populaire est implacable en pareille situation : qui ne dit mot, consent…

Si tel n’était pas le cas, les Niçoises et les Niçois vous sauraient gré de vous exprimer enfin sur ce sujet. Un responsable politique, qui plus est ministre de la République, ne peut pas se contenter de regarder ailleurs quand la tempête ravage son propre camp.

Ou vous condamnez ceux qui ont failli en demandant leur départ, ou vous confirmez votre solidarité avec eux. Il n’y a pas de troisième voie.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Patrick MOTTARD

23 juin 2006

Le soutien de Bariza

Bariza Khiari est sénatrice socialiste de Paris. Elue en 2004, elle a été la première parlementaire de culture musulmane. Informée du mauvais procès qui m'était fait, et après lecture du blog, elle m'a fait parvenir le message suivant par sms :



« Mon cher Patrick,

Attaque honteuse, sans fondement.

Tu as tout mon soutien.


Bariza »

Sarkozy doit dissoudre Peyrat

Nouveau scandale en mairie de Nice. Je ne peux pas vraiment dire que je suis surpris par ce dernier avatar des affaires niçoises. Alerté par des acteurs du dossier, il y a plusieurs mois que je suivais l’affaire. J’ai même modestement participé à son avancement en facilitant quelques rencontres qui ont probablement accéléré le processus. Etrange municipalité qui oblige les élus d’opposition à se transformer en panthères roses !

Sur le plan politique, j’avais bien raison de ne pas être dupe quand le maire refusait régulièrement d’évoquer la possibilité de construire la nouvelle mairie sur le terrain Sulzer. Pourtant, il n’y avait que des avantages à cela : le terrain était déjà municipal et avait été exproprié par Jacques Médecin à cette fin, sans parler de sa proximité géographique avec la mairie actuelle. Apparemment, cette idée, proche de l’œuf de Colomb, dérangeait les projets de certains.

La coupe est pleine. Le nombre de Judas avérés dans l’entourage du maire permettrait aisément – en ces temps de Mondial – de constituer une équipe de foot, peut-être même avec son banc de touche.

Aussi, c’est sans attendre, que je saisis à la fois le Préfet pour qu’il suspende immédiatement l’actuelle équipe municipale et son maire, et le Ministre de l’Intérieur pour qu’il engage, devant le Conseil des ministres, une procédure de dissolution du Conseil municipal.

Trop c’est trop. Dès la fin de l’été, nous allons prendre des décisions fondamentales pour l’avenir de la ville. Je pense tout particulièrement au P.L.U. et au Budget. Il serait immoral et dangereux que ce soit l’équipe Peyrat qui conduise la manœuvre.

A Nicolas Sarkozy de jouer, en obtenant du Président que cette proposition de dissolution soit inscrite au plus vite à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Ainsi, «grâce» à Nice, Jacques Chirac terminera peut-être son quinquennat par une dissolution réussie…

22 juin 2006

L’effet boomerang

Ce n’est plus par dizaines mais par centaines que s’accumulent les manifestations de soutien, de solidarité, et bien souvent d’amitié, à mon égard. Je n’ai jamais connu une telle situation, même après mes victoires cantonales et les élections municipales de 2001. Un jour j’écrirai l’histoire de ces quarante-huit heures un peu folles où je suis passé de la consternation devant l’injuste accusation dont j’étais l’objet au bonheur de me sentir soutenu par tant et tant de personnes… Au passage, merci à vous tous qui êtes intervenus sur ce blog. Idem pour ceux qui ont préféré les sms, les mots manuscrits ou les coups de téléphone, toujours chaleureux, souvent émouvants.

Les initiatives se multiplient, on organise la solidarité.

Deux militants, Clotilde et Sami, regroupent ceux qui veulent à la fois signer mon texte et exiger leur comparution en Commission des conflits (déjà plusieurs dizaines). Nous risquons d’être nombreux ce jour-là…

D’autres recherchent les tenants et les aboutissants d’une telle manipulation : on commence à y voir très clair. Ironie suprême, l’affaire a même déclanché un mini courant d’adhésion à ma section PS (ils ont bien du mérite… !) puisque nous avons enregistré une douzaine d’adhésions en vingt-quatre heures dont… cinq franco-tunisiens.

L’interview ce jeudi du Premier secrétaire, dans Nice-Matin, est assez pittoresque… Dire qu’il n’y est pour rien, alors même que les liens entre la section de l’Ariane et le Premier Vice-Président de la Région sont de notoriété publique, est peu crédible. Quoi qu’il en soit, ces déclarations un peu contrites me semblent grosso modo rentrer dans les clous de la polémique ordinaire, si l’on excepte la qualification « d’indigne » pour mon propos (on n'est pas loin de la "lâcheté" de Hollande version Villepin, mais eux, au moins, ne sont pas dans le même parti...). Une qualification qui, pour le coup, mériterait bien une sanction disciplinaire ; mais pour ma part, quand j’attaque quelqu’un, c’est plutôt Peyrat (Cf. affaire Monleau).

Cela dit, j’estime avoir défendu mon honneur, après avoir posé une question essentielle. C’est donc avec sérénité que je poursuis mon activité naturelle : servir la cité.


Sur un plan plus ludique, et pour nous changer les idées, j’invite tous les amis à suivre France-Togo au siège de ma permanence, demain à 21 heures.

21 juin 2006

Les grandes manœuvres (suite et – espérons-le – fin)

Mardi. Début de journée morose. Patrick Mottard accusé dans la presse de propos discriminatoires. Pour moi qui ai toujours placé la lutte contre les discriminations, toutes les discriminations, au centre de mon engagement militant, le titre a beau être injuste, grotesque, surréaliste… il fait mal !

Début de journée paradoxal : pour pouvoir répondre aux sollicitations d’une presse pleine de sollicitude, je me vois dans l’obligation d’annuler le café-réunion de travail que je devais prendre chez Leila et le déjeuner programmé avec Hakem pour évoquer les difficultés du secteur Trachel-Dabray. Ironie du calendrier : Leila et Hakem sont tous deux Maghrébins…

Dès huit heures du matin, je suis littéralement submergé par un flot de messages de soutien : mails, sms, coups de téléphone, visites à la permanence. Soutien à l’homme, de la part de militants, d’amis qui m’ont accompagné ou simplement croisé ces dernières années. Soutien aussi – et c’est le plus important – aux propos tenus. Je suis particulièrement sensible aux témoignages d’associatifs, de militants politiques et d’étudiants, eux-mêmes issus de l’immigration. Des responsables de gauche me manifestent d’autant plus volontiers leur solidarité qu’ils sont eux-mêmes en proie à ce type de difficulté au sein de leur organisation.

Dès le matin, la violence de la réaction à mes propos m’avait confirmé que la question que j’ai posée est juste. Tout au long de la journée, la chaleur des commentaires me démontrera que j’ai eu raison de mettre, comme on dit dans ma campagne, "les pieds dans le plat".

Sur la question proprement dite de l’investiture, je profite des médias pour rappeler que mon intervention a surtout été guidée par la revendication constante des militants en question à ce que le parti présente des candidatures dites "de minorités visibles" (j’aime de moins en moins cette formule !!!). Ce qui rendait plus que légitime mon interrogation devant leur choix final. J’explique aussi que les deux camarades qui ont été désignées in fine sont des militantes confirmées et qu’elles représenteront avec efficacité nos couleurs.

Par contre, je suis très sévère envers ceux (celui) qui ont (a) instrumentalisé toute l’affaire en espérant en tirer un avantage dans le cadre d’une élection qui aura lieu… dans deux ans. La question du communautarisme est explosive. L’utiliser dans le cadre d’une manœuvre politicienne peut être dévastateur dans une région encore fortement influencée par les idées du FN.

Pour ma part, depuis l’automne 2003, je subis régulièrement des attaques publiques. Je ne réponds pas à ces provocations parce que j’ai le sentiment que ce sont ces querelles stériles qui éloignent nos concitoyens de la politique. Au point même que certains amis me reprochent parfois d’être "trop gentil" pour faire de la politique. Ce "trop gentil", je le revendique, même si aujourd’hui, je me suis légitimement défendu, en état de légitime défense. Maintenant j’espère simplement que les esprits se calmeront pour qu’au sein de notre parti, nous sachions faire de la différence une source de richesse. Mais elle ne le sera que si elle est l’expression située de valeurs fondamentales.

20 juin 2006

Les grandes manoeuvres

Le 15 juin, suite aux investitures du PS dans la 3e circonscription, j'avais mis en ligne un commentaire intitulé Tarik n'aime pas celles qui ne sont "Ni putes ni soumises". Par ce texte, je m’étonnais qu’un certain nombre de militants issus de l’immigration, qui revendiquaient depuis plusieurs mois, et à juste titre, une candidature de « minorité visible » n’aient pas voté pour Zineb Doulfikar.

Deux heures après l’avoir mis en ligne, j’ai retiré ce texte à la demande de la principale intéressée qui ne souhaitait pas être trop exposée.

Face à la déformation dans la presse de mes propos par les amis de Patrick Allemand, je préfère reproduire ici l’intégralité du texte original qui se veut le commentaire libre d’un homme libre dans un parti que j’espère libre.

Le voici.

Dans la 3e circonscription, ma déception est grande et même teintée d’inquiétude par rapport à la capacité de mon parti à embrasser la réalité sociale de la France d’aujourd’hui. Zineb Doulfikar, militante associative reconnue, déléguée départementale de « Ni putes, ni soumises », présentait sa candidature. À un moment où le parti socialiste réclame une meilleure représentativité des minorités visibles, l’occasion était belle, avec Zineb, précisément parce que ses qualités et son parcours ne la cantonnaient pas à être une simple candidature de témoignage. La Fédération 06, dans un premier temps, lui a opposé une candidature plus classique (comprendre moins risquée) et les militants, dans un second temps, n’ont pas osé franchir le pas. C’est bien dommage.

Mais le plus inquiétant n’est pas là. De fait, il ne fait pas de doute que Zineb a été rejetée par un certain nombre de militants issus de l’immigration qui, manifestement, ne pouvaient pas admettre l’ascension d’une femme, qui plus est d’une femme libre, sortie de leurs rangs.

Dans les années soixante-dix, on avait coutume de dire que la ligne de partage entre le capitalisme et le socialisme passait au centre du PS (!).

Il me semble qu’aujourd’hui, la ligne de partage entre les intégristes à la sauce Tarik Ramadan et les tenants des valeurs républicaines, y compris et surtout quand ils sont musulmans, passe au centre du PS 2006.

17 juin 2006

Séminaire au Séminaire

Cette après-midi, après une introduction de Paul Cuturello, un certain nombre de "primo adhérents" s’exprime dans le cadre de la Maison du Séminaire du boulevard Franck Pilatte sur le projet socialiste. L’atmosphère est sérieuse, presque studieuse et, globalement, le texte est plutôt bien accueilli. A mes yeux aussi, il constitue aussi plutôt une bonne surprise. Surtout si l’on se souvient qu’il y a à peine un an, après le vote sur le TCE, le parti s’était transformé en champ de ruines. A la fois audacieux et réaliste, le texte est assez cohérent, ce qui relève du miracle quand on sait les conditions dans lesquelles il a été réalisé.

Pour ma part, et peut-être par déformation professionnelle, j’apprécie particulièrement les propositions institutionnelles. Si les politiques peuvent changer sous la pression de la conjoncture ou des rapports de force, les institutions, quant à elles, restent. Elles s’inscrivent dans le long terme ou au moins dans le moyen terme.

Ainsi, sur le plan national, les propositions constitutionnelles du projet sont telles que le régime qui se dessine en pointillés derrière elles ressemble à s’y méprendre à la VIe République de l’ami Arnaud. En clair, à une lecture parlementaire de la République. Une république dont la charte laïque rappellera en ces temps difficiles qu’elle ne cèdera jamais aux sirènes du communautarisme et de l’intégrisme. La saisine populaire du Conseil constitutionnel, ainsi que son nouveau mode de désignation, constituent également de sérieuses avancées, une sorte de principe de précaution démocratique contre une éventuelle dérive liberticide à la Berlusconi.

Sur le plan local, il y a également des propositions propres à rectifier l’évolution fâcheuse de la décentralisation à la française. En simplifiant et en démocratisant communes, intercommunalités, départements et régions, on va peut-être enfin permettre à cette décentralisation de devenir ce qu’elle doit être : un remède nécessaire à la crise de l’Etat Providence. Notons tout particulièrement la proposition qui vise à spécialiser un impôt par collectivité en fonction de ses compétences.

Enfin, sur le plan européen, le projet acte une sorte de « paix des braves ». On ne parle plus de la troisième partie de la Constitution, qui fâchait tant, alors même qu’elle était appliquée depuis des décennies… Le texte se concentre sur les institutions en reprenant les propositions du TCE tout en les musclant quelque peu. Un referendum devra acter à son tour un régime parlementaire à l’échelon européen. Une démarche qui devrait rassurer à la fois nos partenaires socio démocrates européens et les nonistes français.

Cela dit, même si le texte me convient malgré ses lacunes (la sécurité sociale et les retraites… il faut bien gagner les élections !), je reste persuadé que le calendrier adopté n’est pas le bon : il ne fallait pas mettre la charrue avant les éléphants.

16 juin 2006

Gairaut et Saint Roch

À des années lumière du marigot municipal dans lequel depuis hier barbotte un nouveau Judas (débusqué grâce à la vigilance et à l’esprit d’à propos de notre pugnace colistière de Nice plurielle, Mari-Luz Nicaise), j’ai fait, ces deux derniers jours, selon mon habitude, le tour de deux quartiers de la cité : Gairaut et Saint Roch.

Parcourir les rues sans but apparent, évoquer les difficultés du présent, les souvenirs aussi, avec des Niçois sans responsabilités particulières et en dehors de tout cadre officiel, telle est ma méthode pour prendre le pouls de la ville. Ces rencontres, comme souvent, se sont articulées autour d’un repas car la convivialité et, osons le mot, l’amitié, ne doivent pas être absentes de ces moments privilégiés. En laissant de côté pour un temps les dossiers, il s’agit de s’imprégner de l’atmosphère de la ville. La vraie.

A Gairaut, ce petit morceau de Toscane à la niçoise, les difficultés et le mal-vivre sont évidemment faibles. Et de toute façon, la nouvelle conseillère générale est si efficace… Je peux donc me laisser aller au plaisir d’un déjeuner purement niçois sur la terrasse ensoleillée de l’Autobus. Le ciel est bleu, le rosé est frais, l’air qui n’est pas encore saturé par la chaleur a cette transparence propre aux premières semaines d’été. À quelques dizaines de mètres de là, sur la colline, le souvenir de Michèle Mangion plane au-dessus de la maison rose.

A Saint Roch, l’ambiance est évidemment différente. En retrouvant mon correspondant sur la place de l’église (celle du père Didier), je repense, comme à chaque fois, à cet été passé il y a si longtemps à produire des mètres et des mètres de clôture grillagée pour le compte de l’entreprise Vermigli. Un effort récompensé puisqu’il m’avait permis de m’offrir un superbe Vélosolex ! Aujourd’hui, les travaux du tramway, ici comme ailleurs, donnent au quartier une allure à la fois chaotique et poussiéreuse. Pour échapper au bruit et évoquer dans le calme les problèmes de l’est de la ville, nous nous réfugions plus bas, dans un restaurant de la place Riquier. Le déjeuner se prolongera par une visite scrupuleuse à travers le quartier des petites et grandes incohérences de la politique municipale.

Ma connaissance de la ville n’est pas et ne sera jamais livresque. Encore moins technocratique. Elle sera toujours le fruit de ces rencontres, souvent de hasard, qui, au fil du temps, sont devenues pour moi une nécessité.

Une occasion manquée

Dans la 3e circonscription, ma déception est grande et même teintée d’inquiétude par rapport à la capacité de mon parti à embrasser la réalité sociale de la France d’aujourd’hui. Zineb Doulfikar, militante associative reconnue, déléguée départementale de « Ni putes, ni soumises », présentait sa candidature. A un moment où le parti socialiste réclame une meilleure représentativité des minorités visibles, l’occasion était belle, avec Zineb, précisément parce que ses qualités et son parcours ne la cantonnaient pas à être une simple candidature de témoignage. La Fédération 06, dans un premier temps, lui a opposé une candidature plus classique (comprendre moins risquée) et les militants, dans un second temps, n’ont pas osé franchir le pas. C’est bien dommage.

15 juin 2006

DBM : 4 – 7 – 2

C’est sans surprise que Dominique est investie, par les militants des sections "Nice centre" et "Nice Michèle Mangion", candidate du PS dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, pour les élections législatives de 2007. Et pourtant, derrière cette désignation logique, se cache un parcours atypique dans le paysage électoral niçois. Qu’on en juge…

Mars 2001. Pour la première fois, après un quart de siècle de militantisme et de responsabilités de l’ombre, Dominique décide, un peu par défi, de se présenter à une élection au scrutin uninominal. Elle s’engage donc dans le 4e canton, le plus à droite de la ville… avec le 7e. Contre toute attente, après avoir dominé le seul débat organisé entre l’ensemble des candidats à l’hôtel Splendid, elle se qualifie pour le deuxième tour, en réalisant le meilleur score des socialistes dans le département et en éliminant Jérôme Rivière, qui deviendra un an plus tard député de la 1ère circonscription. En toute logique, elle sera battue au deuxième tour par Auguste Vérola, mais cette performance inattendue marquera les esprits.

Mars 2004. Les candidats ne se bousculent pas au portillon du 7e canton. Dominique décide, tout en assurant la logistique de ma campagne de réélection, de se présenter dans ce fief revendiqué par les vieilles familles médecinistes niçoises. Au final, elle sera battue de… 19 voix par l’homme de confiance du sénateur maire, dans des conditions tellement troubles que l’on peut affirmer que la victoire lui a été volée.

Juin 2005. Après un an de campagne de terrain et l’annulation du premier scrutin par une justice administrative devant laquelle Dominique plaidera elle-même sa cause, la victoire sera au bout du chemin. Une victoire large, qui aura un retentissement national, car obtenue à contre-courant à un moment où, un peu partout en France, la gauche perdait élection partielle après élection partielle.

Comment ne pas être confiant pour la « 2 » ? Même si cette circonscription n’a jamais été à gauche, y compris lors de la vague rose de 1981, comment ne pas être confiant, car, si Dominique a déjà réussi l’impossible, le difficile risque de ne pas lui poser de problèmes insurmontables...

11 juin 2006

Merci Bernard


Théâtre de l’Alphabet. Le rideau tombe pour la huitième fois sur «Fragments de Nice».

Une fois de plus, je constate que la salle (pleine à craquer comme les autres fois), n’a pas pris ce vagabondage aléatoire à travers Nice et le temps qui passe pour une boursouflure narcissique, mais bien comme un chant d’amour pour cette ville qui m’a accueilli et où j’ai connu peines et joies tout en communiquant avec le monde.

Ce soir, comme hier d’ailleurs, une salle plutôt jeune (LEA, ACL et IUP ont leurs représentants) avec des acteurs, des fonctionnaires municipaux (courageux, forcément courageux), des militants politiques. Nous avons même l’honneur de compter parmi nous un VIP socialiste… en fait l’ami JFK avec madame. Au final, chacun participe avec enthousiasme au célèbre «Let’s the sun shine in» de Hair, la comédie musicale emblématique d’une génération.

Plus tard, au cours de la petite soirée qui prolonge la représentation dans le jardin du propriétaire (le chaleureux et généreux Jacques Grosso), chacun vient m’encourager et surtout me confirmer que non seulement ma vision de la Cité est comprise mais aussi partagée.

Aux antipodes des slogans au parfum xénophobe du type «Moi je suis un niçois socialiste et pas un socialiste niçois !», je me contente de répéter inlassablement «qu’être né quelque part est toujours le fruit du hasard» et que l’important, le déterminant dans la vie d’un homme commence après. Cette idée simple, apparemment, fait son chemin. A L’Alphabet. En ville.

S’intégrer, c’est, au fil des années, inscrire, saison après saison, quartier par quartier, ses passions, ses bleus à l’âme, ses rencontres dans la courbe de la Baie. C’est aussi, les pieds bien enracinés en terre niçoise, avoir le regard tourné veers le monde : Castel et Srebrenica, la place Rossetti et le Mur, la RN 202 et Ground Zero, la Gare du Sud et Uluru…

Merci à Catherine et Henri Legendre d’avoir pris le risque insensé d’inscrire dans leur programmation cette improbable confession dans une ville où les gens de culture ont souvent – malgré l’affirmation d’une opposition mondaine – un courage relatif. Très relatif.

Merci à Pauline et Alice pour leur talent qui symbolise si bien l’avenir de la cité.

Merci, enfin et surtout à Bernard, celui qui est à l’origine de tout et qui a osé, le temps de quelques soirées, prolonger notre amitié en une véritable forme de clonage…

Merci Bernard, merci de m’avoir donné envie d’avoir envie de continuer à m’acharner sur ce foutu levier qui doit – nous en sommes persuadés – nous permettre de faire bouger le Monde. En écoutant le vieux Grec.

07 juin 2006

La charrue avant les éléphants

Le PS a enfin accouché de son fameux projet. Les conditions de son élaboration ont pour le moins manqué d’interactivité avec les militants. Mais ne chipotons pas, le projet existe et, comme tel, il est utile. Il apporte enfin une alternative crédible à la crise morale et sociale dans laquelle la majorité actuelle a plongé la France.

Mais sans vouloir faire de mauvais esprit, une question me taraude : et si le candidat du PS, qui sera choisi en novembre par les militants, s’assoit sur ce beau projet, que faisons-nous ? Depuis plusieurs mois, je dénonce la sottise consensuelo-langue de bois qui consiste à dire : d’abord le projet, ensuite le candidat.

Nous sommes sous la Ve République. On peut le regretter (ce qui est mon cas). On peut vouloir la changer (ce qui est mon cas). Mais les faits sont là et il paraît qu’ils sont têtus : nous sommes bien sous la Ve République. Or, la logique de la constitution de 1958 est imparable. Il y a des candidats qui se présentent, ils déclinent une plateforme présidentielle et les électeurs choisissent.

Par conséquent, il aurait été beaucoup plus logique, au sein du PS, de mettre en concurrence les présidentiables avec leur propre plateforme programmatique. Les militants auraient ainsi choisi à la fois le candidat et les orientations. En toute connaissance de cause.

Le débat y aurait gagné en clarté. La démocratie aussi.

06 juin 2006

Arson-Mangion



Vue de la Villa Arson
par Sonia Marques






Cette après-midi, visite à la Villa Arson, à l’invitation d’Eric Mangion, le nouveau directeur. Située sur la colline Saint Barthélemy, au cœur de mon cher 5e canton, la Villa Arson, institution placée sous la tutelle du ministère de la Culture, est à la fois une Ecole Supérieure d’Art, un Centre National d’Art Contemporain, et une résidence d’artistes. Ce lieu reste assez mystérieux pour de très nombreux Niçois, alors même que la Villa a une réputation internationale. Il faut dire que son architecture la rapproche plus du Mur de l’Atlantique que de son homologue Médicis à Rome… ! Une architecture qui symbolise spectaculairement son isolement. Un isolement d’autant plus insolite que, située entre Gorbella et Cessole, la Villa Arson devrait être pleinement intégrée au tissu urbain de Nice nord.

Eric Mangion a pris ses fonctions il y a quelques mois. Il est le cousin germain de Michèle Mangion. Son arrivée à Nice fut même l’objet de ma dernière conversation avec celle qui désormais nous manque tant. Expérimenté et enthousiaste, Eric dévoilera dès sa prise de fonctions son objectif : "débunkériser" la Villa Arson, la rendre à la cité, sans rien céder, bien sûr, sur le terrain de l’excellence. Il s’agit, notamment, d’améliorer la notoriété du centre d’Art à travers une large ouverture au public. Les premiers signes de cette volonté n’ont pas tardé à se manifester : accord avec la Municipalité, partenariat avec l’Université, collaboration avec l’Education Nationale afin d’accueillir des enfants des quartiers défavorisés, et projets avec le Théâtre de l’Image, le MAMAC, le Théâtre de Nice…

Des expositions sont en gestation. L’une pourrait avoir pour thème «La performance artistique à Nice» : on en salive d’avance…

Le lieu lui-même peut s’ouvrir plus largement. Il y a quelques jours, par exemple, je visitais l’exposition des travaux d’étudiants de ma section ACL à la Fac de Lettres sur les pelouses de la Villa. Dans le même ordre d’idées, Eric et son DG, Alain Deray (un spécialiste du mécénat) me font visiter la magnifique salle de spectacles de trois cent cinquante places, complètement oubliée depuis l’ouverture de la Villa. La nouvelle direction a évidemment pour objectif de la réhabiliter au plus vite (coût : un million cinq cent mille euros).

Espérons que, pour une fois, la municipalité sera à la hauteur. Quoi qu’il en soit, Nice plurielle ne peut qu’enregistrer avec satisfaction cette nouvelle politique en plaçant la Villa Arson au cœur de son projet culturel. Ainsi, l’ex bunker de la colline Saint Barthélemy pourra devenir le lieu symbolique où, au delà de l’offre d’œuvres de grande qualité, on fabriquera – ce qui est le plus important – du désir d’Art.

05 juin 2006

Les L3 votent De Gaulle

Correction nocturne de quelques-unes des centaines de copies qui s‘accumulent sur mon bureau…

Précisément celles des Licence 3 sur la question suivante :
«Selon vous, quel est le Président de la République qui a été le plus utile à la société française ?»

Le résultat est net et sans bavure : sur trente-huit étudiants, vingt-et-un (parmi lesquels la quasi-totalité des étudiants étrangers du groupe) répondent «De Gaulle», pour la stature historique du personnage, le rang de la France, la stabilité constitutionnelle, l’Algérie, l’intégrité du personnage (sa sortie dans la dignité impressionne)… Bref, comme conclut une étudiante, «un homme politique comme on n’en verra plus» (on l’aura quand même vu sur TF1 dans un téléfilm récent plusieurs fois cité dans les copies !).

Pour dix étudiants, le choix se porte sur Mitterrand : la suppression de la peine de mort est à chaque fois citée, puis viennent la décentralisation, l’Europe, le social. Une étudiante rappelle qu’il est également le premier président à avoir nommé une femme Premier ministre.

Deux étudiants choisissent Valéry Giscard d’Estaing, l’homme de la majorité à dix-huit ans et de l’Europe.

Deux enfin choisissent Chirac, encore que pour l’un des deux, il s’agit là d’un choix… à la Pyrrhus. Je cite : «Jacques Chirac contribue à intéresser les masses à la politique. Je trouve Jacques Chirac utile à la société dans le sens où il force cette dernière à participer (ex : le CPE). Je pense juste qu’il est dommage qu’il faille que l’on ait un mauvais président de la République pour que la société s’intéresse à son propre sort». No comment…

03 juin 2006

Dernière reprise de "Fragments de Nice"



Vidéo envoyée par rolivez
Reprise de FRAGMENTS DE NICE
(avec deux nouveaux Fragments)


Une pièce écrite par Patrick MOTTARD
(qui parle de Nice, mais pas seulement...)

avec Bernard GAIGNIER, Pauline BOUCHERAT et Alice MARZUOLA

THÉÂTRE DE L’ALPHABET
10 boulevard Carabacel Nice
9 et 10 juin 2006 à 21 h
Réservations : 04 93 13 08 88

De René Char au Cantique des Cantiques


Avec les beaux jours, nous entrons dans la saison des mariages. J’ai donc célébré mes cent onzième et cent douzième unions : Danielle et Firas, puis Vanessa et Gabriel.


Danielle, vieille famille niçoise et Firas, Tunisien (ma vingtième nationalité), c’est toujours et encore le melting pot niçois.

Vanessa, fille de mon ami Richard Tobailem, ne cache pas, quant à elle, avoir rencontré son Gabriel sur… Internet. Signe des temps.

Au premier couple, pluriel et pourtant fusionnel, je propose ce court poème de René Char :

« Impose ta chance
Sers ton bonheur
Et va vers ton risque
A te regarder, ils s’habitueront »

Ce qui me permet de conclure,
« … à vous regarder, ils s’habitueront ! »

Au deuxième couple, j’offre un extrait de ce magnifique texte qu’est le Cantique des Cantiques, en insistant bien sûr sur la conclusion :

«Toute l’eau des océans ne suffirait pas à éteindre le feu de l’amour et toute l’eau des fleuves serait incapable de les noyer. C’est que l’amour est aussi fort que la mort».

Mon humanisme militant m’obligera toutefois à surconclure :
«Aussi fort… et peut-être plus… peut-être plus…».

01 juin 2006

Dominique, Laurent, Martine et les autres…


DSK était ce soir en concert au Park hôtel de Nice :
- critique au bazooka du chiraco-sarkozisme ;
- autocritique à propos des trois défaites de la gauche au pouvoir ;
- plaidoyer en faveur du réformisme, seule voie possible entre le renoncement et l’immobilisme ;
- sécurisation des parcours professionnels, relance de la construction européenne, apport de solutions à la crise des banlieues (il était maire de Sarcelles).


Je retrouve l’intelligence aiguë et le raisonnement pédagogique de celui qui dirigeait, il y a quelques années, ma délégation en Israël. En effet, tout au long d’un périple qui nous avait – entre autres – permis de rencontrer Shimon Peres et le leader palestinien de Cisjordanie, j’avais eu l’occasion d’apprécier les qualités intellectuelles de celui qui n’était à l’époque «que» le responsable aux Etudes du PS.

Dominique ferait, n’en doutons pas, un bon candidat. Même s’il est mon second choix.

Je reste en effet favorable à la candidature de Laurent Fabius, et cela malgré une divergence de vue assez sévère sur la question de la constitution européenne. C’est que j’estime que, même en politique, le mot fidélité a un sens. Et puis, je pense par-dessus tout que, sous la Ve république, le Président peut être amené à faire face à des situations délicates. Il faut donc à l’Elysée un homme (ou une femme) d’Etat. Pas seulement un homme (ou une femme) politique.

Grâce aux responsabilités multiples qu’il a exercées au sein de l’appareil d’Etat, Laurent a fait la démonstration qu’il avait les qualités requises. Dominique aussi, mais un ton en dessous. D’ailleurs, s’il fallait rajouter un nom à la liste des présidentiables souhaitables, j’avancerais celui de Martine Aubry. Son expérience est avérée, son savoir-faire aussi.

Bien sûr, les autres prétendants ne manquent pas de qualités. Lang a été un très grand ministre, Hollande a gagné quelques rudes et beaux combats politiques, Ségolène Royal a sûrement un potentiel insoupçonné à révéler…

Quant à Jospin, après l’heure, c’est plus l’heure, même si c’est à la fois dommage et injuste.

Cela dit, Dominique, Laurent, Martine ou les autres, la désignation d’un candidat est une urgence dans le climat délétère de la fin du règne chiraquien. Je trouve dommageable que la Direction du PS ait décidé de reporter cette désignation à la fin novembre. C’est très tard. Espérons que ce ne soit pas trop tard.

29 mai 2006

Les vingt-quatre dernières marches

Cette ultime montée des marches est plutôt "molassonne". S’il n’y avait pas le sourire de Cécile (de France) et la robe "orange Malibu" de la bombe latino de Desperate housewives, on en viendrait presque à regretter l’effort, pourtant modéré, qu’exige l’ascension des vingt-quatre mythiques marches qu’exige l’escalier cannois.

Heureusement, le palmarès concocté par le jury présidé par Wong Kar Wai est d’un tout autre tonneau. Probablement le palmarès le plus intelligent de ces vingt dernières années, compte tenu de la sélection plutôt moyenne qui était proposée en 2006.

La Palme d’or pour Ken Loach a surpris. À la réflexion, elle est presque aussi logique que celle qu’on promettait à Almodovar. Voilà deux immenses réalisateurs, fidèles à Cannes, et qui n’avaient encore jamais eu la Palme d’or. De plus, le film primé (Le vent se lève) est un des meilleurs du réalisateur britannique, même si son thème – la guerre d’indépendance irlandaise – est très situé. La réflexion qu’il conduit sur ce type de conflit est universelle. Ce soir, Loach était content, il l’a dit sur scène. En fait, c’est le FIF qui doit être honoré d’avoir inscrit Loach à son palmarès.

Le Grand prix est généralement la Palme des cinéphiles, par opposition à la Palme d’or généralement promise à un film plus facile. Récompenser une nouvelle fois, quelques années après l’Humanité, Dumont pour son magnifique Flandres, n’est que justice. C’est aussi faire la démonstration que le cinéma français, ce n’est pas que Danièle Thomson et Nicole Garcia.

Le prix de la mise en scène pour Babel est logique dans la mesure où le réalisateur a réussi avec virtuosité à nous offrir trois films pour le prix d’un.

Quant au prix du jury pour Red road, première œuvre de la réalisatrice Andrea Arnold, il complète à juste titre le triomphe mérité du cinéma britannique.

Si le lot de consolation du prix du scénario pour Almodovar est à la limite de l’indélicat (pourquoi pas le prix des industries techniques…), récompenser collectivement les six actrices de Volver est une idée géniale pour ce film qui parle si bien des mystères de l’Eternel féminin.

Autre superbe idée : honorer la générosité d’Indigènes en primant ses interprètes. Au delà du travail des acteurs, il est évident qu’on a voulu rendre hommage à des artistes citoyens qui n’ont pas hésité à s’engager, y compris financièrement, pour faire aboutir ce projet. C’est qu’effectivement les Africains revenaient de loin…

En résumé, une Palme d’honneur à Wong Kar Wai. Et un grand prix spécial du pronostic à Michel le Marseillais et à son tiercé presque dans l’ordre.

N’oublions pas toutefois, le film de clôture :

Transylvania, de Tony Gatlif (France)

L’errance zigzagante et « tziganante » d’une jeune marginale italienne dans la Roumanie profonde. Quelques jolies scènes (comme celle qui montre que l'ours ne pose pas des problèmes que dans les Pyrénées...), mais, à l’arrivée, un film assez artificiel. Même avec la musique tzigane, Tony Gatlif n’est pas Emir Kusturica, mais cela, on le savait déjà…

De toute façon, depuis le cultissime Thelma et Louise, rares sont les films de clôture qui ont passé la rampe.

28 mai 2006

Nettoyer les écuries d’Augias


Probablement accaparé par le Grand Prix de Monaco et le Festival de Cannes, Nice-Matin n’a pas relayé (hormis quelques commentaires à chaud) ma réaction à la Conférence de presse du sénateur maire intitulée les «Dix travaux d’Hercule de la Municipalité». En voici donc l’essentiel.

Avec une conférence de presse grand spectacle sur les dix chantiers de la Ville de Nice, Jacques Peyrat reproduit à l’identique l’opération du plan décennal proposé en 2000 avant les précédentes élections municipales. En fait, il s’agit de mélanger des projets très différents, certains étant achevés ou en voie de l’être, d’autres ne constituant tout au plus que des perspectives lointaines. Cette pure opération de communication est toutefois assez révélatrice sur le fond : aucune perspective d’ensemble, aucune vision véritable de la ville de demain, aucun plan sérieux de financement (confusion entretenue entre les réalisations de la ville et de la CANCA, alors que le contribuable, in fine, est pour l’essentiel le même…) et surtout, aucune réponse aux besoins de proximité et de qualité de vie des Niçois. Et c’est alors qu’apparaît le message subliminal de tout cela : « Niçois, faites-moi confiance, le bonheur est au bout du chemin, à condition que vous me réélisiez en 2008… ».

Et tant qu’à évoquer les travaux de ce brave Hercule, je propose au sénateur maire de ne pas se disperser en se concentrant sur l’un d’entre eux : le nettoyage des écuries d’Augias. Mais il est vrai qu’Augias lui–même n’est peut-être pas le mieux placé…

27 mai 2006

Pour un flirt avec toi…



Quand j'étais chanteur




CANNES (suite)

Entre les copies à corriger, mon cent onzième mariage, l’hommage à Jean Moulin (villa Thiole), et l’apéro de la permanence, la fin de semaine est bien occupée. Mais grâce à une bonne organisation, j’arrive quand même à sauver trois films sur Cannes.


Quand j’étais chanteur, de Xavier Giannoli (France)


Une bonne surprise avec ce film sans prétention, mais pas sans ambition. Alain (Gérard Depardieu retrouvé) rencontre Marion (Cécile de France épatante) : il est chanteur de bal et tombe amoureux de cette jeune divorcée pas tout à fait indifférente à ce gros nounours généreux et rassurant qui débarque dans sa vie. Malgré la différence d’âge et de milieu, cette histoire d’amour-amitié reste crédible jusqu’à sa double fin, une pessimiste, une optimiste. En effet, le réalisateur renoue avec une pratique courante à l’époque de Duvivier et de Renoir, la différence essentielle est que Giannoli nous propose ces deux fins à la suite l’une de l’autre : au spectateur de faire son choix. Mais pour moi, ce film est surtout une sorte de réhabilitation d’un personnage souvent maltraité par notre cinéma : le chanteur populaire. Lui qui, si souvent, est victime de procès en sorcellerie pour ringardise, apporte tout simplement, de bals de quartier en mariages, un peu de bonheur à ses contemporains. Quand Alain attaque «Pour un flirt avec toi» ou roucoule «Vous les femmes», c’est à ces artistes anonymes, modestes et dignes qu’on pense. En fredonnant avec lui ces refrains populaires, c’est un peu comme si on retrouvait, dans ce monde si sophistiqué du Festival, le temps de l’innocence.


United 93, de Paul Greengrass (USA)

Un film document sur l’histoire du Boeing 757 de l’United airlines qui s’est scratché le 11 septembre 2001 en Pennsylvanie, à la suite de la révolte des passagers qui avaient compris, via leurs téléphones portables, qu’ils allaient être transformés en arme fatale contre la Maison blanche. L’histoire se passe quasiment en temps réel et l’on a parfois l’impression d’être dans un épisode de 24 heures chrono. Bien sûr, ici, jamais Jack Bauer n’arrivera. Sur la forme, le film montre sans jamais démontrer. C’est sa force. Sur le fond, nous sommes consternés par l’impréparation des Etats-Unis face à une attaque terroriste pourtant prévisible. Nous sommes aussi émus par la force de caractère de cette poignée de passagers qui n’ont pas voulu mourir en otages.


El laberinto del fauno (Le labyrinthe de Pan) de Gullermo del Toro (Espagne)

L’OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié) de ce Festival, une sorte de conte de fées sur fond de guerre civile espagnole. Les pérégrinations d’Ofelia, la petite fille qui se voit imposer par sa mère un beau-père odieux et sadique, c’est l’histoire de la petite sœur d’Harry Potter chez les Moldus franquistes. Les monstres qui peuplent l’imaginaire de l’héroïne ignorent avec dédain les effets spéciaux qui envahissent désormais nos écrans. Ils nous rappellent plutôt les créatures qui, dans les années cinquante, se trouvaient dans les films d’aventure qui passaient dans les cinémas de quartier. C’est parfois kitch, c’est souvent poétique (une mention spéciale pour le monstre qui a les yeux encastrés dans les paumes de ses mains… un amour !!). Et puis, à la fin, les partisans républicains ratatinent les franquistes. Il paraît que ce n’est pas tout à fait historique, mais ça fait du bien. Surtout en fin de Festival.


Justement, à propos de fin de Festival, le temps des pronostics est venu. Sans rentrer dans les subtils équilibres politico-artistiques qui président à la confection de tout palmarès à Cannes, je me contenterai de donner mon tiercé :

1- Volver, car Almodovar mérite de figurer au palmarès de Cannes. Deux fois Bill August et jamais Almodovar, ça fait un peu désordre.

2- Flandres, parce que je suis un inconditionnel de Dumont depuis L’Humanité et qu’un festival populaire peut aussi récompenser des films exigeants.

3- Summer palace, ce film chinois émouvant et résolument moderne, peut-être la vraie révélation de ce festival.

Cela dit, Les lumières du faubourg et La raison du plus faible, ce n’était pas mal non plus.

Pour Michel le Marseillais, le tiercé commence aussi par Volver, mais se poursuit avec Babel et Le vent se lève.

Pour Dominique, Almodovar est aux abonnés absents et laisse sa place à Summer palace, Flandres et Indigènes (mais Nanni Moretti et Il caimano, c’est aussi un grand moment).