
Il m’aura suffi de quelques lectures et d’une ou deux initiatives en vue de la préparation d’un éventuel (dixième) voyage aux USA pour être à nouveau saisi par « la fièvre de l’Amérique ».
Bien sûr, l’Europe est ma patrie et j’aime la sillonner en tous sens, l’Australie reste aussi pour moi le pays du Rêve, l’Afrique du Sud de Mendela sera toujours mon Afrique, la sensualité du Brésil est une éternelle tentation, mais c’est l’Amérique du Nord qui a le pouvoir d’enflammer périodiquement et en dehors de toute logique mon imagination par un curieux mélange de « flashs » de voyages, de références culturelles, de transgressions intimes et de désir d’espace.
L’Amérique, pour moi, ce sont d’abord des souvenirs personnels, très personnels.
Le bonheur de mon père handicapé découvrant sur le tard l’Eldorado de sa jeunesse : la promenade en fauteuil sur la dalle du World Trade Center à l’ombre des tours jumelles, l’émotion indicible éprouvée au John Ford Point de Monument Valley, l’incroyable visite de Cap Canaveral en toute liberté avec notre véhicule personnel…
L’Amérique, c’est aussi, le 26 décembre 1995, notre mariage à la mairie de Las Vegas : une adjointe très américaine, un sapin de Noël, l’absence de témoins, les mariés en parka, et l’unique photo recueillie grâce au retardateur de notre appareil judicieusement calé sur le capot de la Pontiac de location.
L’Amérique, ce sont également ces deux traversées un peu zigzagantes du continent, ouest-est puis est-ouest : Vancouver - Montréal en 1998, Philadelphie - San Francisco en 2003. Avec, à chaque fois, plus de 10 000 kilomètres au compteur de nos Ford Taurus.
Certes, les souvenirs peuvent parfois être sombres. Violence à New York, misère à Tijuana, émotion sur le bacon du motel « Lorraine » à Memphis où Martin Luther King a été assassiné, émotion sur la Dealey Plaza de Dallas en souvenir de John Kennedy, émotion devant l’entrée du Dakota building, au bord de Central Park en « imaginant » John Lennon…
Mais l’Amérique, pour moi, c’est avant tout un maelström de sensations.
La course folle en voiture sur le Bonneville speedway du Lac Salé, le petit ours brun croisé dans le Shenandoah, la maison de Norman Bates, les fleurs de Georgia O’Keeffe à Santa Fé, mes joggings à l’aube dans Manhattan endormi, Stand by me dans Beale street, la danse avec les loups dans le Sud Dakota, la montée de l’escalier du musée de Philadelphie avec Rocky, les chanteurs des « Deux Pierrots » à Montréal, les alligators sournois des fossés de Floride, les troglodytes navajos du canyon de Chelly, les forêts d’Emily Carr dans l’ouest canadien, l’humanité de Steinbeck planant sur les vallées californiennes, les chœurs de l’Abyssinian Baptist Church de Harlem, le balcon de « Vive le Québec libre ! » du Général de Gaulle, la nostalgie sucrée de Graceland, Ford LTD ou Chrysler Le Baron, les grosses voitures automatiques un peu pataudes, les baleines du Saint-Laurent à Tadoussac, la robe de Marylin sur la 52e, la misère et l’espoir à Ellis Island, les phoques de la route numéro 1, la country et les danses à Rapid city, la vitesse du hors-bord piloté par l’indien énigmatique des Everglades…

Bien sûr, j’ai conscience que tout cela n’est peut-être pas l’Amérique, mais « mon Amérique à moi ». Et alors ?
Un "coup de gueule" sur le blog de Dominique Boy-Mottard.












