30 juillet 2011

Paris Nostalgie



Mon dernier séjour dans la capitale s’est transformé d’une façon inopinée en une longue séquence de Radio Nostalgie au hasard de deux spectacles musicaux – le premier, symbole de la contre-culture des années 60, le second, épopée d’un groupe des années 70 – et d’une exposition sur la vie et l’œuvre d’un chanteur mort il y a déjà trente ans.


Hair au Palace

Bien sûr, j’avais vu plusieurs fois le beau film de Milos Forman avec ses scènes magnifiques à Central Park, mais je n’avais jamais eu l’opportunité de voir le spectacle en live. C’est maintenant chose faite avec une troupe francophone qui, malgré son jeune âge, arrive à faire passer, notament en jouant avec le public, l’atmosphère si particulière des années Vietnam.
Même si les acteurs-chanteurs n’hésitent pas à prendre (un peu) leurs distances en pratiquant l’ironie tendre. C’est d’ailleurs nécessaire car la philosophie qui soutient l’œuvre – la révolution sexuelle est l’antichambre de la Révolution tout court – est un peu dépassée. On s’est rapidement rendu compte que les choses seraient plus compliquées…
Reste une comédie musicale joyeuse et généreuse avec d’inoubliables morceaux de bravoure comme Aquarius, Manchester England ou Let the sunshine in cet hymne à la vie que nous avions intégré dans le final de « Fragments de Nice » lors de la série de représentations de 2007 (n’est-ce-pas Bernard ?)


Mamma mia au théâtre Mogador

Là encore, j’avais vu la version filmée avec Meryl Streep, l’occasion d’écrire sur ce blog une sorte d’hommage à la musique disco du groupe Abba dont l’illustration du répertoire est le prétexte au spectacle musical : «… une musique euphorisante et sans mémoire qui, entre la promesse des lendemains qui n’ont jamais chanté (celle de Hair ?) et la plongée inexorable dans le no futur, nous a fait fugitivement retrouver le temps de l’innocence ».
Bien servi par une troupe de chanteurs-danseurs-comédiens talentueux et … chantant en français, la comédie est à cette image, elle provoque une sorte d’ivresse légère due à l’afflux d’images, de sensations, de souvenirs, qui submergent le spectateur à l’écoute de chansons qui ont jalonné souvent par inadvertance sa vie.
Pour moi, la musique d’Abba est indéfectiblement associée à une traversée de l’Australie  où nous avions joué les « Priscilla ». Du coup, à Mogador, Dancing queen ou Wanadoo avaient l’intensité d’un coucher de soleil sur l’Outback .
 

Georges Brassens ou la liberté à la Cité de la Musique

C’est à la Villette que l’auteur du Chat du rabbin, Joan Sfar (et oui Clotilde !), a organisé et illustré une exposition hommage dédiée à Georges Brassens.
De chanson en chanson, de photo en vidéo, on se rend compte à quel point cet anarchiste sourcilleux mais bienveillant nous manque. Avec la poésie de ses textes et la ponctuation si particulière de sa musique, il savait nous rappeler à quel point il était important de ne pas  laisser  s’éteindre la petite flamme d’irréductible liberté qui brûle en nous. Pour lui c’était évident, cette liberté ne pouvait qu’être individuelle. Une vidéo présentée à la Cité de la Musique le montre expliquant, presque avec brutalité, ce point de vue et cet art de vie à Jean Ferrat, grand défenseur des causes collectives.
Entre les textes de Georges et les dessins de Joan, la visite se transforme peu à peu en parcours initiatique pour tous ceux qui aiment l’auteur de L’auvergnat mais aussi pour les autres. J’aurai ainsi la confirmation que la Supplique pour être enterré sur une plage de Sète, que Brassens aurait mis plusieurs années à composer, est une des plus belles chansons de langue française.


Quant à Forrest, bien sûr, il était du séjour. Il en a même profité pour aligner plus d’une trentaine de kilomètres sur les pavés et le bitume parisien : l’occasion en passant sous les piliers du pont de Bir Hakeim de rendre hommage à Maria du Dernier tango à Paris et de rencontrer, du coté du lac de Boulogne, un petit lapin au derrière blanc qui semblait s’échapper d’une lettre de mon moulin.

23 juillet 2011

Cadel Evans : un Australien à Paris



Quand, sur l’écran partagé en deux de France Télévision, le pointage satellite confirme l’impression visuelle que j’ai depuis quelques minutes, à savoir que Cadel Evans est en train de pulvériser Andy Schleck dans cette étape contre-la-montre et de gagner le Tour de France, j’exulte. Je prends même une photo pour immortaliser l’événement.

Deux raisons expliquent cet enthousiasme que d’aucuns pourraient trouver un tantinet incongru.

Tout d’abord, une raison sportive. En 2008, dans les mêmes circonstances, le magnifique styliste qu’est Evans s’était fait battre contre toute attente par un obscur Espagnol dont on n’a plus jamais entendu parler et qui, ce jour-là, avait joué les Speedy Gonzales dans un contre-la-montre qui avait laissé sceptiques tous les observateurs sérieux.

Voir ce beau coureur à la personnalité attachante (il a été élevé dans une communauté aborigène et il soutient leur cause aujourd’hui notamment au sein de la « Fondation pour la Jeunesse ») triompher est une grande satisfaction. Surtout si l’on considère que le Tour de cette année est probablement l’un des plus propres de ces dernières années (*).

L’autre raison est plus personnelle. L’année de la victoire de l’Espagnol, mon ami John de Sydney, qui suit le Tour avec passion, avait vécu tellement intensément les événements qu’il avait fait un malaise cardiaque. C’est dire que dès que la victoire de Cadel fut acquise, mails et sms sont partis joyeusement en direction de l’hémisphère Sud…

Bravo Cadel, salut John, et vive les Aussies !

(*) En 2007, sur ce blog, j’avais sélectionné dix critères de « propreté » : cette année, au moins neuf de ceux-ci étaient en amélioration.

21 juillet 2011

71 : Forrest is back !



Chaque année, quand l’été revient, je suis victime d’un dédoublement de personnalité : le Forrest Gump qui sommeille en mois pendant les mois de labeur se réveille et m’entraîne dans une course folle à travers campagnes hexagonales et villes étrangères.

Ainsi, cette année, après quelques amuse-gueules catalans, c’est sur les routes de Saône-et-Loire, dans ma natale Bourgogne du Sud, que Forrest a fait son grand retour : vingt-deux kilomètres entre Sennecey-le-Grand et Cruzille, avec, bien sûr, une fois de plus, le soutien de notre fidèle accompagnatrice à la petite voiture ivoire et noire.

La température est frisquette (pas plus de 15°) quand je m’élance de Sennecey-le-Grand, dans la plaine de Saône, où nous avons notre lieu de villégiature. Après le village de Laives et son église massive, j’arrive très vite à Nanton avec, au passage, une pensée pour celui qu’on appelait autrefois avec tendresse « le beurdin de Nanton », un pauvre hère qui pendant des années est resté assis sur une chaise au bord de la route à regarder passer les voitures, attitude contemplative qui lui avait valu une notoriété départementale.

Sully, Etrigny, Collonge, les villages se succèdent. Les kilomètres aussi mais, comme le ciel est clément et la route gentiment vallonnée, si je ne vole pas, je n’en suis pas loin. Sans renier mes superbes entraînements à Gairaut ou sur la Prom’, il faut bien dire que là, entre les champs de tournesols et ceux de blé déjà moissonnés, sous le regard bienveillant des chevaux nombreux dans la région, la course à pied prend une dimension quasiment spirituelle.

Après une heure et demie, j’arrive à La Chapelle sous Brancion, commune que je connais bien. Le maire de ce village situé dans la circonscription d’Arnaud Montebourg n’est autre qu’un ancien prof de la fac de Droit… de Nice.

C’est ici que débute le col de Brancion. Du coup, l’effort devient plus rude sur cette route qui serpente au milieu de bois très denses et très sombres qui furent autant de refuges pour les maquisards pendant la guerre. Juste avant d’arriver à Brancion, je passe d’ailleurs devant un café-restaurant un peu isolé, à l’orée du bois, qui fut un lieu de rassemblement de la Résistance dans le Tournugeois.

Pendant la courte descente vers Martailly, je retrouve les vignes qui donnent ce Mâcon blanc si apprécié par Hemingway et Scott Fitzgerald dans « Paris est une fête ».

L’euphorie athlétique qui était mienne baisse d’un cran à l’approche de la deuxième heure et mes jambes commencent à être aussi dures que les pieds de vignes qui, désormais, saturent joliment le paysage. Encore une côte, la dernière, celle que je veux à tout prix dignement gravir. C’est qu’enfant et jeune homme, je l’ai souvent empruntée avec René, mon père.

Puis c’est la plongée vers Cruzille, le village berceau de la famille. Les crampes ne sont pas loin car la descente est grisante et pousse aux excès… de vitesse.

Enfin arrivé, je peux m’allonger et récupérer sur un petit muret qui borde la place centrale du village. Je le fais non seulement avec soulagement, après un effort de deux heures et demie, mais aussi avec fierté. Depuis peu, la place en question a été baptisée par la municipalité « Edgard Ponthus », du nom de mon grand-père, l’ancien maire résistant mort en déportation.

La récupération sera finalement rapide car, dès l’après-midi, je suis dispo pour un nouveau marathon, plus ludique il est vrai, celui qui consiste à visiter, de Juliénas à Fleurie, les caves du Beaujolais…

14 juillet 2011

Emile Corboli



Emile Corboli nous a quittés.

A peine sorti de l’adolescence, il fut résistant. Elevé dans la tradition républicaine, il refuse d’accepter la victoire des nazis et le gouvernement de Vichy. De Toulon à Toulouse en passant par la Corrèze, il prendra de plus en plus de responsabilités dans la clandestinité. De nombreuses décorations témoignent du courage qu’il va mettre toutes ces années au service de ses valeurs et de ses convictions (en particulier, cette Légion d’honneur dont il sera si fier parce qu’elle lui avait été remise par François Mitterrand lui-même).

Arrêté en février 1944, il est incarcéré à Compiègne où il me plaît à pense qu’il a croisé mon grand-père Edgard Ponthus, en partance lui aussi pour l’Allemagne. Puis ce sera Mathausen, les sinistres commandos de Gusen 1 et 2, et l’indicible.

De retour en France, après plus de 400 jours de souffrances qu’il évoquera rarement et avec beaucoup de pudeur, comme tous les déportés, il fera le pari de la vie en fondant une belle famille.

Mais sa tâche à lui, le Résistant, le Déporté, n’était pas achevée. Toute sa vie Emile témoignera, singulièrement auprès de la jeunesse, à travers ses multiples engagements associatifs, pour que jamais un tel déni d’humanité ne se reproduise. Refusant d’être un homme du passé, tout en joie de vivre et en coups de gueule (Ah ! Les coups de gueule d’Emile…), il va aussi multiplier les engagements citoyens pour que sa chère République soit plus fraternelle et plus juste.

Son fils Gérard, qui fut longtemps mon secrétaire de section au Parti socialiste, avant de devenir en 2001 adjoint à l’Education dans la municipalité divers gauche de Biot, me présenta son père, il y a un peu plus de deux décennies. Et c’est ainsi que je fus l’ami de l’un et de l’autre.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres tremblants dans ces wagons plombés,
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.

Parmi eux, Emile.
Je ne l’oublierai jamais.

08 juillet 2011

Caméras cachées : le tacle de la Cour des Comptes

Dès que le Ministère de l’Intérieur et la Mairie de Nice se sont engagés sans retenue dans leur politique de vidéosurveillance – et au risque d’être impopulaire –, j’ai exprimé publiquement, notamment sur ce blog, mon scepticisme par rapport à l’efficacité de ce nouveau gadget sécuritaire (voir notamment mes billets du 4 juin 2010, du 4 octobre 2010 et du 9 octobre 2010).

Depuis, aucun responsable, qu’il soit politique ou policier, n’a pu me donner les quelques arguments qui m’auraient permis d’infléchir cette position.

Dernière anecdote en date : il y a quelques jours, au cours de l’AG d’un Conseil de quartier, j’ai profité de la présence éclairée d’un cadre de la police pour lui demander benoîtement « si la vidéosurveillance avait changé sa pratique professionnelle… ? » Un peu embarassé mais sans langue de bois, celui-ci nous a rappelé d’emblée qu’elle ne pouvait être que l’instrument parmi d’autres d’une politique policière. Il rajoutera : « Quant aux résultats directs… oui… en juillet dernier, elles ont permis d’arrêter un délinquant dans l’est de la ville ». On peut difficilement être plus minimaliste.

Aujourd’hui, c’est au tour de la Cour des Comptes, une des institutions les plus respectées de la République (n’en déplaise à Claude Guéant), de tacler sévèrement la vidéosurveillance.

Pour l’honorable Cour :
- C’est une politique coûteuse : les dépenses de fonctionnement représentent 300 millions par an, soit 7400 euros par caméra. Le gouvernement envisage de tripler le nombre de caméras soit un investissement de 300 millions supplémentaire.
- C’est une politique mal maîtrisée : sous la pression politique, les Préfets délivrent des autorisations à tors et à travers et la Commission départementale de vidéoprotection, sans moyens, ne peut faire aucun contrôle digne de ce nom.
- C’est une politique mal valorisée : le personnel de surveillance est très hétéroclite et mal formé ; du coup, le traitement de l’information laisse sérieusement à désirer.
- C’est surtout une politique inefficace : les courbes de délinquance (à la baisse ou à la hausse) sont les mêmes entre secteurs voisins dont l’un est équipé en vidéosurveillance et l’autre non (la Cour donne l’exemple de Lyon).

De toute façon, actuellement, aucune évaluation n’a été faite de cette coûteuse politique, copmme le rappelle la Cour des Comptes en citant le cas d’une grande ville du Sud de la France (!) : « A Nice, par exemple, où le réseau de caméras le plus important de France, hormis Paris, a été mis en place depuis 2001, aucune évaluation de son efficacité n’a été réalisée par la Ville ».

… Non, pas tout à fait ! Vous avez oublié, Messieurs de la Cour des Comptes, qu’un délinquant a été arrêté en juillet dernier à l’est de la vile grâce à elles…

Pour un commentaire de l'ensemble du rapport sur la Sécurité, voir le blog de Dominique.

07 juillet 2011

La détermination bonhomme



Après mon troisième Comité directeur au parti Radical de Gauche ce mercredi, je peux me laisse aller à quelques commentaires qui pourront être aussi des éléments de comparaison pour moi qui ai fréquenté pendant de si longues années le CD du grand frère socialiste.

Au PRG, le public est plutôt plus âgé et plus masculin qu’au PS, les quotas et autre parité étant peut-être moins présents dans la culture radicale. Mais ce qui est frappant pour moi, c’est l’atmosphère qui préside à la réunion, une atmosphère détendue, sereine, que je qualifierais volontiers de bonhomme. Pas de regards en biais, pas de chuchotements, pas de clans apparents, mais un vrai plaisir d’être ensemble.

Ce climat quasiment familial n’exclut pas la franchise du propos et la détermination. Peu d’interventions générales, des prises de parole de cinq minutes maximum permettant à un grand  nombre de participants de s’exprimer.

Là où dans d’autres formations politiques, on pourrait reconstituer la forêt des Landes tant la langue de bois y est abondante, on observe un dialogue assez direct entre la direction et la salle. Du coup, la prise de décision y est facilitée et les participants y adhèrent avec presque autant de conviction quelle que soit leur position de départ.

Ce jour, le sujet était la question de la participation du PRG à la primaire socialiste. Après un large tour de table – ou plutôt de salle – il fut décidé de présenter un candidat si un certain nombre de conditions dûment énumérées étaient réunies.

Du coup, en reprenant le métro pour Orly, on a l’agréable sensation que la réunion a servi à quelque chose et qu’on n’a pas perdu son temps. Si j’ajoute que cette escapade parisienne fut l’occasion de déjeuner à Montparnasse avec une personnalité de premier plan (ni radicale, ni socialiste) qui a beaucoup de choses à dire sur la rénovation du politique, je me dis qu’aujourd’hui il était facile de surmonter la frustration qu’engendrent généralement ces voyages-éclair dans la capitale.

04 juillet 2011

Contre la résignation citoyenne…

Elu de proximité, il m’arrive souvent de lutter contre « l’aquoibonisme » et la résignation citoyenne, cette attitude qui consiste à baisser les bras contre les décisions politiques prises « en haut lieu » et sur lesquelles il serait impossible que les autorités reviennent. Du projet de démolition de la Gare du Sud à celui du Palais de l’Agriculture, il me semble que j’ai, par le passé, fait la démonstration contraire.

Ces dernières semaines, dans le 5e canton, nous avons eu de nouvelles preuves de l’intérêt qu’il y a à lutter contre la résignation citoyenne.

J’ai ouvertement fait campagne pendant les élections cantonales contre la voie « interquartiers » prévue au PLU et qui devait traverser la calme et patrimoniale colline Saint Barthélemy. Avec encore plus de force (car l’enjeu concerne l’ensemble de Nice Nord), j’ai défendu les propositions équilibrées des conseils de quartier concernant le devenir des terrains du stade du Ray. J’avais même expliqué que les résultats des bureaux de vote correspondant à ces deux territoires seraient examinés à la loupe « en haut lieu »…

De fait, les électeurs ont bien compris l’enjeu puisque non seulement je suis arrivé largement en tête dans ces bureaux, mais la candidate de la mairie s’y retrouvait en troisième position, très minoritaire.

Résultat des courses… ou plutôt des élections :

- Deux semaines après celles-ci, le Maire acceptait une révision du PLU pour enterrer la voie « interquartiers » et rassurer la colline Saint Barthélemy.

- La semaine dernière, Christian Estrosi répondait avec beaucoup de clarté à mon interpellation post électorale sur le devenir des terrains du Ray, cette question qui mérite « une réflexion approfondie et partagée » et « une concertation avec la population » dès que les services auront réalisé « un diagnostic précis de l’état des lieux ».

Comme quoi, une mobilisation citoyenne et une opposition constructive à l’écoute de la population peuvent obtenir des résultats pour le bien-être de tous et l’intérêt général.

P.S. Ces résultats encourageants peuvent être rapprochés des victoires obtenues par les parents d’élèves et les équipes éducatives à l’école Fuon Cauda et à l’école des Acacias (voir, à ce sujet, « Une belle victoire » sur le blog de Dominique).

02 juillet 2011

Le petit jardin abandonné

Le jardin vu du 8e étage

La proximité des lieux n’a pas grand-chose à voir avec la géographie…

J’habite depuis seize ans une résidence composée de deux immeubles séparés par un petit jardin carré d’environ cinquante mètres sur cinquante. Une herbe pas très abondante, des palmiers de taille modeste, quelques pins et cyprès, des buissons d’origine indéterminée, un chemin central dallé et deux petits escaliers latéraux… Ce n’est pas tout à fait le jardin extraordinaire de Charles Trénet mais un petit espace de verdure accueillant pour les oiseaux et reposant pour le regard des riverains.

Eh bien, figurez-vous que ce matin j’ai pris conscience que ce petit jardin, dont la porte d’entrée est située à cinq mètres de l’ascenseur que je prends une bonne dizaine de fois par jour, je ne l’ai pas visité depuis… 1995, c’est-à-dire l’année de mon arrivée à la résidence.

Pendant ce temps-là, j’ai dû parcourir plus de dix fois en long, en large, et en travers, Central Park. Strawberry Fields, le Réservoir et la fontaine de Bethesda ont moins de secrets pour moi que les quelques mètres carrés de verdure qui séparent l’immeuble A de mon immeuble B.

Je me suis promis illico de réparer cette injustice. Dès demain matin. Promis.

29 juin 2011

Administrateur du Foyer de l’Enfance

Ce matin, du côté de Nice La Plaine, j’assistais à mon premier Conseil d’administration du Foyer de l’Enfance des Alpes-Maritimes, FEAM de son petit nom.

Il s’agit d’un établissement public chargé d’accueillir dans l’urgence les mineurs en danger. De trois à dix-huit ans, enfants et ados, par centaines chaque année, font un séjour provisoire – mais souvent assez long – dans l’un des seize établissements à dimension humaine (pas plus d’une douzaine de places par Villa) qui appartient au Foyer.

24 heures sur 24, 365 jours par an, 350 salariés (dont notre amie autrement Faouzia) font de leur mieux pour organiser une pause dans le parcours chaotique de ces mineurs en les aidant à construire leur avenir.

J’étais d’autant plus fier d’intégrer ce beau service public qu’il s’agissait pour moi de prendre la succession de Dominique qui, pendant six ans, a été membre du CA du Foyer. Un mandat qui, apparemment a laissé de bons souvenirs car, en son absence, le Président l’a remerciée publiquement le 29 mars pour « son investissement, son assiduité, le travail qu’elle a accompli avec les administrateurs, sa volonté de servir le Foyer de l’Enfance des Alpes-Maritimes… »

Il ne me reste plus qu’à essayer d’être digne de cette succession. Il faudra le faire dans un contexte assez déprimé : le FEAM, en effet, n’échappe pas aux restrictions dues au budget de pénurie du Conseil général (voir, « Les indignés de la décentralisation »). Son budget, sur un total de 18 millions, sera amputé de 400 000 euros…

28 juin 2011

Debré - Mottard : le duo improbable


L'équipe de WebtvNice a profité du Salon du Livre pour réaliser un sujet sur deux voisins du stand de la Librairie Masséna: le Président du Conseil constitutionnel... et moi-même.

Le résultat est surprenant.

26 juin 2011

Katrina and the city

 Antoine Batiste (Wendell Pierce)

C’est avec une régularité impressionnante que les créateurs de la chaîne à péage américaine HBO nous proposent des séries TV d’une qualité exceptionnelle : de Deadwood à Six feet under, des Sopranos à Roma, en passant par En analyse ou Sex and the city

Treme, du nom d’un quartier populaire de la Nouvelle Orléans est leur dernier chef-d’œuvre. La série est réalisée par les créateurs du célèbre Sur écoute (The wire) et nous emmène en effet sur les bords du Mississipi au cœur de la capitale culturelle de la Louisiane, quelques mois après la tragédie provoquée par l’ouragan Katrina et les inconséquences de l’administration Bush.

Le principe est le même que pour The wire (cinq saisons pour explorer Baltimore, grand port industriel en déclin) : il s’agit, à travers une dizaine de personnages – qui ne sont pas emblématiques –, de plonger dans les entrailles d’une ville en souffrance tout en essayant d’en appréhender l’âme.

Dans Treme, il s’agit bien sûr, pour les rescapés, de reconstruire leurs maisons, leurs vies, leur culture, une culture jamais folklorisée par les scénaristes (chez HBO, ce n’est pas le genre), une culture où la musique, dans la vie de tous les jours, des enterrements au grand Carnaval, est omniprésente, presque obsédante, toujours sublime. Plus jamais nous n’oublierons le petit peuple de Treme : Antoine Batiste, le joueur de trombone, Creighton Bernette, le prof d’université rongé par la colère et la mélancolie et sa femme Toni, avocate engagée, Davis McAlary, le DJ wasp un brin illuminé, Janette Desautel, la chef cuisinier, LaDonna, la patronne du troquet, Albert Lambreaux, l’énigmatique chef indien de Mardi gras, Sonny et Annie, les deux jeunes musiciens de rue...

Et cette question qui revient en boucle d’épisode en épisode : ont-ils encore un avenir collectif ou même un avenir tout court ?

Un regret toutefois : celui d’avoir passé quelques jours à la Nouvelle Orléans en 2008 (voir sur ce blog On dirait le Sud), sans avoir vu auparavant Treme, tant il est vrai que la fiction, quand elle est juste,permet parfois de mieux comprendre la réalité.

23 juin 2011

Les indignés de la décentralisation



Ce jeudi se déroulait la dernière séance plénière du Conseil Général 06 avant l'été. Au nom du groupe socialiste, radical et écologiste, j'étais chargé d'expliquer notre vote négatif sur le Compte Administratif 2010. Le CA est le document budgétaire qui retrace la gestion réelle du département sur douze mois.

L'occasion était belle de démontrer à travers ce dossier les effets dévastateurs de la politique du gouvernement en matière de décentralisation.

Ci-dessous, le texte de mon intervention :

Le premier indicateur du Compte administratif est le taux d’exécution des opérations réelles. Il traduit la bonne réalisation du budget voté au préalable. C’est un indicateur, à la fois, du réalisme du document initial et de l’efficacité de la politique d’exécution.

Force est de constater que ce taux est en recul considérable en ce qui concerne les investissements. Les recettes réelles d’investissement ont été exécutées à 77,32% contre 85,28% en 2009 et 95,8% en 2008. Cela signifie tout simplement que 75,3 millions d’euros n’ont pas été réalisés par rapport aux prévisions budgétaires 2010.

Ces chiffres ne sont pas anecdotiques, ils synthétisent une tendance lourde : celle qui conduit notre collectivité à être de plus en plus asphyxiée par les transferts de compétence relevant de l’acte II de la décentralisation dans un contexte où la fameuse règle de la compensation à l’euro près se révèle être un leurre. Un exemple : les routes transférées, et il aura fallu le rapport de CRC pour savoir que vos services chiffraient au 31 décembre 2009 à 4 115 083 € les titres de recettes impayés par l’Etat depuis 2007.

A ce titre, un autre chiffre est particulièrement significatif. C’est celui du pourcentage des dépenses de fonctionnement, en constante augmentation du fait des compétences nouvelles, par rapport aux dépenses d’investissement : il était de 64,5% en 2007, de 70,2% en 2008, de 72,1% en 2009 et de… 85,4% en 2010, ce qui constitue un bond de 21% en 4 ans.

En chiffrage absolu et non plus relatif, les dépenses d’investissement chutent de 31% entre 2009 et 2010 soit – 114,4 millions d’euros d’une année sur l’autre. Or, comme vous le soulignez à la page 3 du rapport de présentation, on assiste en 2010 à une reprise des recettes liées aux droits de mutation. Représentant encore 324 millions d’euros en 2008, ceux-ci s’étaient écroulés à 214 millions d’euros en 2009, avant de remonter la pente de plus de la moitié avec 289 millions en 2010.

Or, comme le rappelle le rapport de la Chambre régionale des comptes, la décélération brutale des recettes liées aux droits de mutation avait été compensée par un effort des familles qui avaient subi une forte augmentation des fiscalités locales. Du coup, on serait en droit d’attendre un geste qui tiendrait comte de cette embellie en desserrant quelque peu la pression fiscale. Mais il y a fort à parier que ce geste pourtant normal sera impossible car le rouleau compresseur de l’acte II de la décentralisation vous laisse peu de marge.

Ainsi, le RSA est en forte augmentation cette année encore, passant de 105,98 millions d’euros en 2009 à 119,3 millions d’euros en 2010 alors même que les recettes de compensation versées par l’Etat restent scotchées à 75,7 millions d’euros. Cette augmentation de 12,6% est donc assumée pour l’essentiel par notre collectivité.

Or, la persistance de la crise sociale dans notre pays et les fortes tensions sur le marché de l’emploi peuvent laisser supposer qu’après une augmentation de 16% en 2009 et de 3,5% en 2010, le nombre d’allocataires va encore croître.

On peut d’ailleurs faire à peu près le même constat avec l’APA : 118,23 millions en 2010 contre117,5 en 2009, même si, ponctuellement, l’augmentation est relativement faible cette année. N’oublions pas non plus la PCH qui passe de 18,3 millions à 22,44 millions.

Du coup, face à cette machine infernale, vous êtes obligé d’avoir recours à l’emprunt et le poids de la dette est pratiquement le double de celui des années 2005 - 2007. D’ailleurs, en 2009, avec 877,7 euros par habitant pour l’encours de la dette, les Alpes-Maritimes étaient loin en tête des départements de plus d’un million d’habitants dont la moyenne était de 421,74 euros. Votre compte administratif 2010 affiche aujourd’hui 885 € euros de dette par habitant.

Vous êtes surtout obligé de réduire la voilure des politiques pourtant socialement indispensables à notre population. En effet, si la réduction du budget de la politique des moyens généraux sur laquelle vous communiquez beaucoup est réelle (26,5 millions en 2010 contre 29,2 millions en 2009), son impact reste marginal sur notre budget. Même si, psychologiquement, elle est indispensable dans un contexte de crise.

Par contre, la politique Education passe de 81 à 55,5 millions, soit une diminution de plus d’un tiers. Et elle était encore de 93,5 millions en 2008. Pourtant, nous sommes là dans le noyau dur de nos compétences et le manque de moyens commence à se ressentir très fortement sur le terrain. C’est ce que je constate régulièrement, par exemple, au collège Vernier.

La politique du logement – dont on sait à quel point elle est nécessaire dans notre département pour les familles les plus modestes et le classes moyennes – se réduit comme peau de chagrin en passant de 35,1 millions en 2009 et 24,1 millions en 2010 soit – 27% (moins de 2% du budget).

La politique culturelle, en passant de 18,4 millions à 16,5 millions, est également en forte diminution, ce qui n’est pas sans poser de nombreuses difficultés sur le terrain aux acteurs et associations du secteur.

Notons aussi au passage, que le Plan jeunes, voté en grande pompe dans les années fastes, et qui n’était déjà plus que l’ombre de lui-même au BP 2010 n’est réalisé qu’à hauteur de 27%.

Le budget des ressources humaines est lui aussi en recul : 202 millions en 2009, 199,6 en 2010. Vous semblez revendiquer cette baisse. Pour ma part, je ne suis pas sûr qu’il faille s’en féliciter. A un moment où les compétences et les responsabilités du département sont de plus en plus nombreuses, la perte de plusieurs dizaines de fonctionnaires chaque année ne peut que réduire l’efficacité des politiques.

En réalité, ce Compte administratif est la traduction comptable de l’insatisfaction que nous rencontrons de plus en plus fréquemment sur le terrain, aussi bien du côté des fonctionnaires qui n’ont plus toujours les moyens d’accomplir leurs missions dans de bonnes conditions que des usagers de moins en moins satisfaits des services rendus.

En clair, vous êtes coincés par l’Etat. En transférant de nombreuses compétences sans compenser correctement, celui-ci oblige les collectivités à gérer a minima prestations sociales et services publics. En étant un peu trivial, on pourrait dire que l’Etat laisse faire le sale boulot aux collectivités locales.

Sans oublier qu’en plus la réforme fiscale nous enlève à peu près toute marge de manœuvre pour assumer éventuellement une politique innovante. De ce point de vue, le Compte administratif 2010 est historique : la part de la fiscalité directe passe en effet de 40,98% à 28,68%. On en a donc fini avec l’autonomie fiscale.

D’ordinaire, la session de juin combine le compte administratif et la première décision modificative du budget primitif qui a entre autre pour vocation la reprise du résultat de l’exercice antérieur. Vous avez prévu de reporter la DM1 à l’automne mais on sait déjà que le résultat de l’année 2010 qui s’élève à 25.9 M€, après couverture du déficit d’investissement, sera absorbé à hauteur de 21.3 M€ par le nouveau prélèvement sur le Droits de mutation.

Nos marges de manœuvre n’existent plus.

Puisque tout cela n’a pas interpellé le parlementaire en vue de la majorité que vous êtes, cela devrait au moins interpeller le chef de l’exécutif. Puisque la mode est à l’indignation et aux indignés, je vous suggère de réunir vos collègues des autres départements (je pense particulièrement à la Saône-et-Loire) et de vous rendre sur la place Beauvau en face du ministre de l’Intérieur pour planter la tente des indignés de la Décentralisation.

Car si on continue sur cette voie, on peut dire sans grand risque que le compte administratif 2011 sera encore pire et que, petit à petit, notre collectivité ne sera plus qu’un guichet chargé de gérer la pénurie. Comme je suis persuadé que cette perspective ne vous emballe pas, eh bien, faites comme nous, stoppez cette dérive mortifère pour la décentralisation et ne votez pas ce CA 2010.


Article de Nice-Matin du 24 juin 2011



22 juin 2011

Saint-Barth attitude






La Saint-Barth attitude, c’est celle de l’association « Colline Saint Barthélemy - Le Prieuré » qui organise chaque année pour la Fête de la Musique dans le jardin-roseraie du Prieuré du Vieux Logis, le seul musée du 5e canton, un concert en deux parties. La première est classique, la seconde jazz-rock.

Une fois de plus la soirée a tenu toutes ses promesses. Avec Manu, nouveau résident du quartier, nous avons donc suivi la prestation du Quatuor Nicea composé de solistes du Philharmonique de Nice. Haydn, Mozart, Schubert… allegro ma non troppo, allegro con brio, allegretto, molto allegretto… tout cela pour séduire la nuit la plus courte de l’année qui, probablement par coquetterie, prenait tout son temps pour nous rejoindre.

Puis ce fut la deuxième partie. Les années précédentes, elle était délicieusement jazzy, en 2011, elle sera furieusement rock : le groupe View Master succédant à Yaël Angel et Tina Scott.

Philippe Dahrmann et ses musiciens vont littéralement mettre le feu en transformant le paisible parvis du Prieuré en danse floor : Bowie, Depeche Mode, Radiohead, U2, sans oublier les incontournables Beatles (un super Come together).

Quant au Christ qui domine le jardin sur son immense croix, il me semble bien l’avoir vu – à l’instar d’un de ses collègues dans un film des Monty Python – battre la mesure sur le Miss you des Stones.

Du coup, View Master probablement inspiré par les lieux termina magnifiquement son concert avec le Hallelujah de Leonard Cohen. Hallelujah !




19 juin 2011

Festival du livre (3) : allègrement !

Au stand de l'UNSA

Aujourd’hui, magnanime (!), je laisse mon emplacement en G1à un certain… Michel Onfray pour rejoindre Rémy et Snéjana au stand de l’Université. Celui-ci, comme d’habitude, est le lieu d’exposition de l’ensemble des ouvrages, scientifiques ou non, écrits par les universitaires niçois. Du coup, l’atmosphère qu’il génère est nettement plus intellectuelle que celle des stands bling-bling des auteurs-vedettes. Et je ne sais si c’est à cause de cela, mais nous eûmes du coup l’honneur d’une visite (rapide) d’un Claude Allègre tout sourire.

Si la matinée fut un peu alanguie sous un soleil vraiment estival, l’après-midi se révéla encore plus frénétique que la veille. Replacé en G1 en fin de journée, je fus même plusieurs fois débordé par les demandeurs de dédicace… et les questionneurs politiques.

De retour au stand de l’UNSA pour le traditionnel rosé de fin de Festival, nous faisons le constat avec les collègues que la manifestation niçoise, par sa situation géographique, sa gratuité et la simplicité de son concept est véritablement populaire. Comment penser le contraire en me remémorant le visage des centaines de personnes connues ou inconnues avec lesquelles j’ai échangé ne serait-ce que quelques mots pendant ces trois jours ?

A côté de Jean des Cars

18 juin 2011

Festival du livre (2) : l’attaque de la caravane



Cette après-midi, pendant de longues minutes, les participants au Festival du Livre se sont retrouvés dans la situation d’une caravane de pionniers assiégés par les Indiens. En effet, dans un vacarme assourdissant, les « motards en colère » ont tourné autour du jardin Albert 1er, transformant les paisibles auteurs en victimes expiatoires de la politique routière du Gouvernement.

Cet épisode mis à part, cette deuxième journée a surtout été marquée par un exceptionnel afflux de visiteurs. Pour ma part, je ne crois pas être resté plus de cinq minutes sans interlocuteur et j’ai dédicacé mes livres littéralement à tour de bras.

Mes lecteurs étaient nombreux et divers. Parmi eux, on trouvait plusieurs militants associatifs et politiques dont… quatre responsables UMP connus (secret professionnel oblige, je ne dirai jamais de qui il s’agit… même sous la torture !), mais aussi des étudiants, des blogueurs célèbres, des amis « autrement » et même « radicalement », des électeurs et, bien sûr, des lecteurs. Sans oublier Bryan, le conseiller général jeune du 5e canton.

Placée à ma gauche, Carole Weisweler est la fille adoptive de Cocteau. Elle raconte de belles histoires sur le poète. Avec Mémona, mon autre voisine toujours fidèle au poste, nous constituons une équipe d’auteurs plutôt hétéroclites mais assez complémentaires dans la mesure où nos « clientèles » ne se mélangent presque pas.

Cette journée fut aussi celle des médias avec pas moins de quatre interviews en direct du stand dont un duplex avec fréquence K de l’incontournable Facemaker et un sujet de WebTV Nice (Rania Lassoued et Cyril Morachioli).

C’est donc encore avec un large sourire que, vers 19 heures, tel Fabrice à Waterloo, j’arrive sur la place de la Libé pour admirer la statue du Général De Gaulle fortement contestée quelques minutes auparavant. A mon avis, elle n’appelle pas de commentaire particulier, si ce n’est qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui se trouve depuis quelques années au bas des Champs Elysées à Paris.

Avec Carole Weisweler

17 juin 2011

Festival du livre (1) : le retour de Memona

Avec Mémona Hintermann

Lorsqu’à la mi-journée je prends possession de mon stand dans l’espace G1, je me dis avec une certaine fierté que j’entame là mon cinquième Salon du livre (le troisième ici à Nice et deux chez les amis de Mouans-Sartoux).

J’aime l’atmosphère de ces petites républiques éphémères que sont les Salons. On y tisse des liens très forts avec des auteurs qu’on ne reverra pas avant de longs mois et même parfois jamais ; mais la sincérité du moment est réelle.

C’est ainsi qu’à ma droite je retrouve avec plaisir ma voisine de Mouans-Sartoux en octobre, la journaliste de France Télévision spécialisée dans les grands reportages, Memona Hintermann. Une compagnie de choix car la dame est sympathique et, en conversant avec elle, on peut glaner les dernières nouvelles en provenance de Libye ou de Syrie.

Cette année, mon plaisir est grand dès cette première demi-journée car j’ai trois livres à présenter au public ce qui, dans mon esprit, atténue un peu la frustration des années précédentes quand, devant un ouvrage unique, je côtoyais des auteurs paradant devant cinq ou même dix titres différents.

L’effet cantonal joue aussi à fond et les autres auteurs souvent étrangers à Nice s’étonnaient du nombre de personnes s’arrêtant à mon stand pour me saluer, me féliciter ou prendre une photo à mes côtés.

Ce sera donc le sourire aux lèvres qu’en début de soirée je quitte la manifestation pour rejoindre la colorée et joyeuse fête de fin d’année de l’école Thérèse Roméo où m’attend, merguez au poing, la famille Delansey.

PS : le Festival du Livre continue samedi et dimanche de 10 heures à 19 heures au jardin Albert 1er.

Avec Jean et Rosemarie Montoya

15 juin 2011

Vernier et Valéri : nos collégiens ont du talent

La mosaïque des collégiens de Vernier

A un moment où, dans un contexte de réduction drastique des moyens, il est de bon ton de critiquer en haut lieu l’Education Nationale, responsables administratifs et équipes éducatives font des miracles pour que l’école ne soit pas seulement une usine à produire du savoir mais un lieu d’éducation où l’on encourage la créativité des enfants et des adolescents.

Ce soir j’ai pu le vérifier coup sur coup dans deux de nos collèges de Nice Nord.

18 heures 30. Collège vernier. On inaugure dans une ambiance familiale une mosaïque réalisée par les élèves. L’œuvre illustre le monde de l’Iliade et de l’Odyssée. Le résultat est bluffant même pour un prof qui a son bureau en fac de droit à quelques mètres de la fabuleuse fresque de marc Chagall sur le même thème. Je ne me prive pas de faire cette comparaison osée devant les petits artistes et sous les applaudissements des profs et des parents.

20 heures 30. Au Forum Nice Nord, le collège Valéri présente un spectacle pour sa fête annuelle, une comédie musicale dans laquelle les profs jouent le rôle des élèves et vice-versa. Un spectacle plein de drôlerie et d’imagination sur lequel je n’en dirai pas plus que cela car un blog voisin a une sorte de monopole sur les comptes rendus des activités de Valéri.

En tout cas, qu’elle est belle et talentueuse notre jeunesse dans les collèges de Nice Nord !

La comédie musicale du collège Valéri

13 juin 2011

Les pages que j’aurais aimé écrire (7)



Hans Castrop se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos en Suisse pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l’engrenage étrange de la vie dans ce lieu, Hans y séjournera sept ans. « La montagne magique », de Thomas Mann est un roman qui ressemble à ces voyages dont on revient différent.

Sur la nature de l’ennui, des conceptions erronées sont répandues. On croit en somme que la nouveauté et le caractère intéressant de son contenu « font passer le temps », c’est-à-dire : l’abrègent, tandis que la monotonie et le vide alourdiraient et ralentiraient son cours. Mais ce n’est pas absolument exact. Le vide et la monotonie allongent sans doute parfois l’instant ou l’heure et les rendent « ennuyeux », mais ils abrègent et accélèrent, jusqu’à les réduire à néant, les grandes et les plus grandes quantités de temps. Au contraire, un contenu riche et intéressant est sans doute capable d’abréger une heure, ou même une journée, mais, compté en grand, il prête au cours du temps de l’ampleur, du poids et de la solidité, de telle sorte que des années riches en événements passent beaucoup plus lentement que ces années pauvres, vides et légères que le vent balaye et qui s’envolent. Ce qu’on appelle l’ennui est donc, en réalité, un semblant maladif de la brièveté du temps pour cause de monotonie : de grands espaces de temps, lorsque leur cours est d’une monotonie ininterrompue, se recroquevillent dans une mesure qui effraye mortellement le cœur ; lorsqu’un jour est pareil à tous, ils ne sont tous qu’un seul jour ; et dans une uniformité parfaite, la vie la plus longue serait ressentie comme très brève et serait passée en un tournemain. L’habitude est une somnolence, ou tout au moins, un affaiblissement de la conscience du temps, et lorsque les années d’enfance sont vécues lentement, et que la suite de la vie se déroule toujours plus vite et se précipite, cela aussi tient à l’habitude. Nous savons bien que l’insertion de changements d’habitudes ou de nouvelles habitudes est le seul moyen dont nous disposons pour nous maintenir en vie, pour rafraîchir notre perception du temps, pour obtenir un rajeunissement, une fortification, un ralentissement de notre expérience du temps, et par là même le renouvellement de notre sentiment de la vie en général.

09 juin 2011

La métropole position du CG 06

Depuis ce matin, le département des Alpes-maritimes est le premier en France à avoir donné son accord pour qu’une métropole le dépouille d’une partie de ses pouvoirs.

Certes, pour le moment, la perte reste maîtrisée (encore que…) puisqu’elle ne concerne que les transports scolaires, la gestion des routes classées départementales, les zones d’activités et la promotion à l’étranger du territoire et de ses activités économiques.

Mon intervention en séance plénière sera donc parfaitement conforme à la philosophie du billet rédigé ici même il y a deux mois et intitulé « Métropolis ». J’ai en effet rappelé que si on pouvait créditer la réforme des collectivités territoriales voulue par l’actuel gouvernement d’une certaine cohérence (mais aussi de quelques habiletés !), le concept même de métropole met en péril son équilibre général en ne faisant qu’aggraver l’opacité démocratique du mille-feuilles indigeste de la décentralisation à la française.

Désormais, nous n’aurons pas moins de neuf catégories de collectivités territoriales : la commune, la communauté de communes, la communauté d’agglomération, la communauté urbaine, la métropole, le département concubin d’une métropole, le département, la région concubine d’une ou plusieurs  métropole, la région…

De quoi décourager les électeurs qui auront de plus en plus de mal à savoir pour quoi et pour qui ils votent… C’est donc sur la base de cette argumentation que j’ai voté contre la Métropole Nice Côte d’Azur, en compagnie de deux autres membres du groupe seulement car Marc Concas était absent et Antoine Damiani, mandaté par son Conseil municipal, a voté pour.

Ce vote – à mon avis néfaste – acquis, il ne restait plus, pour me changer les idées, qu’à participer à l’émouvante manifestation de départ à la retraite de Liberata Falcon, une fonctionnaire du CG qui a aidé et presque materné des générations d’élus, avant de rejoindre dans la cour du collège Vernier les élèves qui chantaient Goldman en l’honneur des victimes de la Shoah de leur établissement.

Liberata Falcon
Les collégiens de Vernier

06 juin 2011

Cannes à Perpignan…

Cinéma "Le Castillet", Perpignan


C’est à Perpignan, dans le magnifique cinéma Art déco « Le Castillet » que nous avons parachevé notre Festival 2011 en assistant à la projection du film des frères Dardenne, « Le gamin au vélo ». Le rattrapage était d’autant plus souhaitable que le film belge avait été récompensé par un Grand Prix.

Profitant de la parenthèse d’une Ascension météorologiquement morose en terre catalane, nous avons également vu dans la foulée deux autres films européens : l’italien « Gianni et les femmes » et le français « Les femmes du 6e étage », deux comédies grinçantes plutôt réussies.


Le gamin au vélo, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique)

Cyril, un gamin d’une douzaine d’années, n’a qu’une idée en tête : retrouver son père qui l’a abandonné dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, une coiffeuse, qui accepte de l’accueillir chez elle pendant les week-ends. La relation s’avère dans un premier temps difficile malgré la bonne volonté de la jeune femme.

L’histoire repose sur la qualité des acteurs. Le jeune Thomas Doret et Cécile de France interprètent en effet avec beaucoup de justesse et de sensibilité ce couple impropbable.

Pour une fois, les Dardenne abandonnent le terrain de la désespérance sociale et nous offrent un film optimiste. En réalité, « Le gamin au vélo » est plus un conte moderne qu’une histoire réaliste à la « Rosetta ». Si on admet cette convention, on peut se laisser séduire par cette histoire toute simple.


Gianni et les femmes, Gianni Di Gregorio (Italie)

Gianni, sexagénaire pré-retraité, marginalisé par sa femme encore active, infantilisé par son ado de fille et persécuté par sa vieille mère (clone transalpin de Tatie Danièle), décide, sur les conseils de son ami Alfonso, d’entamer un peu sur le tard une carrière de séducteur. A partir de là, l’émouvant Gianni va collectionner une impressionnante série de râteaux.

Malgré un scénario un peu sulfureux, « Gianni et les femmes » est une œuvre pudique qui ne surfe en aucun cas sur la vague scandaleuse du Rubygate. A des années lumière du doux-amer gnangnan des « films choral » français, on retrouve dans le film du réalisateur-acteur Di Gregorio la cruauté réjouissante et l’humanisme discret de la comédie à l’italienne. La bonne, la vraie, celle de Risi et de Monicelli.


Les femmes du 6e étage, Philippe Le Guay (France)

Dans les années soixante à Paris, Jean-Louis (Fabrice Lucchini), bourgeois coincé, fait connaissance avec la demi-douzaine de bonnes espagnoles qui vivent dans les chambres du §e étage de son immeuble. Cette rencontre inattendue va bouleverser sa vie.

Si la deuxième partie traîne un peu en longueur en se focalisant sur la peu crédible histoire d’amour entre le bourgeois et sa bonne, la première partie nous fait entrer avec bonheur dans l’intimité de cette petite communauté originaire d’un pays où Franco est encore au pouvoir et Almodovar dans les affres de « La mauvaise éducation ». On peut voir aussi dans ce film généreux une valorisation de l’immigration et un encouragement à découvrir l’autre, celui qui enrichit. En ces temps troublés, ce n’est pas du luxe.