L'équipe de Tournée
Robin Hood, Ridley Scott (USA)
Assez habilement, Ridley Scott ne nous offre pas une énième version cinématographique de Robin des Bois mais une histoire inédite de Robin avant les bois.
Celui-ci n’est encore qu’un humble archer au service de la couronne pour défendre le royaume contre ces maudits Français. C’est ainsi qu’au service de Richard Cœur de Lion puis du Prince Jean, Robin Longstride va écumer tous les champs de bataille de France et d’Angleterre.
Le problème est qu’il a la mauvaise idée d’entraîner le spectateur dans son périple et que, deux heures et quelques de cliquetis, de charges et de combats rapprochés, ça finit par être lassant même si les reconstitutions – à l’instar du débarquement avorté des Français – sont souvent très réussies. En s’achevant au moment où le héros prend le maquis dans la forêt de Sherwood, le film – surtout en ces temps d’élection de Cameron – donne plutôt envie de revoir les vraies aventures de Robin des Bois. Si possible avec un autre acteur que Russel Crowe qui a à peu près le charisme d’un consultant en tir à l’arc sur Eurosport…
Ce jeudi de l’Ascension, la compétition commence avec deux films qui traitent assez curieusement du même thème à savoir les remords d’une paternité mal assumée.
Rizhao Chongqing, Wang Xiaoshuai (Chine)
Un capitaine de bateau rentre après six mois en mer pour essayer de comprendre pourquoi son fils Lin Bo, un jeune homme de vingt-cinq ans issu d’un premier mariage, a été abattu par la police. Il ne supporte pas que celui-ci se réduise à la poignée de cendres dispersée par sa mère dans le Yang-tsé-Kiang et à l’image d’une ombre sur le film de vidéo-surveillance des lieux du drame.
L’enquête, qui est aussi une quête, le renverra à sa propre culpabilité : par égoïsme, il avait littéralement abandonné ce premier fils au profit de sa nouvelle famille. Lin Bo finira par disjoncter et sombrer dans une forme de démence meurtrière et suicidaire. Tiraillé par le remord mais peut-être enfin convaincu qu’il ne faut pas passer à côté de l’essentiel, il retrouve son jeune fils de neuf ans et peut-être un avenir. Mais on n’en est pas très sûr.
Cette histoire émouvante a pour décor Chongqing, énorme mégapole du Sichuan, sorte de Manhattan monstrueux et fascinant, qui se reflète dans les eaux calmes du fleuve et se dissout dans la ouate grisâtre d’un ciel éternellement plombé.
Tournée, Mathieu Amalric (France)
Joachim, ex-producteur télé à succès, a tout plaqué à l’aube de ses quarante ans pour repartir à zéro en Amérique. Il y a monté une troupe de stripteaseuses new burlesques qui jouent avec entrain de leurs physiques imposants et imparfaits dans des numéros où se mêlent joie de vivre, humour et sensualité exotique. A le voir évoluer parmi elles, on sent bien que Joachim a trouvé là une véritable famille dont il est à la fois la figure paternelle et l’éternel enfant. Il organise une tournée en France qui, du Havre à Toulon, s’avère être un grand succès.
Pourtant, on découvre petit à petit que cette tournée n’est en fait qu’un prétexte pour faire le point et peut-être renouer avec sa vie d’avant. C’est ainsi qu’à Paris, il retrouve ses ex-collègues, son ex-femme, et surtout ses deux jeunes fils. La réponse sera à la mesure de l’inconscience du questionnement : personne ne le regrette. Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… Même pas ses enfants, effrayés par ce père immature qui a oublié jusqu’à leur date de naissance.
Le coup est rude pour Joachim. Meurtri, il n’est toutefois pas vraiment surpris. Aussi, ne se fera-t-il pas prier pour rejoindre, sans doute définitivement, son royaume farfelu.
Sur l'ambiance du Festival, voir le blog de Dominique.
































