20 octobre 2006

Cold case

Sans être HBO, « Cold case » (troisième saison, sur Canal + le jeudi soir, après les inénarrables « Desperate housewives ») est une série policière singulière et – ce qui est rare – émouvante.

Il s’agit, pour Lilly Rush (Kathryn Morris) et son équipe de la police de Philadelphie, d’enquêter sur des affaires criminelles non résolues depuis parfois dix, vingt ou cinquante ans.

Sur la forme, la première scène de chaque épisode est une séquence nostalgie (sixties, seventies, eighties…) très réussie mettant en scène le crime à l’époque de celui-ci. Mais c’est après que l’originalité de la série s’impose. Certaines scènes sont en effet proprement vertigineuses : grâce à des effets spéciaux discrets et efficaces, elles nous permettent de suivre les interrogatoires des témoins du crime qui auront, selon les séquences, leur physique d’aujourd’hui ou celui d’avant. L’effet est saisissant et quelque peu déstabilisant, provoquant chez le téléspectateur un malaise dont il a du mal à fixer la raison. Sur le fond, cette plongée dans la petite boutique aux horreurs d’une décennie nous en apprend plus sur l’évolution de notre société et des mentalités qu’un documentaire savant.

Mais l’essentiel se concentre dans la scène finale, à chaque fois répétée. Le coupable menotté déambule sous les yeux des témoins de l’époque. A un moment donné, son regard croise celui de la victime. Celle-ci, invariablement, apparaît grave mais apaisée. Une nouvelle preuve de la vertu libératrice de la Vérité. Au delà de la vengeance et de l’oubli (Sarajevo, ma vérité).

17 octobre 2006

L’horizon du forestier

Un premier débat plutôt honorable. Austère mais pédagogique. Compte tenu du formatage excessif de l’émission, on ne pouvait pas espérer mieux.

Ségolène Royal s’est exprimée sur un ton et dans un registre – proximité et compétence – qui mettait en valeur des qualités directement héritées des fonctions qu’elle a occupées ou qu’elle occupe (ministères sociaux, ministère de l’environnement, présidence de région). A son crédit aussi, une réponse tardive mais finalement rassurante sur les trente-cinq heures.

Citant Hubert Curien, le père vosgien de la fusée Ariane, Laurent Fabius a rappelé que le Président de la République devait avoir pour horizon celui du forestier. C’est-à-dire une vision qui, sans négliger le présent, se projette bien au-delà même de la durée du mandat. Cet horizon du forestier est incontestablement celui de Laurent Fabius, mais aussi celui de DSK. Chacun à sa façon.

Pour Dominique Strauss-Kahn, un projet social-démocrate nourri par la croissance retrouvée et vivifié par un dialogue social réinventé. Pour Laurent Fabius, un projet plus proche quant à la méthode et à la stratégie de la tradition socialiste française, mais s’appuyant sur un fort volontarisme en matière d’éducation, de recherche et de développement durable.

A les écouter ce soir, j’ai parfois eu le sentiment de retrouver – en plus apaisé – le débat Mitterrand-Rocard d’avant 1981… Qu’ils en soient flattés : il y a de pires comparaisons !

16 octobre 2006

Retour vers le futur

A l’occasion du séminaire de Nice plurielle organisé samedi au CLAJ sur le thème de la démocratie participative (en présence d’élus municipaux majoritaires de Paris, Valbonne et des Coteaux d’Azur), il ne sera pas inutile de revenir sur notre programme de 2001. Ne serait-ce que pour constater la cohérence de notre démarche d’alors sur la question.

Qu’on en juge.

« A Nice, le projet de démocratie locale et participative permettra de rompre avec les pratiques monarchiques du pouvoir municipal. Ce projet sera mis en débat à l'occasion des Etats Généraux de la Démocratie Locale et Participative qui se dérouleront avant la fin de l’année 2001. Les Etats Généraux engageront une concertation avec l’ensemble des comités de quartier, des associations et des structures professionnelles qui innervent notre ville, pour définir ce que seront les mesures et le dispositif à construire progressivement :

→ Mise en place d’une structure de concertation permanente qui rassemblera des délégués de :
- la coordination des Comités de quartier
- des Conseils consultatifs thématiques et notamment :
. le Colloque permanent pour la culture et l'art
. le Conseil consultatif des résidents étrangers
. le Conseil "jeunes"

→ Mise en place d’une structure de concertation permanente qui rassemblera dans le Conseil Economique et Social Municipal des représentants des milieux professionnels, syndicaux et sociaux et qui sera installé durant la mandature.

→ Mise en place d’un budget participatif :
- information de la population et transparence dans l’élaboration du budget général.
- réservation d’une partie du budget pour une élaboration participative et un suivi de la mise en oeuvre par les Comités de quartiers et les Conseils consultatifs thématiques.

Nous prenons l’engagement que ce projet, axe prioritaire de notre future gestion municipale, se développera sur l’ensemble du mandat.

D’ici la fin de l’année 2001, nous proposons :

- une dynamisation des Comités de quartiers, notamment par l’élaboration d’une Charte qui définira leurs compétences, leurs fonctions et les moyens nécessaires à leur fonctionnement ;
- une affectation de chaque élu de la majorité municipale à un quartier de Nice afin de favoriser le dialogue par une meilleure connaissance mutuelle ;
- une concertation pour définir la meilleure sectorisation d’une partie des services municipaux,
- la transformation des organes chargés de la propagande du Maire sortant en de véritables outils pour l’information de tous et le débat démocratique ;
- la nomination d’un Médiateur Municipal chargé de rapprocher les habitants et les services municipaux ;
- dès le mois de Juin 2001, des consultations pour avancer dans la définition participative du Budget Municipal 2002.

Nous garantirons l'indépendance du mouvement associatif; nous nous engageons, en outre, à la réalisation :
- de Maisons de quartier, à disposition des associations des quartiers,
- d'une Maison des Services Publics qui rapprochera les administrations des usagers.

Un Observatoire de la Vie Citoyenne sera installé et chargé de suivre l’avancement et le développement du projet. »


Bien sûr, le contexte juridique a évolué et une partie du texte est désormais obsolète. La loi Vaillant (sectorisation et conseils de quartiers) et la loi Chevènement (intercommunalité) sont passées par là. Reste l’esprit. Même si nos réflexions sur l’équilibre nécessaire entre démocratie participative et démocratie représentative doivent se poursuivre, même si nos recherches sur la « démocratie d’amendements » chère à Antonin sont nécessaires… Nous verrons cela samedi.

Mais en tout état de cause, il n’est pas inutile de relire notre copie de 2001, ne serait-ce que pour constater que nous n’avons pas à en rougir.

14 octobre 2006

Stade terminal

M6, Les six minutes

Après une première partie de Conseil ronronnante marquée par la présence très offensive d’un Jean-François Knecht rasséréné par les nombreux témoignages de solidarité et d’encouragement reçus au cours de ces dernières quarante-huit heures, il faut attendre le début de l’après-midi pour que l’explication générale sur le dossier du grand stade ait enfin lieu. Il était temps : les nombreux journalistes (dont une équipe de Canal +) commençaient à s’impatienter.

Profitant d’un dossier technique sur le Ray, j’interpelle le maire sur les deux aspects de l’affaire : l’administratif et le pénal. Je lui fais notamment remarquer que la ligne de défense qu’il a adoptée depuis plusieurs jours dans la presse est surprenante. Au lieu de chercher avec la justice si l’opération est effectivement entachée d’un délit de favoritisme, il préfère dénoncer un vaste complot regroupant le Préfet, l’Etat, la Justice, la Direction de la Concurrence… et Nice plurielle. Je lui rappelle que nous avons très vite pris nos distances avec ce dossier à la procédure pittoresque et au montage financier dangereux pour les finances de la ville.

Pour conclure ce propos liminaire – que je croyais liminaire – j’avance au moins deux certitudes : la première est la réaffirmation que Nice a bien besoin d’un grand stade, la deuxième est que ce grand stade ne sera pas fait par Peyrat et l’équipe actuelle.

Après un long monologue laudateur de l’opposant officiel de sa majorité, l’ineffable De Gubernatis, le sénateur-maire nous inflige une véritable plaidoirie, décalée sur la forme (effets oratoires d’un autre temps) et décousue sur le fond. Mais si le propos n’est pas toujours très clair, on comprend au moins une chose : les responsables de la situation ne sont pas les juristes new age qui ont concocté le contrat, ce ne sont pas non plus le éventuels et probables corrompus… Les responsables s’appellent Patrick Mottard et Jean-François Knecht. Quant au Préfet, aux juges, au Procureur, aux fonctionnaires de la Concurrence, il s’agit ni plus ni moins que d’une bande de malveillants comme aurait dit Michel Audiard !

Ultime provocation, le maire refuse de donner la parole à Bob Injey. Bon débatteur formé dans les assemblées étudiantes, notre camarade ne se laisse pas faire et c’est dans la confusion générale que nous quittons la salle en signe de protestation. Et nous laissons la majorité décider de l’importante question de la composition de la commission qui aura l’écrasante responsabilité de réfléchir aux festivités qui doivent accompagner la célébration du bicentenaire de la naissance de Napoléon III… !

Dans la salle des pas perdus, nous improvisons une conférence de presse pour nous interroger publiquement sur l’étrange stratégie du maire. Est-elle un rideau de fumée dérisoire pour cacher ou retoucher la vérité ? Est-elle la marque d’un véritable désarroi ?

L’avenir nous le dira. En attendant, une seul certitude : après le Port et la Mairie, Jacques Peyrat ne construira pas le stade.

Pour les autres conseils municipaux, voir :
Acropolis, adieu
Le Conseil vu de l’intérieur
Tout va très bien, Madame la Marquise
Du rififi à la mairie
Hare Krishna

RETRANSMISSION DU CONSEIL MUNICIPAL SUR NICE-TÉLÉVISION
Samedi 14 octobre de 10 h à 14 h
Dimanche 15 octobre de 13 h à 17 h
(et dans la nuit de samedi à dimanche à 2 h 30)

12 octobre 2006

Avec JFK

Déstabilisé par des menaces inadmissibles, déçu par l'absence de solidarité du premier fédéral de son parti, épuisé par tant de combats au service de l'intérêt général, Jean-François a le blues. Au point même de se poser la question de son retrait de la vie politique. Je peux le comprendre mais je ne peux pas le suivre.

Non, Jean-François, il n'est pas question que tu capitules devant les imbéciles et les médiocres, cela ne te ressemblerait pas. Fort du soutien de tes amis de Nice plurielle, de tes camarades - les vrais - , de tes électeurs, tu dois poursuivre ta tâche. Au service de la cité.

Voir JFK et Les premiers qui disent la vérité...

10 octobre 2006

Sarajevo, ma vérité

Dans une de ces nombreuses salles d’art et d’essai qui, désormais, de petites villes en grandes banlieues, quadrillent l’hexagone (merci Jack Lang), j’ai assisté ce week-end dans le 9.3 (cinéma « Le 104 » à Pantin) à la projection du film qui a reçu en 2006 l’Ours d’Or au festival de Berlin : « Sarajevo, mon amour ».

Le film de Jasmila Zbanic se passe effectivement dans la capitale bosniaque et raconte l’histoire toute simple d’Esma, jeune veuve musulmane, qui élève sa fille Sara, adolescente difficile, dans le culte d’un père mort en héros pendant la guerre civile. Pourtant, certains indices laissent penser à Sara que sa mère ne lui a pas dit toute la vérité sur son père. A force d’insistance et de provocations, elle fait craquer Esma qui lui annonce qu’elle est en fait le fruit d’un viol perpétré par la soldatesque serbe. Comme pour se punir, la jeune fille se rase à la façon des collaboratrices et tombe dans une forme de prostration. Puis la vie reprend le dessus et la scène finale laisse supposer que Sara s’est à la fois réconciliée avec sa mère… et surtout avec elle-même.

Ce film austère et pudique nous permet de retrouver Sarajevo où nous avons passé une partie de l’été 2004. Des immeubles éventrés de « Sniper Avenue » aux pigeons de la place Barcasija, nous replongeons dans l’atmosphère inimitable de cette étrange et belle ville.

Mais nous sommes surtout émus par les personnages de Sara et Esma. Leur histoire nous démontre une fois de plus que ni la vengeance, ni l’oubli, ne peuvent guérir. Seule la vérité permet de trouver l’apaisement et de se reconstruire.

… Et de nous souvenir de ces images entraperçues, soir après soir, à la télévision sud-africaine, lors de notre premier voyage dans le pays de Mandela. Il s’agissait de séances des fameuses commissions de la Vérité, où les bourreaux de l’apartheid devaient avouer leurs crimes pour permettre aux victimes de pardonner. Pretoria et Sarajevo, après Madrid ou Bucarest, la vérité est toujours une étape nécessaire sur le chemin de l’avenir.

Du passé, il ne faut jamais faire table rase.


Sur la Yougoslavie :
Podgorica mon amour !
Nettoyage ethnique à la Haye : 1 mort
Rugova est en voyage d'affaire...
ČESKÉ BUDÉJOVICE

08 octobre 2006

Le vrai respect

Je n’ai pas lu l’article de Redeker dans Le Figaro et je ne le lirai pas. Il y a menace de mort contre un homme et cela seul m’importe.

Parler du fond, c’est justifier.

Justifier à décharge comme ceux (dont le directeur du Figaro) qui affirment assez discrètement que cette fatwa est intolérable tout en rappelant invariablement leur hostilité au texte.

Justifier à charge comme Alain Filkenkraut, quand il affirme que la menace de mort justifie le contenu de l’article.

Il s’agit plus simplement du respect d’un principe, celui de la liberté d’expression. Nous sommes dans un Etat de droit : si on estime qu’un écrit est une incitation à la haine raciale, nous avons des tribunaux et des juges pour caractériser le délit conformément à la loi républicaine. Point final.

C’est pour cela que je suis troublé par le silence assourdissant des politiques sur ce sujet. Je ne vois que Dominique Voynet, qui a signé la pétition, et Laurent Fabius, très offensif sur cette question comme j’ai pu le constater à Pantin en direct ce dimanche (voir le blog de Laurent Fabius) pour sauver l’honneur. L’honneur d’une classe politique qui ne se rend pas compte, dans son aveuglement, qu’électoralisme et communautarisme sont les deux mâchoires du même piège à tuer la République.

En fait, cette attitude est particulièrement insultante pour nos compatriotes musulmans. Elle tend à accréditer l’idée qu’ils seraient moins choqués que d’autres par cette fatwa au nom de je ne sais quelle fidélité culturelle et religieuse. Etre tiède dans la réaction serait une façon de les ménager… et de ne pas injurier l’avenir électoral...

Dénoncer avec énergie cette chasse à l’homme est pour moi, qui ai probablement plus d’amis musulmans pratiquants que catholiques pratiquants, la marque du vrai respect.

06 octobre 2006

Une après-midi à la mairie

Quinze heures. Le temps de contredire le grand Tolstoï (souvenez-vous l’entame d’Anna Karenine : « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ») en promettant à Oxana et Oleg, ressortissants de la Sainte Russie que j’ai le plaisir de marier aujourd’hui, une vie de famille à la fois heureuse et "à leur façon", et c’est le Grand stade qui revient sur le devant de la scène (Les hypocrites et les benêts).

Sollicité par les journalistes, j’improvise une conférence de presse devant la salle des mariages sous la statue de Charles Félix, l’occasion de développer les arguments de mon court communiqué officiel :

« Une fois de plus, l’ombre de la corruption plane sur un grand chantier niçois.
Une fois de plus, le premier magistrat de la ville agite la thèse du complot.

On pourrait sourire devant l’incongruité d’une telle attitude maintes fois répétée si l’avenir de la ville, des finances publiques et… de son club de football n’était pas gravement hypothéqué par tant d’incompétence et de complaisance.

Le groupe Nice plurielle, quant à lui, n’est pas surpris par ce nouveau rebondissement. Dès le départ, nous avons pointé un certain nombre d’anomalies dans ce dossier, qu’au final, bien sûr, nous avions refusé de voter. Pour ma part, membre du jury d’attribution de la délégation, je n’ai pas pris part à la phase finale des négociations, ce qui me fut reproché maintes fois par le maire en Conseil municipal. On en comprend mieux aujourd’hui les raisons.

L’OGCN mérite mieux, la ville aussi.»


Dix-sept heures. J’enchaîne avec la soutenance d’Emmanuelle, une étudiante niçoise qui nous explique le délicat changement de statut des transports urbains niçois, de Sun Bus à Ligne d’Azur. Cette soutenance est en fait ma vingt-sixième de la session. Un travail colossal (cent vingt pages en moyenne par mémoire) mais très intéressant. Je pense notamment au travail de Véronique (LV) sur la loi 101 au Québec (avec une mention Bien à la clé, tabernacle !), à celui de Henda, sur la discrimination positive, et de Zita, sur la féminisation de l’armée de terre. Sans oublier Mareme et Simon sur la fracture numérique en Afrique. Ces mémoires sont aussi l’occasion de faire un bilan sur les politiques culturelles locales ave Audrey (Antibes), Mélanie (Cannes) et Ophélie (Mouans-Sartoux). Une mention également pour Ernestine qui nous initie à la nouvelle pratique commerciale du wedding planner, ce qui ne manque pas de m'intéresser, moi, l'homme aux cent vingt trois mariages.

Dix-neuf heures. Avec ma collègue, nous nous donnons rendez-vous pour mardi pour les six dernières soutenances, les dernières de la série…

Il est temps de regagner la permanence de Cyrille Besset pour le premier débat pré présidentiel entre partisans de Laurent, Ségolène et Dominique. Un débat qui, à l’évidence, sera moins clanique que d’habitude puisque, partisan de Laurent Fabius (Dominique, Laurent Martine et les autres), je compte parmi mes amis très proches des partisans de Dominique (n’est-ce pas Dario, n’est-ce pas Bernard ?) et des partisans de Ségolène (n’est-ce pas Philippe, n’est-ce pas Jean-Claude ?). De bonne augure pour un débat serein et efficace.

05 octobre 2006

Les hypocrites et les benêts

Faire semblant de découvrir aujourd’hui que l’affaire du Grand stade exhale le parfum nauséabond d’un probable délit de favoritisme, c’est faire preuve d’une bonne dose d’hypocrisie.

Dès le départ, j’ai eu quelques mauvais pressentiments sur l’ensemble de l’opération. Au point, par exemple, de ne plus participer au jury qui devait choisir le délégataire alors que j’en étais officiellement membre au nom de Nice plurielle.

Au début de l’été, nous avions été alertés, Bruno Della Sudda et moi-même, par des spécialistes qui avaient relevé un certain nombre d’anomalies dans la passation du marché du Grand stade. Ces informations corroboraient tout à fait les conclusions que Jean-François Knecht me livraient déjà depuis quelque temps, semaine après semaine, et qui l’avaient conduit à introduire une action au nom du groupe.

Alors, comment croire un seul instant que ce que de modestes conseillers municipaux d’opposition savaient n’était pas connu par les principaux décideurs de la ville ? Pas d’hypocrisie, chacun savait que la justice allait agir en ce sens. Qu’il y ait eu un peu de retard à l’allumage ne change rien à la question.

Quant à ceux qui reprochent régulièrement à Nice plurielle de se livrer à une sorte d’acharnement oppositionnel (Les premiers qui disent la vérité...), ceux qui craignaient que la gauche se coupe des supporters-électeurs (quitter de temps en temps la tribune présidentielle pour les populaires leur apprendrait que la grande majorité des supporters a aussi une conscience citoyenne…), une fois de plus, ceux-là seront renvoyés à leur condition de benêts sans prise sur les dossiers niçois.

03 octobre 2006

« J’avais sept ans lorsque j’ai été excisée… »

« J’avais sept ans lorsque j’ai été excisée… A l’époque, j’habitais avec ma mère à Ziguinchor au sud-ouest du Sénégal, c’est-à-dire à 400 kilomètres de Dakar. Mon père travaillait à Dakar, dans la capitale.

Un jour pendant les vacances d’été, c’est-à-dire à la veille de mon calvaire, ma mère m’a donné des gris-gris à porter : un autour des reins, un autre sur la tête. Je me souviens, ma première réaction était : c’est quoi ça ? ça sert à quoi ?
C’est alors que mes tantes qui étaient présentes m’ont répondu : c’est pour éviter les accidents de la route puisque tu voyages demain, tu vas rendre visite à ton père.

Très contente à l’idée de voyager, je n’ai pratiquement pas fermé les yeux de la nuit. Je me souviens que j’ai réveillé par deux fois ma mère pour lui dire qu’on allait rater le car.
A quatre heures et demi, toutes les femmes de la famille se préparaient pour m’accompagner. J’étais très curieuse, j’ai encore demandé à ma mère pourquoi mon oncle ne m’accompagnait pas. La réponse était : il travaille demain, il ne peut pas venir ».

Jusque-là, je ne me doutais de rien puisqu’elles avaient préparé ma valise et tout le nécessaire pour un long voyage.
Nous marchions dans le noir et nous n’avons rencontré personne. On n’entendait que nos pas, le souffle du vent et le chant des oiseaux.
A un moment donné, nous avons emprunté un chemin sinueux, on dirait presque une forêt. J’ai demandé à ma mère de me porter sur le dos, j’avais peur parce qu’il faisait tout noir. Chose qu’elle a faite bien sûr. Au bout de ce chemin, il y a une case en paillotes. Arrivée sur les lieux, il y a eu d’autres fillettes avec leurs mères qui attendaient. Encore une fois, j’ai demandé à ma mère : qu’est-ce que nous faisons dans ce lieu et qui sont ces gens ?

La réponse qu’elle m’a donnée était : le chauffeur est parti faire le plein, il ne va pas tarder. Quelques instants plus tard, un groupe de femmes arrive. Sans qu’on le sache, c’était l’exciseuse et son assistance. Après presque un quart d’heure passé, elle a commencé son œuvre. Dès sa première excision, j’ai entendu des cris, j’ai demandé à ma mère pourquoi elle pleure, elle m’a dit qu’il fallait se doucher avant le départ et que certaines fillettes n’aiment pas se laver.

Mais là, sa réponse ne m’a pas du tout convaincue. Si une fois dans ma vie de petite fille j’avais entendu parler d’excision, cela aurait dû éveiller mes doutes. Mais je sentais quand même que je n’étais pas en sécurité, même avec la présence de ma mère et de mes tantes.
Les femmes commençaient à danser, chanter, pour que nous n’entendions pas les cris des autres fillettes.

Et quand mon tour fut arrivé, une fois dans la case, ma mère ainsi que mes tantes se sont retirées pour me laisser entre les mains d’une inconnue. Elle s’est approchée et a commencé à ôter ma culotte. De suite je l’ai remise et j’ai commencé à pleurer. Du coup, elle a employé la violence. Elle m’a terrassée, assise sur ma poitrine, bandé mes yeux et m’a portée de force. J’ai tellement hurlé qu’elles ont fini par me mettre un bout de tissu dans la bouche pour atténuer les cris.

Elle m’a couché sur une bâche humide, mais je me débattais pour me lever. Là j’ai senti qu’il y avait au moins quatre femmes pour me plaquer au sol. Et après, l’exciseuse m’a horriblement fait mal.
Juste après mon excision, ma mère m’a dit que je ne dois jamais raconter ce que je viens de subir, elle disait que c’était une affaire de femmes. Et qu’il ne fallait surtout pas que mon père soit au courant.

Pendant les semaines qui ont suivi mon excision, je fais que des cauchemars comme si j’allais être excisée une nouvelle fois. Je ressentais des douleurs atroces, et aller aux toilettes était un véritable défi, sans oublier que je ne pouvais pas marcher correctement.
Bien sûr j’en ai voulu à ma mère puisqu’elle m’a menti. Elle a trahi ma confiance.
J’ai grandi, j’étais très chétive, maladive, dû aux traumatismes que j’ai subis. Je lis, j’entends parler des conséquences, j’ai fait un rapprochement, je me suis dit que c’est sûrement les conséquences de cette excision. »


Madame T.

Ce témoignage poignant est en fait l’introduction du mémoire de Master de mon étudiante sénégalaise Néné Ndeye Badji, « Communication et éducation au service de l’éradication de la pratique de l’excision en Afrique subsaharienne ».

Au delà du travail universitaire excellent (mention Très Bien), chacun l’aura compris, Néné a voulu apporter sa contribution au combat mené en Afrique ou ailleurs par tous ceux qui se battent contre la pratique de l’excision, véritable crime contre l’humanité domestique.

Une pratique qui, contrairement aux idées reçues, serait plus culturelle que religieuse. Les mutilations génitales féminines ont en effet précédé l’apparition du livre. Cependant, certains intégristes musulmans n’ont pas hésité à enrôler cette pratique sous la bannière du Coran, ce qui est tout à fait contestable sur le plan religieux et redoutablement dangereux sur le plan humain. Combattre la coutume n’est pas facile mais est envisageable, combattre le fanatisme et l’intégrisme est beaucoup plus difficile.

C’est pourquoi le travail de Néné, modeste, documenté, authentifié par des témoignages recueillis en direct dans son pays, n’a pas vocation à terminer sur les étagères poussiéreuses d’une BU. Il doit être diffusé largement. Ce post est une première étape, mais nous irons au delà. Ce sera ma façon, notre façon de saluer le courage de Néné et de l’aider dans son combat.

01 octobre 2006

Lionel

C’est dans un petit restaurant du 18e arrondissement que, mercredi soir, entouré de ses amis proches, Lionel Jospin a renoncé définitivement à se présenter à l’élection présidentielle. Il a probablement pris la bonne décision car, comme dit le bon sens populaire : « Avant l’heure, c’est pas l’heure, après l’heure, c’est plus l’heure » (Dominique, Laurent, Martine et les autres).

Mais même si la logique des rapports de force et des fidélités au sein du PS a fait que j’ai rarement été à ses côtés en interne, la décision de Lionel est pour moi tout sauf anodine. Elle marque la fin d’une carrière et peut-être d’une époque. Le parcours de Lionel Jospin est impressionnant et digne, tout entier au service de la gauche démocratique (on se souvient de son débat sans complaisance avec Georges Marchais), un parcours qui ne méritait assurément pas le reniement des ex-courtisans ou les procès en sorcellerie des "résistants" de l’après 21 avril.

Comme tout bilan, celui de Jospin a ses points positifs mais aussi ses zones d’ombre. On peut donc user à son égard de ce fameux droit d’inventaire dont il a lui-même assuré la promotion.

A son crédit, on peut rappeler son rôle essentiel lors du premier septennat, lorsque, premier secrétaire du PS, il a permis au parti de jouer son rôle de contre-pouvoir face au Premier ministre et parfois même face à François Mitterrand. Plus tard, en 1995, sa campagne présidentielle avait su redonner l’espoir à une gauche très déprimée par les législatives de 1993. Enfin, son "quinquennat" à Matignon a été globalement très positif, même si, le programme initial ayant été réalisé en trois ans, les deux dernières années furent un peu statiques. Mais qui veut revenir sur les 35 heures ou ne rêve pas de réinventer les emplois jeunes ?

A son débit, on peut inscrire la campagne de 2002 et, pour nous, bien sûr, sa non implication dans les Municipales de Nice en 2001. Je me souviens l’avoir mis en garde par trois fois sur les conséquences négatives de son absence dans le débat niçois à un moment où, tête de liste, j’avais besoin d’être "bousté" nationalement pour asseoir une crédibilité qui n’était encore que naissante. Je me souviens notamment de notre conversation téléphonique un peu surréaliste le vendredi précédant le second tour. Alerté par les rapports du Ministère de l’Intérieur, Lionel m’avait téléphoné pour me demander ce qui se passait à Nice. De nouveau, je lui avais répété que nous avions toutes nos chances et que la campagne de Nice plurielle risquait de porter ses fruits. Pour la première fois je l’avais senti ébranlé par mon argumentation. Mais il était trop tard pour envisager quoi que ce soit à quelques heures de la fin de la campagne électorale. Le dimanche qui suivit, Guigou en Avignon, Voynet à Dôle et Gayssot à Béziers, candidats largement promotionnés par Lionel, furent sévèrement battus, alors que la gauche niçoise, ignorée par tous, a bien failli créer la surprise. A trois mille voix près.

Mais comme on dit, «ce qui est fait est fait» et ne remet pas en cause l’ensemble d’une carrière accomplie avant tout au service de la réhabilitation du politique et du rassemblement de la gauche. Assurément, au grand tribunal de l’Histoire, Lionel peut comparaître sans crainte. Et de Raffarin à Villepin, ce ne sont pas ses successeurs à Matignon qui risquent de lui faire de l’ombre.

26 septembre 2006

Blogosphère pm

Kiev, août 2006, DBM


Huit mois plus tard, le blog inspiré par Laurène a pris sa vitesse de croisière (Pourquoi un blog ?). Le cap des trente mille visites a été dépassé, des visites qui, au fil des mois, ont tout simplement doublé. Quant aux commentaires, qui étaient le point faible du premier bilan (Blogalement positif), ils ont explosé, puisque leur nombre a été multiplié par quatre. De plus, trolls et autres Denard ayant renoncé à leurs facéties, la modération du blog est de plus en plus modérée ! Seule remarque un peu restrictive, le débat est beaucoup plus animé par les posts polémiques que par ceux ouvrant un débat de fond. La démocratie "bloguicipative" a encore des progrès à accomplir.

Mais pour que ce bilan soit utile et interactif, j’aimerais utiliser ce post pour connaître un peu mieux mes lecteurs… d’ailleurs.

Les analyses fournies par Xiti permettent de connaître l’origine géographique d’environ les deux tiers des visiteurs du blog. Si on observe les résultats par région, c’est sans surprise l’Ile de France qui arrive en tête. Alors, qui êtes-vous, chers Franciliens ? Niçois exilés ou Parisiens curieux ?

Les régions de Genève, Bruxelles et la Province de Québec ne sont pas loin. Je subodore la présence de quelques étudiants réfugiés dans des OI ou des universités francophones, mais je n’en suis pas sûr : est-ce le cas ?

Même remarque pour les deux Etats américains les plus fidèles, la Californie et la Floride. Le Languedoc-Roussillon est également présent, alors qu’à mon grand dam, la Bourgogne (ma région natale) et New York (ma ville préférée) sont assez discrètes.

La Bretagne et la Guadeloupe ont été présentes le temps des vacances : des Niçois fidèles avec ordinateurs portables ?

Enfin, la régularité de correspondance avec le Royaume-Uni, la Suède, le Maroc, Monaco et l’Australie laisse supposer là aussi quelques fidélités (encore que pour les deux dernières, j’ai mon idée, n’est-ce pas Jean-Sébastien ? N’est-ce pas John ?)

Visiteurs d’ailleurs, laissez-moi un commentaire ou un mail pour me dire qui vous êtes, même en gardant votre « anonymous ». Ainsi je pourrai multiplier les clins d’œil amicaux au cours de mes prochains posts.

Indigènes

Pour la deuxième semaine consécutive, un film de Cannes fait la une de l’actualité (Quand j’étais chanteur). Il s’agit de l’émouvant film de Rachid Bouchareb, Indigènes, que j’avais apprécié sur la Croisette, malgré une critique un peu réservée (C’est nous les Africains). Au final, le film avait quand même figuré au palmarès (Les vingt quatre dernières marches).

Ce film, qui évoque le rôle des deux cent cinquante mille soldats issus de nos colonies pendant la deuxième guerre mondiale, était à la fois juste et utile. Utile, peut-être plus que je ne le pensais à l’époque, puisqu’il aurait apparemment, au début du mois de septembre, ému Bernadette (pas Soubirou, l’autre…) qui, du coup, aurait fait la morale à son Président de mari pour qu’il respecte enfin sa promesse de 1995, réitérée en 2002. Ainsi, les quatre vingt mille spahis, goumiers et autres tirailleurs sénégalais encore vivants verraient leur pension enfin revalorisée. C’est qu’à l’heure actuelle, la pension d’un "indigène" représente à peine le tiers de celle d’un ancien combattant français. Faire cesser ce scandale serait une juste réparation matérielle et surtout un formidable mea culpa de cette France qui hier a trop semé la rancœur pour s’étonner de récolter aujourd’hui la haine. Une telle compensation permettra peut-être à ceux que le journal Le Monde appelle les « arrière-petits-enfants des indigènes de 1944 » de ne plus se sentir tout à fait, dans le 9.3, des indigènes de la République.

Le plan d’Estrosi, le PLU de Peyrat

En ce lundi, revue d ‘effectifs de l’UMP locale.

11 heures. Palais de la préfecture. Séance extraordinaire du Conseil général pour présenter le énième plan départemental décliné depuis l’arrivée d’Estrosi à la Présidence. Après le logement, la gérontologie, les points noirs, la santé, nous voilà nantis d’un magnifique "plan Jeunes". Toujours le même principe : un domaine ne faisant pas partie des compétences du département (ce qui permet de répondre aux critiques en disant : « de toute façon, on n’était pas obligé de le faire »), une présentation à grand spectacle, publicité maximum dans la presse. Les contribuables financent ainsi eux-mêmes la propagande qui leur explique combien la vie est belle dans le département enchanté de Christian. Ce matin, le plan fleure bon l’électoralisme, puisqu’il s’agit, non pas d’un plan Jeunes, mais plus prosaïquement, d’un plan jeunes électeurs, les étudiants étant largement privilégiés puisque supposés majeurs et inscrits sur les listes électorales. Ce qui n’empêche pas le Président, qui a l’épiderme fragile, d’accuser PS et PCF de faire de la politique politicienne pour avoir critiqué certains aspects du dispositif. Christian Estrosi en ange asexué et immaculé de la politique, voilà qui est inattendu.

17 heures 30. Autre lieu, autre ambiance. Présentation "publique" (trente personnes, pour la plupart des professionnels de l’immobiliser…) du PLU au MAMAC par la mairie de Nice. Là, nous sommes bien dans le cadre d’une compétence obligatoire. Et quelle compétence ! Il s’agit du développement de la ville pendant plusieurs décennies. Prévue en septembre, la première phase opérationnelle a été repoussée en octobre puis en novembre, les responsables politiques de la municipalité étant incapables de suivre leur propre calendrier, malgré une bonne volonté évidente des fonctionnaires. D’où cette réunion un peu surréaliste, simple information sur le territoire niçois, sans aucune direction, sans aucune directive. Rien ou presque sur le logement social, problème numéro un de la ville, rien sur la plaine du Var, seule zone permettant de rééquilibrer la géographie urbaine. Aux questions posées, l’adjointe répond benoîtement : « on verra, on verra ». Son PLU est en fait le symbole de la gestion de la ville depuis 1995, une gestion sans souffle, sans perspective, sans projet. Une gestion qui a élevé la politique du chien crevé au fil de l’eau au rang des beaux arts.

Plan d’Estrosi, PLU de Peyrat, électoralisme et incompétence, esbroufe et insuffisance : que l’UMP est belle dans le 06.

24 septembre 2006

Le syndrome de Budapest

Ce soir, à Acropolis, grand meeting socialiste avec le Premier secrétaire, François Hollande himself. Ne figurant pas parmi les orateurs de la soirée, je peux donc observer avec un certain recul, les prestations de mes congénères. En réalité, cette soirée intervient un peu trop tôt, chacun ayant le regard dirigé vers la désignation du candidat en novembre. D’où une salle à la fois bien remplie mais plutôt tiède dans ses réactions.

Après une petite intervention de l'animateur du MJS sur le thème « Le projet avant tout, le candidat, ce n’est pas important », Paul Cuturello se livre, sur le même thème, à un certain nombre de figures imposées, avant de se lancer dans une analyse documentée et brillante sur le logement retrouvant à cette occasion son allant du Conseil municipal.

Patrick Allemand lui, a fait la démonstration que son imprimante fonctionnait mal, puisque, à l’évidence, une ligne de son discours a sauté… celle où, dans sa longue démonstration sur les progrès de la gauche à Nice, il devait sans aucun doute parler des élections municipales de 2001 et du score historique de Nice plurielle… ! Cela dit, le discours était plutôt rigolo surtout quand il a évoqué les tongs et les préservatifs de l’UMP.

François Hollande, quant à lui, fonction oblige, reste très prudent sur la question présidentielle, voire même sur nos propositions. Il ne développera que la CPU (couverture professionnelle universelle) et l’allocation d’autonomie pour les étudiants. En fait son discours consiste avant tout à critiquer la droite avec talent. A l’évidence, il connaît son sujet et les dernières aventures de Sarko sont passées au peigne de son humour corrosif. Mais on sent bien que le grand discours, ce sera au candidat à la Présidence de le prononcer. Sur ce qu’il a dit ce soir, il ne semble pas considérer qu’il puisse être ce candidat-là. Malgré les encouragements de Frédérique Grégoire, le comparant à la fois à Jaurès, Mendès France et François Mitterrand… Excusez du peu…

Finalement, seule Dominique (Boy-Mottard), peut-être parce qu’elle n’a pas d’obligations institutionnelles, dénonce l’histoire limite "bibliothèque rose" qui consiste à voir notre candidat mener campagne avec les seules écritures saintes du projet. Elle rappelle d’abord qu’il y en a forcément plusieurs lectures, que, par exemple, mettre en avant le pouvoir d’achat ou la sécurité, ce n’est pas tout à fait la même chose. Ensuite, elle insiste sur le fait que le document est très faible sur des sujets essentiels, sur lesquels le candidat sera fatalement interpellé. Elle cite l’avenir des retraites, celui de la sécurité sociale, l’Europe, et son corollaire, le rééquilibrage nord-sud.

« Notre candidat devra aller au-delà de ce qui figure aujourd’hui dans notre projet. C’est indispensable si on veut éviter d’être confronté plus tard au syndrome de Budapest. Ce n’est pas parce que les manifestations actuelles en Hongrie sont inspirées par les nationalistes, qu’il ne faut pas retenir le message. Il s’agit moins en l’espèce de promesses non tenues que de remèdes qui n’ont pas été annoncés à l’avance. Tout le monde sait bien que ces remèdes sont indispensables et qu’il n’y aurait rien de pire pour le peuple hongrois que de voir les socio-démocrates écartés du pouvoir ; mais on le lui a caché. Nous devons toujours avoir à l’esprit – et notre candidat avec nous – que les peuples sont adultes et qu’ils ont le droit de savoir ce que nous avons l’intention de faire. Parce que mentir par omission, c’est encore mentir. Donc, notre candidat devra préciser notre projet, notamment sur ces questions-là » (…).

« En clair, j’attends du prochain Président de la République qu’il fasse des propositions précises et qu’il lance une politique permettant le développement des pays du Sud. Il y a des tas de bonnes raisons à cela, mais il en est une essentielle. Nous devons le faire parce que c’est juste.
C’est juste parce qu’on ne peut plus tolérer la misère qui pousse les Africains à se heurter au détroit de Gibraltar.
C’est juste parce qu’on ne peut plus tolérer que des hommes meurent noyés au large des côtes italiennes.
C’est juste parce qu’on ne peut non plus admettre que des hommes, des femmes, des enfants soient traités comme ils l’ont été ces derniers jours à Cachan ».

Quand Dominique conclut en disant « Chers amis, chers camarades, un autre monde est sûrement possible. Peut-être même souhaitable. Mais la politique, c’est, avant tout, régler les problèmes dans un monde réel, pas dans un monde utopique. C’est bien pour cela que nous serons tous, dans quelques semaines, rassemblés derrière notre candidat. Avec une grande ambition : rendre un peu meilleur le monde réel », j’avoue que je suis assez fier de notre candidate dans la deuxième circonscription.

Et quand, en sortant du meeting, François Hollande me dit gentiment « Patrick, tu sais, nous avons des femmes de talent », ajoutant « Mais on ne s’en plaint pas », j’acquiesce non par convenance mais par conviction.

21 septembre 2006

Béatrix Kiddo a-t-elle une âme ?

C’est en équipe, avec une jeune collègue, que j’entame cet après-midi le marathon automnal des soutenances de mémoires en sciences de l’information et de la communication. Les deux livraisons du jour sont particulièrement intéressantes pour un prof cinéphile, amateur de surcroît de séries télévisées.

Vincent nous présente une analyse pertinente de South Park, la série la plus décapante du moment, sur l’Amérique profonde et ses contradictions. Un travail passionnant qui me donne instantanément d’aller acheter à la FNAC au plus vite les dix saisons disponibles de cette série d’animation.

Laurent, quant à lui, présente une réflexion plutôt nourrie sur « Quentin Tarentino, le cinéaste de la citation ». Je me souviens immédiatement de cette soirée de 1994 où, très mal assis au premier rang d’un palais des Festivals bondé, j’ai assisté médusé à la projection de Pulp fiction. Immédiatement subjugué par l’inventivité jubilatoire de ce jeune cinéaste presque inconnu, je ne fus pas surpris, quelques jours plus tard, quand, au même endroit, je le vis recevoir la Palme d’or.

Pulp fiction, mais aussi Reservoir dogs, Jackie Brown, et Kill Bill 1 et 2, rien n’est à jeter dans cette œuvre en devenir. Mais le travail de l’étudiant est surtout centré sur la cinéphilie de Tarentino, sa capacité à s’emparer d’autres univers, à citer d’autres films dans une œuvre pourtant très personnelle. C’est ainsi que l’auteur de Kill Bill s’est inspiré bien sûr du cinéma américain, des films de karaté, du western spaghetti, mais aussi de réalisateurs européens comme Godard ou Jean-Pierre Melville. Le mémoire fait notamment un comparatif étonnant entre certaines scènes de Pulp fiction et du Deuxième souffle.

Cela dit, si elle ne veut pas devenir un procédé, la citation a ses limites. Ma collègue reproche à Tarentino d’avoir franchi la limite, précisément dans Kill Bill, qu’elle qualifie de film vain. Pour ma part, je la trouve un peu sévère. L’extraordinaire imagination et le talent de cinéaste de Tarentino lui permettent une fois de plus de donner le change. Pour moi, Kill Bill n’est pas le film de trop, mais une sorte d’apothéose anthologique du cinéma de genre avec des morceaux de bravoure inoubliables (par exemple, l’incroyable scène du réveil des orteils de la mariée après son long coma).

Cela dit, une apothéose est aussi une fin, et le réalisateur américain va devoir, selon moi, changer de registre. Dans son introduction, l’étudiant rappelle que les mauvais cinéastes n’ont pas d’idées, que les bons en ont trop, mais que les grands en ont une qu’ils déclinent à l’infini. Cette grande idée, Tarentino, à l’évidence, ne l’a pas encore trouvée. Son univers de femmes fatales (merci Uma Thurman) et de voyous pittoresques est trop proche de la BD pour vraiment exister. Dans Kill Bill, Tarentino a permis à Béatrix Kiddo, alias la mariée, de se venger spectaculairement, brillamment, définitivement. Le réalisateur doit désormais nous prouver qu’elle a une âme. Et lui une grande idée.

20 septembre 2006

Le Var et la Grande Bleue

Françoise Rousset, Histoire de gens sur le damier

Awa est une jolie étudiante Sénégalaise ; Benoît, Niçois de naissance, est cuisinier de métier. Ils ont un peu plus de vingt-cinq ans, la vie devant eux et je viens de les marier. Mon discours républicain est donc tout naturellement un hommage à la mixité. Cette mixité, source de joie de vivre, de vitalité et de beauté, si nécessaire au rayonnement et au dynamisme de notre cité.

Cet hommage prend la forme insolite d’un petit voyage… en avion ! Il s’agit, en effet, de survoler notre région.

« … Juste avant d’atterrir sur l’aéroport de Nice, l’avion suit la côte azuréenne : Estérel, Cannes, îles de Lérins, Cap d’Antibes, et enfin embouchure du Var.

C’est à la verticale de celle-ci que je vous propose de nous arrêter quelques instants. En effet, à la saison de la fonte des neiges, le spectacle est saisissant.

Les eaux boueuses du fleuve, en refusant de se mélanger à la Méditerranée, dessinent dans la mer un demi-cercle spectaculaire à la fois par ses dimensions et par la netteté de son contour. Si le soleil brille et si l’avion n’est pas trop pressé, l’image est magnifique. La mer a beau déployer sa séduction, le fleuve aux eaux gorgées de toutes ces parcelles de vie arrachées aux montagne résiste. Il refuse de se dissoudre directement dans la Grande Bleue.

Bien sûr, il le fera plus tard, plus loin. Mais, par son étonnante résistance, c’est comme s’il voulait signifier que cette union ne sera jamais un mélange mais la communion de ses mystères avec la mer toujours recommencée…

Nous ne sommes pas très loin de la cérémonie d’aujourd’hui. Il en est des couples comme des fleuves et des mers, les différences sont toujours source de richesse et de force.

Awa, Benoît,
La culture, l’histoire familiale et le destin individuel de chacun sont des cadeaux que l’on offre à l’autre. Il vous faudra avoir la fierté du Var et la patience de la Méditerranée, en ne mélangeant pas trop vite votre double héritage. La recherche du plus petit dénominateur commun rend l’eau grise et l’existence médiocre.

Awa, Benoît,
Revendiquez et protégez mutuellement vos différences.
Ce sont elles qui feront la force de votre couple.
Ce sont elles qui vous permettront, sur la mer toujours recommencée, d’aller au delà de l’horizon ».

18 septembre 2006

La justice des imbéciles

Il y a vingt-cinq ans, jour pour jour, la peine de mort était abolie en France. Lénine affirmait, à propos des pogroms, que l’antisémitisme était le socialisme des imbéciles. Pour ma part, j’ai toujours été persuadé que la peine de mort était, elle, la justice des imbéciles. Celle des Fouquier-Tinville de comptoir et des tricoteuses cathodiques.

Il n’y a aucune justification rationnelle à ce châtiment. Chacun sait que dans les pays abolitionnistes le nombre des crimes de sang a reculé (probablement pas grâce à l’abolition de la peine de mort, mais malgré elle). Aux Etats-Unis, le nombre de ces crimes a augmenté parallèlement à l’introduction de la peine de mort dans une majorité d’états.

Mais quand bien même, il y aurait un, dix, cent arguments rationnels en faveur de la peine de mort, cela ne changerait en rien ce constat fondamental : une société d’hommes libres ne peut pas se défendre avec des moyens qui reposent sur sa négation. La mort socialement organisée légitime le crime de sang individuel.

En ce jour, c’est donc avec émotion que je pense à François Mitterrand et Robert Badinter.

À François Mitterrand, qui a osé, à quelques semaines d’une élection à la fois décisive et incertaine, braver l’opinion publique et les sondages pour imposer une réforme supposée très impopulaire. Une réforme que ses prédécesseurs avaient lâchement refusée.

À Robert Badinter, qui a su retrouver les accents de Victor Hugo et de son « Journal d’un condamné à mort » pour mener à son terme ce combat, avec une dignité à laquelle ne nous habituent pas toujours les avocats pénalistes. Quelle fierté de pouvoir se dire rétrospectivement : « c’étaient les miens, ils l’ont fait, et j’étais là avec eux »… Que la politique est belle dans ces moments-là.

Depuis, l’abolition de la peine de mort est devenue un enjeu de civilisation, le symbole de ceux qui militent pour une conception humaniste du monde.

L’Europe est au centre de ce symbole puisqu’il faut renoncer à la peine de mort pour entrer dans l’Union Européenne. Face aux shérifs texans, aux geôliers chinois, aux ayatollahs de toute obédience, à tous les mercenaires zélés de la barbarie institutionnelle, elle résiste. Et nous, nous sommes fiers d’elle.

16 septembre 2006

Acropolis, adieu


Plus de huit heures pour un Conseil municipal de rentrée un peu ronronnant. Rien avoir avec celui de juillet (Tacite tacle Peyrat). Il est vrai que le principal dossier (le P.L.U.) avait été retiré au dernier moment et reporté au mois d’octobre voire plus tard… Quand on sait l’importance de la planification urbaine pour l’avenir d’une ville comme Nice, on ne peut qu’être stupéfait par autant de désinvolture dans l’incompétence (à moins que ce ne soit l’inverse…).

Incompétence que nous retrouvons également en ce qui concerne le dossier Acropolis. Un dossier pour lequel le maire nous demande benoîtement de lui voter les pleins pouvoirs afin qu’il puisse trouver un délégataire par une négociation directe. Comme en 1998, comme en 2005. Les deux premières fois, le maire avait purement et simplement reconduit l’association Nice Acropolis, dernière survivante de la gestion médeciniste, une structure trop légère qui n’a pas pu assurer les investissements nécessaires à l’évolution d’un palais qui, après avoir connu son heure de gloire, est désormais complètement dépassé. Pour la première fois, le maire évoque la reprise du palais en régie directe. C’est alors que je lui rappelle qu’il s’agit là d’un hommage du vice à la vertu, cette solution étant celle de Nice démocratie en 1998 et de Nice plurielle depuis 2001. On dit généralement qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Pourtant, face à la concurrence internationale, nationale et même régionale (Monaco, Cannes) des autres palais, il est bien tard. Peut-être même trop tard.

Blocage également en ce qui concerne le dossier Libération – nouvelle mairie. La majorité municipale se trouve dans l’incapacité de trouver un privé pour réaliser et gérer le parking souterrain qui constitue la première phase de l’opération. Et le maire d’avouer, mezzo vocce, que rien d’essentiel ne sera réalisé dans le quartier avant la fin de son deuxième mandat. J’ironise sur cet état de fait, tout en pensant avec amertume à l’état du sud du 5e canton.

En ce qui concerne la semaine de quatre jours (la guerre des quatre jours), Nice plurielle décide finalement de s’abstenir (à l’exception des copains du PCF et de Bruno qui votent contre). Il s’agit d’acter la forte volonté des parents et des enseignants en faveur de la semaine des quatre jours tout en pointant les conséquences d’une telle réforme pour les plus modestes dans une ville où l’éducation populaire est réduite à la portion congrue.

Le Conseil se termine par un camouflet pour le maire. En effet, celui-ci stigmatise régulièrement Nice plurielle et son président, en leur reprochant leur propension à transformer le Conseil municipal en arène politique (lui, bien sûr, flottant dans l’éther de la gestion humaniste). Et bien, le donneur de leçon se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Je présente au Conseil une lettre signée « Peyrat » demandant aux conseillers de quartier… d’adhérer à l’Entente républicaine, le parti du maire (et éventuellement à Nice Présence, l’association caritative de Madame, pièces jaunes et petits fours !). Devant cette preuve, le sénateur-maire hésite quelques secondes avant de dire un peu piteusement : « ce n’est pas bien ; on n’aurait pas dû le faire ».

Pour ne pas assister à l’exécution capitale de l’adjoint Vérola – je ne sais d’ailleurs pas ce qui, de l’acharnement du bourreau ou de la passivité de la victime me révolte le plus – je quitte le Conseil avant sa conclusion officielle.

Pour changer d’air.

C’est que ce soir j’ai rendez-vous avec les amis de ma section, là-bas, au bout du Vallon des Fleurs, dans le mythique restaurant des Palmiers. Il est dix-neuf heures quand je retrouve : Annie, Antoine, Anne, Alain L, Alain M, Anne-Marie B, Anne-Marie K, Alice, Antonin, Andrée, André, Albert, Amel, Bernard, Bernadette, Clotilde, Claudine, Cécile, Claude, Danielle, Daniel, Dario, Denise, Dominique, Elsa, Eliane, Edith, Emmanuelle, Fabrice, Francine, Fernand, Françoise, Gisèle, Gérard R, Gérard B, Gérard C, Gérard E, Grâce, Ghislaine, Jérôme, Hilde, Henriette, Henri, Hélène, Jacky, Justin, Jurek, Jean-Claude , Jean-Claude Q, Joëlle, Joël, Jocelyne N, Jocelyne M, Jean-Marc, Jeanine, Jean-François, Jacques, Jean-Pierre, Jean-Paul, Jean-Sébastien, Kamel, Luc, Laurent P, Laurent W, Loïc, Lucien, Louis, Marc, Mohamed, Marion, Maurice, Martine, Marie-Laure, Maryse, Marie-Lou, Marie, Madeleine, Michèle, Michel, Marika, Nahed, Nadine, nicolas, Odette, Pierre, Pascale, Patrick B, Patrice, Philippe B, Philippe F, Paul P, Paul C, Raphaël, Roger, Richard, Romane, Robert, Sébastien, Santa, Sami, Sylvie C, Sylvie D, Simone, Saïd, Salem, Vincent, Yveline, Yvette, Yassine et Zineb.



Et la soirée fut longue, chaleureuse et fraternelle. Surtout fraternelle.

14 septembre 2006

Quand j’étais chanteur

Sortie en salle du très joli film de Xavier Giannoli, «Quand j’étais chanteur». J’ai vu ce film au milieu des embouteillages cinématographiques du festival de Cannes et, malgré la concurrence, je l’avais beaucoup aimé. Je confirme en tous points mon commentaire favorable de l’époque (Pour un flirt avec toi…). Mais il en est des films comme des souvenirs gastronomiques et des histoires d’amour, certains peuvent s’enraciner dans votre mémoire dans des proportions insoupçonnées au moment de l’événement lui-même. Tel est le cas du film de Giannoli qui, avec le recul, est devenu pour moi un film rare, avec une histoire d’amour totalement improbable et pourtant complètement crédible, une histoire digne et belle, comme on en trouve si peu dans le cinéma français d’aujourd’hui.

Mais «Quand j’étais chanteur» va bien au-delà. C’est aussi, à travers le personnage de Depardieu, chanteur de bal, un film sur la nostalgie, un film qui nous explique que la nostalgie est peut-être le seul remède contre la mélancolie car elle nous permet d’avoir plusieurs vies.