13 novembre 2008

La crise débarque au CADAM



Ce jeudi, première séance plénière du Conseil Général depuis le début de la crise. J'avais donc calibré avec beaucoup de soin une intervention de politique générale.

En voici quelques extraits (texte complet sur le site de « Gauche Autrement »).

Et l’essentiel, c’est bien sûr la crise que connaît notre pays. Cette crise, dont les premiers effets sociaux commencent à se faire sentir, aura des répercussions fortes sur notre collectivité. C’est que la prospérité de celle-ci s’est faite ces dernières années – il faut bien le dire – sur la forte progression des droits de mutation qui sont passés de 2004 à 2007 de 218 à 348 millions d’euros, soit une augmentation de 56,72%. (…) en 2007, les droits de mutation représentaient 33% des recettes réelles de fonctionnement et les contributions directes 32%.

Or, (…) la crise est bel et bien là puisque, entre le 1er trimestre 2007 et le 1er trimestre 2008, le marché du logement neuf accuse une baisse de 34% et le marché de l’ancien une baisse de 24%. La DM2 est, symboliquement, le premier document budgétaire qui marque le début de la crise, puisque la majoration de 6 millions d’euros d’encaissements reçus est consacrée à la couverture du risque de diminution des droits de mutations sur l’année 2008, compte tenu de l’évolution supposée du marché immobilier.

Cette perte brutale va devoir être compensée par une hausse de la fiscalité directe locale. En effet, il ne faut rien attendre d’un Etat, déjà peu enclin ces dernières années à soutenir les collectivités territoriales, aujourd’hui empêtré dans son déficit.

Cette hausse de la fiscalité directe locale ne constitue pas pour nous un scandale, dans la mesure où nous n’avons jamais eu une attitude idéologique anti-impôt. (…)

Mais, s’il doit y avoir augmentation des impôts, n’oublions pas que sa traduction sera forcément douloureuse dans notre département car ce ne sont pas exactement les mêmes populations qui payaient les droits de mutation (qui concernent beaucoup de non-résidents) et qui paieront le supplément de la fiscalité locale directe.

(…) Vaut-il mieux une augmentation forte et unique dès cette année ou une augmentation modérée sur plusieurs années ? Même si nous considérons que la réponse appartient, en toute responsabilité, à la majorité de notre assemblée, nous vous donnons notre avis : une augmentation sur plusieurs années, même si elle est politiquement plus difficile à assumer je vous l’accorde, permettra un pilotage plus fin de l’économie de notre département en fonction des éventuels retournements de conjoncture.

Quoi qu’il en soit – augmentation brutale ou progressive – il y a fort à parier qu’elle ne pourra à elle seule juguler les effets de la crise sur notre institution. A ce propos, le document que vous nous soumettez traduit une hésitation. Si j’osais, je dirais que vous n’avez pas encore fait votre « coming out »… Car, après nous avoir alerté sur les effets probables de la crise, vous n’osez pas encore en tirer vraiment les conclusions (…). Nous risquons d’être encore en deçà de la réalité, surtout si notre institution poursuit le rééquilibrage de sa politique – rééquilibrage que nous soutenons – en faveur de la bande littorale et de Nice.

C’est bien pour cela qu’il va falloir recadrer l’ensemble de notre politique en partant de quelques principes simples. Pour nous, ces principes doivent être les suivants :

- Hiérarchiser les priorités et les politiques en partant du principe que le Conseil Général doit d’abord être exemplaire sur ses compétences obligatoires surtout quand elles touchent à la solidarité, à l’éducation et au social.

- Poursuivre notre action dans les autres domaines est tout à fait concevable si l’on tient compte pour l’essentiel de l’aspect social ou éducatif qu’ils présentent. C’est ainsi, par exemple, que si la politique du logement ne fait pas partie de nos compétences, elle peut-être intégrée dans ce noyau dur car elle participe de la solidarité et du social. (…)

- Recentrer les autres politiques – qui ne doivent pas être abandonnées – sur ce qui fait leur spécificité. (…)

- Enfin, il serait utile de limiter les dépenses qui peuvent apparaître somptuaires comme les dépenses de communication. (…)

Pour autant, un tel recadrage n’empêche pas d’être ambitieux. Pour notre part, nous avons de nombreuses propositions à faire même si nous ne sommes pas dans la politique du toujours plus mais dans celle du toujours mieux. Quelques exemples (…).

Pour conclure, je m’excuse pour la longueur inhabituelle – pour moi en tout cas – de ce propos. Mais, à un moment probablement décisif pour l’avenir de notre collectivité (on le dit toujours, mais là c’est « vraiment vrai »), il nous semblait important que Gauche Autrement aille un peu au-delà du discours oppositionnel convenu, en lançant quelques pistes et en faisant quelques propositions. Même si, au final, les décisions appartiennent en toute responsabilité et sans confusion à la majorité départementale.

Mais comme disait le grand Léonard de Vinci, « Nul conseil n’est plus loyal que celui qui se donne sur un navire en péril ». En ces temps de tempêtes sur le Vendée Globe, chacun aura compris la portée de cette formule. Du coup, comme nous faisons dans la métaphore maritime, il n’est peut-être pas illégitime, Monsieur le Président – provisoire – du Conseil Général, de vous demander une fois de plus quel sera le nom du futur capitaine…

Cette intervention, pourtant modérée, aura pour effet de déclencher l’ire du Président qui utilisa la majorité du temps de sa réplique aux trois groupes d’opposition pour me répondre. Il y avait de l’électricité dans l’air aujourd’hui car, quelques minutes plus tard, Jean-Raymond Vinciguerra s’estimait désavoué par son groupe (socialistes et apparentés) et décidait de retrouver sa liberté au sein de l’assemblée.

Pour une fois, on ne pourra pas accuser Patrick Allemand d’être responsable de ce nouveau cafouillage : il était absent. Ah ! Cumul des mandats quand tu nous tiens…

12 novembre 2008

Carlone Academy n° 1

Pour mieux connaître les goûts culturels des 18-24 ans, j’ai interrogé en début d’année mes 611 étudiants sur leurs préférences littéraires, picturales, musicales, théâtrales et cinématographiques.

Avant cela, je me suis engagé doublement : je leur donnerai le résultat global de l’enquête et je m’abstiendrai de tout commentaire qualitatif.

Le fait que 150 d’entre eux soient étrangers n’a pas vraiment influencé les résultats dans la mesure où, à part peut-être les Chinois et quelques Slaves, les goûts des jeunes français et ceux de leurs collègues étrangers semblent synchrones. La mondialisation de la culture est donc en bonne voie, pour le meilleur et pour le pire.

La première question était : « Quel est le titre de votre livre préféré ? ». Et voilà le classement des ouvrages le plus souvent cités :

1- Da Vinci Code, Dan Brown (14 citations)

2- 1984, George Orwell (13 citations)

3- Et si c’était vrai, Marc Lévy (12 citations)
L’alchimiste, Paolo Coelho (12 citations)

5- L’étranger, Albert Camus (11 citations)

6- Le Guépard, Lampedusa (8 citations)
Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos (8 citations)

8- Les misérables, Victor Hugo (7 citations)
Dix petits nègres, Agatha Christie (7 citations)

10- Le parfum, Patrick Süskind (5 citations)
Orgueil et préjugés, Jane Austen (5 citations)
Anges et démons, Dan Brown (5 citations)

Par ailleurs, deux étudiants pieux ont cité la Bible alors que quatre autres ont apparemment gardé leur âme d’enfant en citant… Harry Potter.

Côté auteurs, Marc Lévy est largement en tête avec plusieurs ouvrages devant Dan Brown (pour les deux livres précités) et Paolo Coelho (trois titres). Sont également cités une dizaine de fois pour au moins trois romans : Amélie Nothomb, Stephen King, Anna Gavalda, Frédéric Beigbeder, Guillaume Musso (que je connais aussi comme « voisin » : il était en effet à côté de moi l’an dernier au Salon du Livre de Nice) et Bernard Werber.

Mes deux auteurs favoris, Proust et Kundera, n’ont été cités respectivement que deux et trois fois. Sur 600, dur, dur !

Ainsi le livre le plus cité est ce Da Vinci Code que, sur ce blog, je qualifiais en 2006 d’ouvrage « habile, manipulateur, parfois jubilatoire, mais qui n’est au fond que du sous Umberto Eco, du X-Files à la sauce catho et une version spiritualiste du célèbre "On nous cache tout, on nous dit rien" de Jacques Dutronc. »

Oui, c’est vrai, j’ai promis ! Pas de commentaires qualitatifs !

08 novembre 2008

Les images d’Epinal du PS

Redescendre du Mont Washington pour les terrasses de Solferino, celles-là mêmes où paradait au soir de sa défaite aux Présidentielles la candidate du PS, n’est pas un exercice aisé. Mais tentons l’aventure…

En effet, dans la soirée de jeudi, le PS a voté. Ce qui a donné l’occasion à la presse française, pourtant globalement circonspecte, de nous offrir toute une série d’images d’Epinal sur l’événement.

Pour elle, les militants du PS ont choisi entre quatre orientations politiques. Ils ont créé la surprise en plaçant Ségolène Royal,la candidate de la rénovation, devant les candidats de l’appareil du vieux Parti. Elle va donc pouvoir organiser autour d’elle une majorité permettant au PS de redevenir le grand parti d’opposition national.

Une telle lecture appelle quelques observations :

- Sur les quatre orientations politiques
Bien malin est celui qui pouvait véritablement différencier sur le fond ces quatre textes (*) qui ont peu de chances de se retrouver un jour au Panthéon de la littérature politique. Le choix des militants s’est donc fait sur d’autres critères.

- Sur la notion même de choix des militants
Ce choix, on le sait tous (et dans les Alpes-Maritimes nous ne sommes pas à la traîne) est souvent en fait un acte de clientélisme, un renvoi d’ascenseur à un élu, parfois même à un patron. Sinon, comment expliquer les 73% quasiment tunisiens réalisés par Royal dans la Fédération des Bouches-du-Rhône ? Ou les 100% royalistes dans la célébrissime section de l’Ariane ? En réalité, ce phénomène, qui a toujours existé, s’est aggravé ces dernières années avec les nombreux succès locaux du PS dans le pays.

- Sur la rénovation « royaliste »
Sans les Bouches-du-Rhône, Ségolène Royal ne serait pas arrivé en tête de la compétition. Or, cette Fédération, c’est le Jurassic Park du PS, l’archétype de l’archaïsme politique. Et les raisons de son soutien étant rarement idéologiques, il y aura, n’en doutons pas, une exigence de retour sur investissement…

- Sur la constitution d’une nouvelle majorité autour de la «rénovation»
L’éclatement du PS en quatre tendances (qui, on l’a compris, sont autant d’écuries présidentielles) à peu près équivalentes condamne celui qui « dirigera » à d’invraisemblables contorsions d’appareils. Royal, Delanoë, Aubry, et DSK en embuscade : il y a désormais au moins quatre candidats pour les prochaines présidentielles et c’est autour de cette compétition que se dessinera l’avenir pas très rose du Parti.

Conclusion : Epinal ne sauvera pas Solferino. Après ce vote, les mâchoires Besancenot et Bayrou du piège électoral se sont un peu plus refermées sur un PS en bien mauvaise posture.

(*) Dominique a essayé, sans a priori, de réaliser un comparatif entre les textes. Elle y a finalement renoncé.

Pour une analyse locale voir le billet d'Henri Cottalorda : Triste constat.

05 novembre 2008

Le premier jour de l’après 4 novembre 2008



Retrouvant à … 6 heures du matin mes esprits, après la folle nuit de la galerie Depardieu au milieu d'une foule franco-américaine très fraternelle, je me surprends à rendre hommage à une vieille dame grecque.

« Merci Clio ! » (du grec « kleô » : célébré, chanté…). En effet je ne remercierai jamais assez la muse de l’Histoire de m’avoir offert dans ma vie d’homme trois moments inoubliables : le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand, le 9 novembre 1989 pour la chute du Mur de Berlin et, en ce 4 novembre 2008, l’incroyable, l’inimaginable, la bouleversante élection de Barack Obama à la Présidence des Etats Unis.

Pourtant, dès ce matin, j’entends déjà les pisse-vinaigre : « Après tout qu’est ce que ça va changer ? », « Il fera comme les autres… », « On le sait, ce n’est pas vraiment un homme de gauche », « Et la peine de mort ? »...

Plus tard – qui n’en est pas persuadé ? – reviendra le temps du temps, celui de la raison d’Etat et de la force des choses.

Bien sûr, bien sûr.

Mais finalement de tout cela on s’en fout, car, au fond de notre cœur, nous avons la certitude que depuis quelques heures le monde est un peu meilleur…


Plus tard dans la journée, quelques photos de notre belle soirée à la Galerie Depardieu sur le blog de Dominique.

03 novembre 2008

Mamma Mia !



Traditionnel rattrapage cinématographique automnal et catalan.

« Mamma Mia ! », de Phyllida Lloyd (USA)

La musique d’Abba est universelle. Pour ma part, j’ai l’impression de l’avoir entendue sur les cinq continents avec en prime le souvenir cocasse d’une joyeuse traversée de l’Australie du sud au nord où, pendant deux longues semaines, nous avions joué dans nos camping-cars à « Priscilla la folle du désert »…

Le film de Lloyd, tiré de la comédie musicale au succès planétaire, est une illustration plutôt honorable de cette musique euphorisante et sans mémoire, de cette parenthèse disco qui, entre la promesse des lendemains qui n’ont jamais chanté et la plongée inexorable dans le no future, nous avait fait fugitivement retrouver le temps de l’innocence.

Mention spéciale à Meryl Streep et à Pierce Brosnan qui, dans la tradition des grands acteurs anglo-saxons, n’hésitent pas à jouer avec leur image publique pour s’amuser et nous amuser.


« Home », d’Ursula Meier (France-Suisse-Belgique)

Marthe, Michel et leurs trois enfants vivent en toute liberté dans une maison située au bord d’une autoroute qui n’a jamais été terminée et qui leur sert de terrain de jeu. Hélas, la voie est finalement ouverte et la famille va se désintégrer sous les coups de boutoir d’un monde extérieur agressif symbolisé par la circulation assassine. De fusionnelle, la famille, « ce garde-fou qui rend fou », devient névrotique. Road movie inversé, ce petit film métaphorique a été présenté à Cannes à « La semaine de la critique » et confirme le goût d’Isabelle Huppert pour les jeunes réalisateurs(trices). C’est tout à son honneur.


« Cliente », de Josiane Balasko (France)

Judith, une bourgeoise quinqua plutôt pimpante, a recours aux services sexuels tarifés de Patrick, jeune bellâtre un peu gnangnan… et marié. Ils tombent plus ou moins amoureux. Malgré Nathalie Baye, l’histoire ne décolle pas, se perd dans des chemins de traverse franchement cucul la praline (l’histoire d’amour too much de la sœur) et finalement sombre dans l’anodin.


« Le crime est notre affaire », de Pascal Thomas (France)

Le réalisateur des Zozos semble se spécialiser dans les adaptations d’Agatha Christie. L’intrigue n’a pas plus d’importance qu’une partie de Cluedo, mais la bonne humeur des acteurs (Catherine Frot, André Dussolier, Claude Rich) est communicative.

A noter que la Rérion Rhône-Alpes, qui a financé en partie le film, n’a pas son pareil pour assurer sa promotion à travers de magnifique paysages. Preuve que la région PACA peut faire mieux (Nicecitta)


« La loi et l’ordre », de Jon Avnet (USA)

Robert de Niro et Al Pacino en flics à la fois vengeurs et – il faut bien le dire – un peu fatigués. Malgré la surprise finale, le scénario est un peu paresseux. Mais ça n’a pas d’importance : on est là pour Robert et Al.


En prime, je conseille, à ceux qui aiment la course à pied (ils sont nombreux à lire ce blog, je le sais...) et détestent le stalinisme, la lecture du roman de Jean Echenoz « Courir ». Recommandé par Joëlle Vacca, notre « bibliothécaire autrement », et lu à haute voix par Dominique entre Narbonne et Aix-en-Provence, ce petit texte retrace avec poésie et humanité la vie du grand champion Emile Zatopek. Un joli ovni littéraire.

30 octobre 2008

Stade 3

Depuis quelques jours, on peut observer une certaine agitation autour du troisième projet depuis 2003 de construction d’un grand stade à Nice. C’est que ce projet a une histoire et c’est précisément parce que j’ai été intimement lié à cette histoire que j’ai eu une attitude plutôt distanciée vis-à-vis de l’annonce faite par Christian Estrosi.

Printemps 2003 : un premier projet doit être réalisé sur le terrain du Ray. Le consensus est impressionnant. Pourtant, Michèle Mangion, notre représentante dans le jury du concours, me fait part de ses doutes devant le flou de certains aspects de l’opération. On décide donc de ne pas approuver le projet. Sage décision : quelques jours après éclate « l’affaire Vialatte », le Directeur des services de la ville de Nice ayant truqué le marché.

Eté 2006 : un deuxième projet est prévu à Saint Isidore. Innovation : la construction mais aussi l’exploitation de l’équipement seront confiées à un groupe privé. Là encore, le consensus est général, même si certains supporters revendiquent l’emplacement du Ray. Avec Bruno Della Sudda au sein du Comité de pilotage, puis avec Jean-François Knecht devant le Tribunal administratif, nous nous étonnons des avantages excessifs dont bénéficie le concessionnaire privé. Au final, le projet sera annulé sur la base de notre recours (celui de Jean-François Knecht) et de celui du Préfet. En effet, les futurs tarifs n’ont pas été budgétés par le candidat concessionnaire. Contrairement à ce qui est dit encore aujourd’hui par la presse, cette question n’était pas secondaire : l’absence de tarif était la preuve que la collectivité était obligée, au final, de financer l’opération en dehors de toute transparence.

Fort de cette double expérience, j’ai donc aujourd’hui sur le sujet une position à la fois simple et de bon sens.

Vouloir construire un grand stade à Nice est logique, quoi qu’en pensent les esprits forts. Il existe un public pour cela (j’en suis) et toutes les grandes villes ont un équipement de ce type. J’ajoute que la grande équipe de foot qui va de pair avec le stade a d’importantes retombées en matière de communication pour la ville.

Mais cet équipement ne doit pas mettre en cause l’équilibre financier de la ville au moment où d’importants investissements, comme la ligne 2 du tram, sont programmés.

Or, je reconnais être perplexe devant le vague engagement du maire sur un financement public-privé. En effet, le projet Saint Isidore nous l’a enseigné, le financement privé en la matière est un leurre. La gestion d’un stade n’est pas rentable pour le privé… à moins de lui donner tant de compensations que la somme de celles-ci risque de conduire le juge à requalifier le contrat en régie. Et, de toute façon, même si ce n’était pas le cas, une évolution vers le foot à l’Anglaise – avec un prix des places prohibitif, les supporters aux revenus modestes seront « expulsés » du stade – est à envisager. On peut ne pas le souhaiter !

Par conséquent, il me semble que la municipalité n’a pas les moyens actuellement de financer ce stade. Mais je souhaite, bien entendu, me tromper. Au lieu de participer aux criailleries des uns et des autres, j’attends donc, sans trop d’illusion, de lire le contrat de concession et le plan de financement.

L’équipe que j’ai vue samedi, avec des amis… australiens, arracher le match nul face à Bordeaux mérite un grand stade. Mais ce ne peut être à n’importe quel prix…

25 octobre 2008

CLAJ sur Potomac

Photo Carolyne Simon


Pour sa première réunion publique, l'association « Gauche Autrement », dans la continuité du voyage à Amsterdam, s’efforce de décrypter le Monde pour mieux le comprendre. Même si (c’est évident !) la quasi totalité de la salle du CLAJ semble acquise à la cause de Barack Obama, l’atmosphère est plus studieuse que militante. C’est que nous l’avions souhaité.

A la tribune, j’ouvre le bal en rappelant le contexte historique, institutionnel et politique de cette Amérique qui suscite toujours en France un mélange d’attirance/répulsion peu propice à une réflexion sereine : système fédéral, régime présidentiel, bipartisme et mode de scrutin constituent autant de spécificités parfois difficiles à intégrer pour un jacobin habitué aux us et coutumes de la Ve République française ! Mais lorsque l’on défend les valeurs qui sont les nôtres, le parti démocrate et le parti républicain, ce n’est peut-être pas tout à fait la même chose…

Dans la foulée, Clotilde Gimond fait une présentation comparative des programmes d’Obama et de McCain. Le résultat est édifiant et à de quoi faire réfléchir les beaux esprits qui, à gauche, traitent cette élection avec condescendance (un peu à la manière du PS qui était représenté à Denver par… un député de la Guadeloupe !).

Obama a refusé, depuis le début, l’intervention en Irak. Il propose que les USA jouent à nouveau la carte du multilatéralisme notamment à l’ONU. Il est favorable à l’« affirmative action ». Il est sans ambiguïté « pro choice », pour l’augmentation des impôts des plus riches, favorable au droit syndical et contre le licenciement des grévistes. Il s’oppose à la privatisation de la sécurité sociale, fait des propositions pour résoudre le problème des Américains qui n’ont pas de couverture médicale, pour aider l’école publique notamment dans les quartiers défavorisés, etc.

En face, McCain est favorable au renforcement de l’occupation en Irak, opposé à l’« affirmative action », favorable à une réforme qui donnerait aux Etats le droit d’interdire l’IVG. Il est contre l’instauration d’un salaire minimum, veut privatiser les systèmes publics de sécurité sociale et s’oppose à la couverture maladie universelle. Il propose des aides financières aux parents qui inscrivent leurs enfants dans les écoles privées prises sur le budget de l’école publique. Sa colistière estime qu’il faut donner le choix aux établissements scolaires d’enseigner le créationnisme…

Alors, Obama ou McCain, c’est vraiment la même chose ?

Puis, c’est au tour de Dan Ostrowsky, chercheur brillant et respecté, de nationalité américaine et Français de cœur, de retracer le parcours atypique du candidat Obama, en nous rappelant que, d’origine modeste, celui-ci avait fait le choix de travailler de longues années comme militant associatif et avocat dans les milieux sociaux défavorisés de Chicago, avant d’entamer une carrière politique où il a toujours utilisé le langage de la raison (notamment sur la question raciale) là où la démagogie est généralement la règle.

Dan et Clotilde, ont ensuite répondu, sans langue de bois et avec beaucoup d’humour, aux nombreuses questions de la salle joliment préparée par Richard et Rose (bravo à Maxence pour le diaporama qui défilait sur l’écran) : tout a été passé à la moulinette, des éventuelles tricheries au programme spatial, de la CPI à l’effet Bradley.

Le temps de se donner rendez-vous pour la soirée du 4 novembre (*), une soirée pleine d’espoirs mais aussi d’inquiétudes, et une dizaine d’entre nous se retrouve au Félix Faure pour refaire l’Amérique et le Monde, et croiser Bernard Gaignier, Didier Veschi et quelques autres qui n’avaient pu assister à la conférence-débat car ils jouaient ce soir, au théâtre de L’Alphabet, Tartuffe, un texte peut-être pas si anodin que cela pour qui prétend agir pour le bien de la cité !


(*) Le mardi 4 novembre, l’association « Gauche Autrement » organise une soirée spéciale, pour suivre en direct les résultats de l’élection américaine, à la Galerie Depardieu (64, bd Risso) à partir de 21 heures.

21 octobre 2008

Washington DC avant Reims



N’en doutons pas : même pour les socialistes français, le résultat du duel Obama/McCain aura des conséquences politiques, géopolitiques et sociétales beaucoup plus importantes que celui du Congrès du PS.

Que ce soit Delanoë, Royal ou Aubry qui l’emporte à Reims, cela n’aura que des conséquences infinitésimales sur la société française et l’avenir de notre continent.

Qu’Obama l’emporte et le bouleversement sera profond des deux côtés de l’Atlantique.

Il y a longtemps que nous en sommes persuadés à « Gauche Autrement ». A vrai dire, depuis le débat des primaires américaines, alertés que nous étions par notre enthousiaste spécialiste-maison, Clotilde Gimond. Depuis, la liberté nouvelle acquise vis-à-vis des appareils, nous permet d’aborder le sujet sans tabou, dispensés des figures imposées de la langue de bois.

La crise financière ne fait que renforcer cette conviction. Seul Obama peut être le partenaire privilégié de l’Europe et des pays émergents pour construire un new deal planétaire dont les Etats-Unis seront l’incontournable matrice. A l’inverse, avec McCain, les néo-libéraux auraient le Président idéal pour faire en sorte que que tout change et que surtout rien ne bouge.

Pour cette raison et bien d’autres (le risque de voir les pro-life européens réveillés par Sarah Palin, par exemple), notre association a décidé de faire partager ses convictions à travers deux manifestations :

- Ce vendredi avec une conférence-débat au CLAJ (1) avec la participation d’universitaires américains (dont M. Dan Ostrowsky).

- Le mardi 4 novembre à la Galerie de notre colistier Christian Depardieu (2), pour la soirée électorale en liaison avec les USA où se trouvera l’une d’entre nous (Irène Leblond-Henner).

Venez nombreux partager ses moments privilégiés qui se transformeront, nous en sommes persuadés, en page d’Histoire.

(1) Conférence-débat sur le thème « L’élection présidentielle américaine : les enjeux », le vendredi 24 octobre à 20 heures au Relais international de la Jeunesse « Clairvallon » (CLAJ, 26 avenue Scudéri).

(2) Soirée électorale pour suivre en direct le vote des Américains le mardi 4 novembre à partir de 21 heures, à la Galerie Depardieu, 64 boulevard Risso (parking : Théâtre National de Nice ; tram : arrêt Garibaldi).

19 octobre 2008

Associations d’idées



Quatre heures. Quatre heures de plongée – entre l’ouverture et l’arrivée des « officiels » – dans cet océan de dévouement, de passion et de… fantaisie que représente le rendez-vous annuel des associations au Palais des Expositions.

Un rendez-vous qui est aussi un joyeux capharnaüm où je retrouve côte à côte, pour ne citer que les amis proches, l’ADEVREPAM-Préhistoire de Paulette, le Gospel Right Spirit de Sophie, Accueil Femmes Solidarité de Monique, les Scouts et Guides de France de Laurent Flipo, notre colistier si beau en uniforme, Cinéma sans frontières de Philippe, Polychromes de Benoît…

Au fil du temps et des stands, nous rencontrons des dizaines et des dizaines de connaissances, les heures passent, l’exercice est grisant. Un petit thé comme chaque année chez les militants de Dialogue, le temps de renouveler notre adhésion à cette sympathique association qui gère une épicerie sociale dans le quartier Pasteur. Une halte au CEAS, association sociale et culturelle qui a la particularité d’avoir son siège social dans le 5e canton et une grande part de son activité… dans le 7e.

En forme de bouquet final, une ultime station pleine de poésie au stand de l’association Epilogue qui a son sège dans la cité de Roquebillière où j’étais lundi avec Bernard, Gérard, et Sami. Une association spécialisée dans la lutte contre l’analphabétisme, dont le responsable vous demande de tirer au sort une petite phrase que vous devez compléter. En respectant, bien sûr, l’objet poursuivi par Epilogue.

Pour Dominique, la petite phrase fut :
« Je glisse un morceau de soleil dans cette lettre pour… ». Elle la complètera ainsi : « ... que chaque voyelle et chaque consonne éclaire ton rêve ».

Pour moi, la phrase était plus énigmatique :
« Dans ses yeux, il n’y a plus de brouillard… ». Ma suite sera : « … seulement la fulgurance magique du sens ».

Rien à voir, mais billet de mise au point sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

16 octobre 2008

5.03 - Vernier



Deuxième étape de notre exploration de la géographie électorale du 5e canton : le bureau 5.03 dont le petit nom est « Vernier ». Un nom particulièrement judicieux puisqu’il est organisé autour de la rue…Vernier (du nom de l’architecte qui a modelé au 19e siècle la Nice moderne).

En fait, cette rue est une petite ville a elle seule. Avec son collège, son église Saint Etienne (et sa drôle de petite croix en céramique), son temple protestant, ses commerçants emblématiques comme la boucherie « Mateu » ou les cafés « Bondin » (prime de l’humour commercial au « Baby food » à l’angle Vernier/Miollis) et surtout sa population vivante et diverse où je compte tant d’amis que je rencontre parfois à la terrasse du « Penalty » ou à celle du « Vernier ».

Pas très loin, il y a la rue des Combattants en Afrique du Nord – où a vécu, jusqu’à ces derniers mois, notre colistière Zineb – avec son garage automobile qui nous joue « Une Twingo sur le toit ».

Rue Miollis, au n° 6, façade rouge et verte, vous trouvez « Hassib : pâtisserie marocaine ». En fait, cet honorable commerçant exerce ses activités à ‘emplacement… de l’ancienne fédé du PS. Celle de l’après-Epinay, à la fin des années soixante-dix : pièce unique exiguë, ronéo dans la cave pour les tracts, mais vrai débat (Mitterrand-Rocard, ça vous dit quelque chose ?).

La rue Torrini, et son Foyer ADAPEI, plus une partie de la rue de la rue Villeneuve complètent le 5.03.

Je ne ménage pas mes efforts pour que ce quartier populaire, où la mixité sociale reste une réalité (Niçois de souche, Maghrébins, Portugais, Cap Verdiens, Comoriens, Malgaches…), ne sombre pas du côté obscur du communautarisme. Pour maintenir la cohésion du quartier, il y a bien sûr les associations, regroupées à la Ruche de la rue Trachel toute proche, et le collège, véritable amortisseur social. Mais la situation est devenue si délicate qu’elle exige un fort volontarisme politique. Sécurité, propreté, équipements collectifs, circulation, calme, politique de la jeunesse… tout est à reprendre dans ce quartier pour qu’il ne devienne pas « un quartier ».

14 octobre 2008

Deux Ouïghours à Carlone



626 étudiants. Ce sont les effectifs qui m’ont été confiés ce premier semestre à l’Université. 626 étudiants que je rencontre depuis un mois dans mes amphis et qui appartiennent aux filières « InfoCom » et LEA de la fac des lettres, des L1… aux M2.

Ayant changé de service à la rentrée, ce sont en quasi-totalité de nouveaux étudiants et, j’ai beau être physionomiste, apprendre à les connaître tous est un sacré boulot.

Mais, une fois encore ce qui me frappe le plus à Carlone, c’est l’extrême diversité de ses amphis. Et notamment le nombre d’étudiants étrangers. Exactement 167 dans mes cours. Ainsi, cette année, ma petite ONU à moi ne regroupe pas moins de… 56 nationalités.

Dans le nombre, il y a bien sûr de nombreux ressortissants de l’UE, qui, par définition, ne sont pas vraiment des étrangers : Bulgarie 14 étudiant(e)s, Italie 13, Portugal 7,Espaghe, Roumanie et Pologne 4, Chypre,Grèce et Slovaquie 2, Grande-Bretagne, Belgique et Allemagne.

Quant aux autres, c’est bien simple, ils viennent des quatre coins de la planète… Qu’on en juge : Maroc 16, Sénégal 14,Chine 8, Russie 7, Turquie 6, Brésil et Burundi 4, Japon, Tunisie,Congo,MAURICE, et Monaco 3, Cap Vert, Biélorussie, Liban, Algérie,Mali,Moldavie et Guinée 2, Ukraine, USA, Azerbaïdjan, Philippines, Bosnie, Pérou, Madagascar, Equateur, Canada, Côte d’Ivoire, Salvador, Venezuela, Comores, Suisse, Egypte, Mauritanie, Vietnam, Niger,Cuba,Colombie,Gabon,Macédoine et Syrie 1.

Pour symboliser cette diversité, il y a cette année deux étudiants, une fille et un garçon, qui viennent de loin. De très loin. Abula et Abulikemu sont… Ouïghours. Citoyens de la République de Chine, ils font partie d’un peuple qui vit dans la province du « Xinjiang » (sur la carte, Sinkiang) appelé aussi le Turkistan oriental. Les Ouïghours, turcophones et musulmans, ont été plusieurs fois indépendants au cours du XXe siècle avant d’être intégrés de force dans la Chine communiste. En 1997, des émeutes réprimées par la police chinoise ont fait plus de 150 morts. Depuis les condamnations politiques à mort sont nombreuses. Le Ouïghourstan est donc en quelque sorte un autre Tibet.

Quoi qu’il en soit Abula et Abulikemu sont désormais étudiants à l’Université de Nice et, à travers leur sourire un peu timide, on peut deviner le destin mal assuré de tout un peuple…

11 octobre 2008

Vive la crise !

On ne peut qu’attendre avec inquiétude les conséquences économiques et surtout sociales de la crise actuelle. Conséquences sur lesquelles je me garderai bien de disserter, laissant aux « spécialistes » de tout poil le privilège de se tromper doctement quelque temps encore.

Par contre, comme humaniste, homme de progrès… et socialiste, je me dis que la donne va être profondément modifiée. Et pas forcément dans le mauvais sens. En quelques semaines, des certitudes aussi bien établies que l’action régulatrice du marché, l’anachronisme de l’Etat interventionnisme ou la supériorité de l’économie financière ont explosé en vol, laissant sans voix leurs plus fervents propagandistes.

Du coup, ils sont des millions et des millions ceux qui pensent qu’on ne peut continuer avec un système où l’Etat n’est pas apte à intervenir quand il s’agit de soulager les misères des plus pauvres tout en étant opérationnel pour réparer les conneries des plus riches.

C’est ainsi que des idées qui étaient frappées du sceau infamant de la ringardise refont surface : nécessité d’une économie surveillée et encadrée par les institutions internationales, nécessaire intervention de l’Etat sous le contrôle des citoyens, retour à l’économie réelle…

La maîtrise collective et démocratique de l’économie est devenue, en l’espace de quelques jours, le nouvel œuf de Colomb. Un œuf de Colomb qui assure une situation favorable et un point d’appui idéologique aux forces progressistes un peu partout dans le Monde.

Dans la tourmente, les fausses valeurs s’effondrent et les vraies personnalités émergent.

Aux USA, l’indécent show Sarah Palin a été stoppé net par la crise. Barak Obama, à qui on reprochait son manque d’expérience a pu – en live – montrer à quel point il maîtrisait intellectuellement et politiquement son rôle de futur leader, tout en démontrant la pertinence de ses propositions et de son programme. Désormais, il n’y a plus photo entre lui et un McCain qui ne sait plus quoi dire et qui, du coup, dit n’importe quoi.

En France, le jeu des 7 familles du PS n’a brusquement plus aucun intérêt. Les jeux sont faits. Si la gauche veut gagner les prochaines présidentielles – ce qui serait justice car la crise valide l’essentiel de ses propositions – il faut qu’elle se range derrière DSK dès que celui-ci sera disponible pour reprendre le fil de son destin national. Président du FMI, il réussit e effet le tour de force de jouer sans faiblesse son rôle institutionnel (par exemple en exhortant les Etats-Unis à définir, dès aujourd’hui, avant la fin de la crise actuelle, les règles de demain) sans pour autant céder quoi que ce soit de ses convictions profondes. C’est ainsi qu’en pleine tempête, il n’arrête pas de rappeler « l’autre crise » : cette terrible crise alimentaire qui sévit dans les pays du Sud. Et dire que les militants PS avaient choisi… Royal !

Le retour de la solidarité, l’homme au centre de l’économie, la réhabilitation de l’action collective, Obama aux commandes, DSK président… Si le tsunami actuel génère ces effets collatéraux là, c’est avec allégresse que je reprendrai la formule d’Yves Montand au cours d’une célèbre émission TV : « Vive la crise ! »

Notre amie Zineb Doulfikar a été honorée par la République hier à la Villa Masséna. Pour un compte-rendu et des photos voir le blog de Dominique.

08 octobre 2008

Le pendule d’Antigone

A l’origine, « Antigone » c’est la pièce de Sophocle (441 av. JC).

Antigone est la fille du roi de Thèbes, un certain Œdipe. Du coup, Jocaste, la reine, est à la fois sa mère et sa grand-mère. Ce qui, admettons-le, constitue une parenté un peu lourde pour une frêle jeune fille, une parenté susceptible de nourrir malveillance et ragots. Les gens sont si méchants… Mais Antigone est bonne fille. C’est ainsi qu’elle accompagne dans son exil papa – qui entre-temps s’est crevé les yeux. Après la mort de celui-ci, elle retourne à Thèbes pour épouser Hémon, son cousin, fils de tonton Créon, le nouveau roi de la Cité.

La guerre civile fait rage à Thèbes et, au cours de celle-ci, ses deux frères, Etéocle et Polynice s’entretuent, confirmant que leur famille des Labdacides est vraiment maudite de chez maudite. Dans la foulée, Créon fait donner à Etéocle une sépulture décente, tout en ordonnant que le corps de Polynice, considéré comme traître à sa patrie, reste à l’endroit où il est tombé, le privant par là même de paradis.

Antigone, convaincue que la loi divine doit l’emporter sur les décrets humains, décide de rendre les honneurs funéraires à son frère, en couvrant symboliquement son corps de terre. Ainsi défié, Créon la condamne à mort, mais, un brin délicat, il ne veut pas se souiller par un acte sanguinaire et ordonne qu’on enferme sa nièce et future belle-fille dans le caveau de la famille maudite. Passant par là, le devin Tirésias fait la leçon au roi en lui rappelant que, sous peine de malédiction, il faut « enterrer les morts et déterrer les vivants » ce qui, à la réflexion, peut sembler assez logique… Créon, qui sait par ses antécédents familiaux ce que maudit veut dire, fait marche arrière et se précipite pour rouvrir le tombeau. Mais il est trop tard car Antigone s’est pendue. Du coup, Hémon, le fiancé, se suicide également, bientôt suivi par Eurydice, sa mère.

Au final, Créon, qui en a pris un sacré coup au moral, invoque les Dieux en leur demandant, parlant de lui-même : « Débarrassez cet endroit d’un propre-à-rien ». Quant aux spectateurs, ils se disent que, décidément, cette Antigone de Sophocle, c’est vraiment que du malheur…

Ce petit résumé, un peu impertinent, je le concède, nous le rappelle opportunément, nous avons affaire à une pièce à part dans le monde si particulier de la tragédie grecque : il s’agit d’une histoire essentiellement humaine, les Dieux sont évoqués, les Dieux sont invoqués, mais ils n’interviennent jamais. C’est probablement cette abstention qui est à l’origine de l’extraordinaire postérité du mythe. Rendu à l’humain, le tragique accède à une forme de pureté rarement égalée. Deux antagonismes s’affrontent, chacun inséparablement lié à une vérité qui est partielle, relative, mais, considérée en elle-même, entièrement justifiée. Une vérité pour laquelle chacun est prêt à sacrifier sa vie, une vérité qui ne peut triompher qu’au prix de la ruine totale de l’adversaire. Ainsi tous les deux – Créon et Antigone – sont à la fois justes et coupables. On est loin, très loin, du manichéisme desséchant qui submerge, par exemple, le XXe siècle.

De Robert Garnier à Cocteau, de Vittorio Alfieri à Bertold Brecht, en passant par Hegel, Péguy, Anouilh : ils sont des dizaines à avoir décortiqué, interprété, revisité la pièce de Sophocle, le plus souvent en faveur de l’héroïne.

A partir de là, il est tentant de formuler sa propre projection, de se bricoler une Antigone sur mesure. Par jeu ou, tout simplement, pour mieux se connaître.

Mon Antigone à moi s’appuie, dans un premier temps sur l’interprétation quasiment psychanalytique de la dramaturge Anne Théron, pour s’approfondir ensuite en une conclusion iconoclaste qui risque de me fâcher avec tous les « antigonophiles » de la Terre.

Pour Anne Théron, dans sa pièce « Antigone hors la loi », l’héroïne qui s’oppose au pouvoir arbitraire est avant tout la fille d’une lignée maudite, celle d’Œdipe que sa destinée a conduit à épouser sa mère, Jocaste. Car si Antigone défie les lois de la Cité, que dire de Jocaste la rebelle, Jocaste, dont le corps de mère ne pouvait pas ne pas reconnaître celui de son fils ? D’où cet aveu ultime délivré au cœur de la pièce d’Anne Thérond :

« Œdipe… l’enfant que j’ai tant désiré, l’homme que j’ai tant aimé ».

Devant la passion subversive de sa mère et le scandale absolu de sa naissance, Antigone a peur d’elle-même. La fin misérable de son père, la mort violente de ses deux frères, achèvent de la culpabiliser.

Du coup, elle refuse de transmettre le malheur et décide de mourir vierge, ménageant ainsi l’idée d’un renouveau. Quitte à laisser face au fatum sa sœur, la pâle Ismène, supporter le poids de la responsabilité finale.

La radicalité d’Antigone ne serait qu’un désir de suicide. De fait, elle ne sera pas tuée puisqu’elle va se pendre elle-même dans le tombeau des Labdacides, ne laissant aucune chance de repentir à Créon. Sans ce suicide précipité, la mise en garde de Tirésias aurait sauvé Antigone.

Mais si l’on accepte cette thèse, il faut toutefois en tirer toutes les conséquences : la véritable « hors-la-loi » n’est pas Antigone mais Jocaste. En provoquant l’extinction de la lignée maudite des Labdacides par un acte d’insoumission somme toute assez modeste, Antigone efface le vrai désordre qui menace la Cité. Quelques poignées de terre ne pèsent pas lourd face à des amours incestueuses revendiquées. Par son geste désespéré, Antigone renforce en fait l’ordre dans la Cité,l'ordre de la Cité. Elle devient la meilleure alliée de Créon.

On peut même aller plus loin et se demander si, face à la détermination presque inhumaine de la vierge Antigone, l’humanité n’est pas du côté de Créon, ce tyran en carton-pâte qui s’assume si mal en dépositaire de l’ordre.

Un jour, Marguerite Yourcenar a dit : « Le cœur d’Antigone est le pendule du monde ». Peut-être. Mais admettons que ce pendule oscille moins à la recherche des vérités ultimes qu’il n’affirme, par ses cercles concentriques, la nécessité de ne pas s’éloigner des chemins balisés du Monde tel qu’il est…

Et votre Antigone à vous ?

07 octobre 2008

Je vous trouve très dopé

Le 29 juillet 2008, dans un post sur le Tour de France, j’évoquais, au-delà des cas de dopage avérés (Beltran, Duenas, Fofonov et surtout Ricco), l’étrange performance du « vieux » Piepoli dans les Pyrénées, l’incroyable révélation de Schumacher Stefan qui s’était pris pour Michael dans les contre-la-montre, et le climat suspicieux qui entourait la famille Schleck.

Résultat des courses : les deux premiers viennent d’être déclarés positifs à l’EPO de la troisième génération, et Franck Schleck semble bien compromis dans la sulfureuse affaire Puerto. C’est décidé, l’année prochaine je pose ma candidature auprès de France 2 pour commenter le Tour à la place des tenants de l’omerta, Fignon et autres Jalabert.

04 octobre 2008

Gauche Autrement : du pain sur la planche...



Première Assemblée Générale de Gauche Autrement depuis la rentrée. La permanence est pleine à craquer et le plaisir de se retrouver évident.

Le temps de féliciter Rose et Sami pour l'efficacité avec laquelle ils ont rendu opérationnelle la structure "conseil général", Antonin pour son travail sur le Port, et déjà les rendez-vous se multiplient : suivi de l'élection présidentielle américaine (où nous serons représentés par Irène), groupe de travail sur le tramway, expression publique sur la privatisation de la poste, sortie conviviale aux Iles de Lérins, soirée-débat sur l'antiracisme... du pain sur la planche assurément.

Les dates se télescopent sur les agendas septembre-septembre et, tout en traversant l'avenue Cyrille Besset afin de rejoindre "La pétanque niçoise" pour le déjà traditionnel dîner amical, on se dit qu'on aime ça. Autrement.

Voir les photos de la soirée sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

02 octobre 2008

La mémoire de l'eau

Comment ne pas être favorable au projet de réaménagement du port de Nice proposé par la Municipalité ? Réhabiliter ce qui est à la fois un des plus beaux et des plus tristes quartiers de Nice est incontestablement une nécessité. Tel est en tout cas l’avis du groupe de réflexion de Gauche Autrement qui a travaillé sur ce dossier sous la houlette du compétent (c’est son métier) et passionné (c’est son tempérament) Antonin Colombo.

Même si cet accord sur l’essentiel du projet est loin d’être un blanc-seing.

- En effet, pour nous, le projet tel qu’il est présenté reste hybride puisqu’il favorise objectivement cyclistes et piétons tout en maintenant avec des parkings aspirateurs la circulation automobile. Il faudra bien clarifier cette contradiction.

- Par ailleurs, la nature définitive du lieu (loisirs, promenade, sports et plaisance) reste liée à l’hypothétique (très hypothétique) construction d’un port au large de l’aéroport. Quelques certitudes et un calendrier permettraient d’y voir plus clair.

- Enfin, le projet actuel est trop limité. La réflexion et le réaménagement lui-même doivent être étendus aux quartiers périphériques (Garibaldi et Riquier, par exemple), car c’est toute la partie sud-est de la ville qui est concernée par cet aménagement.

Au-delà de cette analyse, il est piquant de se souvenir que ce débat n’aurait pas lieu si, en 2001, nous avions laissé faire le projet soutenu par la CCI, la Mairie de Nice et… Patrick Allemand qui avait entraîné la Région PACA dans cette aventure. Un projet délirant qui aurait permis aux très grands bateaux de croisière d’utiliser Nice comme tête de ligne au détriment de l’environnement et sans profit pour la cité. A l’époque, il avait fallu, soutenu par Jean-François Knecht et Paul Cuturello, que je fasse le voyage de Marseille pour convaincre Michel Vauzelle de ne pas écouter son Vice-président et faire marche arrière. Du coup, à la suite d’un débat public d’anthologie, le projet fut retoqué et la croissière ne s’amusa jamais à nice…

Si seulement la thèse de Jacques Benveniste pouvait être juste, l’eau du port de Nice en aurait de belles choses à raconter…

28 septembre 2008

5.12 Fontaine du Temple


Reprenant l’idée de la conseillère générale du 7e canton d’une exploration systématique du canton par blog interposé, je me suis fixé comme règle d’opérer, non pas comme Dominique, par coups de cœur, mais, plus prosaïquement par zones géographiques délimitées par les bureaux de vote. On peut me reprocher la sècheresse d’une telle démarche, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Je soutiens que les découpages électoraux peuvent être très poétiques. Il y a quelques années, en « redécoupant » la 3e circonscription des Alpes-Maritimes en forme d’hippocampe, Charles Pasqua a, par exemple, produit un bien beau cadavre exquis…

Mon exploration commence aujourd’hui avec le 5.12 (5e canton, 12e bureau) dont le petit nom est « Fontaine du Temple ». En fait, nouvelle licence poétique, la zone géographique du bureau n’a rien à voir avec la place du même nom, même si elle est tout proche. Le territoire du bureau « Fontaine du Temple » se situe en fait au sud du stade du Ray dans un quartier qui est celui des écrivains (rue Paul Bourget, rue Alphonse Daudet, avenue Guy de Maupassant, avenue Edmond Rostand) et des militaires (rue Colonel Driant, rue Général Laperrine). L’avenue des Sources, quant à elle, rappelle l’abondance de l’eau vive dans les entrailles du quartier.

L’endroit est calme et ignore l’agitation des deux axes qui en constituent les frontières est et ouest (l’avenue du Ray et le boulevard Gorbella). Un quartier de villas à frises, de petits immeubles résidentiels et de jardins fleuris, très fleuris. Un quartier tout en montées (parfois par escaliers) et en descentes, qui exige du promeneur une bonne condition physique.

A l’égal de Rome, le 5.12 a sa villa Médicis (sans Frédéric Mitterrand…). Il a surtout sur son territoire l’insolite Temple antoiniste qui appartient à un mouvement religieux présent essentiellement en France et en Belgique. Le culte antoiniste – du nom de son créateur, Louis Antoine, ouvrier belge plus ou moins guérisseur grâce à ses talents médiumniques – fait une large place à la prière et est assuré par des bénévoles qui portent un costume noir. L’antoinisme prône le libre-arbitre, la tolérance (on peut pratiquer en parallèle une autre religion) et la solidarité. Mais, avant de vous précipiter au Temple de l’avenue de l’Assomption, sachez quand même que l’antoinisme a été épinglé par l’Observatoire des sectes comme étant une « secte guérisseuse ».

Quoi qu’il en soit, une promenade dans ce petit périmètre protégé, au milieu des arbres fleuris (même en automne !) et des villas niçoises ne peut être que charmante, même si un plan de circulation quelque peu désordonné, avec ses doubles sens intempestifs, peut troubler le calme ambiant à certaines heures. Le conseiller général a bien essayé de mettre un peu d’ordre dans tout cela, mais les riverains sont bien divisés…

Et, au détour de l’avenue Georges Bizet ou de la rue Cappati, vous aurez peut-être la chance de rencontrer un des trois colistiers de Nice Autrement qui habitent le secteur : Albert Davy, Jean Montoya ou Samuel Alié.

25 septembre 2008

Le Congrès de François et d’Olivier



Nous l’avions prévu : aucun Chat botté n’a miraculeusement surgi et, du coup, Blanche Neige et les sept nains ont accouché de six motions. Si on retire celles qui ont le statut de caution démocratique, c’est un quatre majeur qui va donc s’affronter jusqu’à Reims.

Revue d’effectifs.

La motion Delanoé
A l’image de son supporter numéro 1, François Hollande, ce sera celle de la continuité. Il s’agit de maintenir plus ou moins intact l’appareil au service d’une ambition. Cette ambition, c’est celle de Bertrand Delanoé, habile maire de Paris, mais prétendant sans expérience d’Etat. Sur le fond, le conservatisme domine et pas de véritable projet susceptible de susciter l’enthousiasme (union de la gauche for ever, surtout pas de primaires véritables…). Delanoé rêve de devenir un nouveau Jospin, il risque d’être un second Hollande.

La motion Royal
Pour quelqu’un qui veut contourner le Parti, s’allier avec ceux – les grands barons – qui veulent le balkaniser n’est pas illogique… à condition de tenir les rênes de l’attelage ! Ce qui est loin d’être le cas. De toute façon, il ne suffit pas de vouloir changer le Parti avec la foi d’une télé évangéliste, il faut encore savoir pourquoi. Malgré quelques propositions novatrices (alliances au-delà de la gauche classique, primaires ouvertes…), on cherche là aussi un véritable projet. Et puis Ségolène Royal est-elle présidentiable ? L’a-t-elle été un jour ?

La motion Aubry
Martine soutenue par Fabius et DSK, c’est incontestablement la motion des présidentiables. Est-elle celle de la cohérence ? Il est permis d’en douter. L’alliance de la fille de Delors et du leader du Non mérite une vraie clarification idéologique. Cela dit, Martine Aubry a une vraie expérience d’Etat et n’est pas sans qualités, même si on peut avoir quelques doutes sur son attachement à la laïcité.

La motion Hamon
Que la gauche du Parti, généralement critique vis-à-vis de l’appareil, se choisisse comme leader un apparatchik qui a découvert sa vocation dans son bol de blédine, un stratège de couloir incapable de se faire élire dans une circonscription, me laisse pantois. En fait, la gauche du Parti (qui compte pourtant de vrais talents, comme Marie-Noëlle Lienemann, par exemple) gère son fonds de commerce. Il s’agit de faire le catalogue des promesses non tenues par le PS depuis dix ans et d’attendre son contingent de places, d’investitures et, peut-être un jour, de portefeuilles ministériels.

En fait, une fois de plus, l’appareil apparaît pour ce qu’il est : une magnifique machine à broyer les talents. Ainsi, après Arnaud Montebourg, réduit, après des débuts prometteurs, à un rôle de danseur de tango argentin, c’est au tour de Moscovici, le plus brillant de sa génération, d’aller à Canossa en perdant toute crédibilité.

Tout cela est bien triste quand on est persuadé que la gauche et, plus généralement, la démocratie française ne peuvent se passer d’un grand parti socialiste. Il est affligeant de voir que Sarkozy, pourtant à la ramasse dans tous les sondages, battrait aujourd’hui quasiment à coup sûr n’importe quel candidat socialiste.

Au final, le Congrès de Reims, quel que soit son résultat, ne sera pas celui de Martine, de Bertrand ou de Ségolène, mais plutôt celui de François (Bayrou) et Olivier (Besancenot), qui ont toutes les raisons de se réjouir de voir un PS ainsi paralysé… et un DSK aussi occupé.

23 septembre 2008

Celui qui a vu les deux faces de l'Ararat

Face nord du Mont Ararat, février 2007, photo DBM


« Celui qui a vu les deux faces de l’Ararat » : c’est par cette phrase un peu mystérieuse que l’organisateur de la soirée d’anniversaire de l’indépendance de la République d’Arménie m’a présenté à l’assistance samedi soir, au complexe Barsamian, sur les hauteurs de la Madeleine.

Explication.

En 2003, j’ai eu la chance d’approcher la Mont Ararat, symbole de l’identité arménienne par la face sud, en traversant l’immense plateau de l’actuel Kurdistan turc qui est en fait le berceau de cette Arménie du Sud rayé des cartes de la région par le génocide.

En 2004 et 2006, par deux fois, c’est la face nord de l’Ararat que j’ai pu apercevoir, couronnée de nuages d’altitude, depuis la route qui traverse le sud de la République d’Arménie.

Or, si les Arméniens de Nice ont souvent fait le pèlerinage de l’Ararat en prolongeant une visite à Erevan, ils n’ont généralement pas pu (et parfois pas voulu) accéder au mont symbole par la Turquie pour des questions d’autorisation et de visa (en 2003, notre délégation arméno-turque, avec Hrant Dink, était placée sous la « protection » de l’armée d’Ankara.

Du coup, face à mes compatriotes d’origine arménienne, j’ai une certaine mauvaise conscience, ayant le sentiment d’avoir bénéficié d’un privilège qui leur revenait de ddroit…

Cela dit, cette année, la soirée est avant tout l’occasion de commenter l’incroyable, à savoir la visite du Président turc Gül à son homologue arménien, Sarkissian. Le tuteur russe étant fort occupé en Géorgie voisine, le Président Sarkissian a joué la carte de l’ouveture en acceptant sans conditions le geste historique d’Abdullah Gül.

Bien sûr, la reconnaissance du génocide arménien est loin d’être résolue. Bien sûr, la question de la fermeture des frontières communes n’a pas à ce jour évolué. Bien sûr, le conflit avec l’Azerbaïdjan reste au point mort.

Mais quand même, on ne peut s’empêcher de rêver. De rêver, par exemple à un monde où, quel que soit son nom, ses origines, son histoire, on pourrait admirer les deux faces de l’Ararat…

21 septembre 2008

La démocratie rattrapée par les cheveux

Ce dimanche ont eu lieu les élections sénatoriales dans les Alpes-Maritimes.

Ayant participé comme élu régional à celles de 1989 et comme élu départemental à celles de 1998, je ne suis pas surpris : la déco est toujours la même (le CADAM), l’environnement aussi. Sur le parvis de « l’Authion », on retrouve en effet tout ce que le département compte comme élus, VIP autoproclamés, société civile revendiquée, observateurs autorisés… Seule la population est absente de ce qui constitue quand même l’élection de la deuxième assemblée parlementaire du pays.

Deux changements cette année : nous devons procéder à l’élection non pas de quatre mais de cinq sénateurs et, la population du département ayant franchi le seuil fatidique du million, c’est à la proportionnelle que le vote s’effectue.

D’où, comme on dit, un bon coup à jouer pour la gauche et, de fait, la volonté de nombreux militants et élus de gauche – dont j’étais – de promouvoir une liste de rassemblement avec une personnalité d’ouverture, en l’occurrence André Aschieri.

Une fin de non-recevoir ayant été opposée à cette initiative, il ne restait plus qu’à prier – pour les croyants – ou à invoquer les génies malicieux de la proportionnelle – pour les autres.

Et ce qui ne devait pas arriver avec trois listes de gauche arriva : Marc Daunis, placé en troisième position avec le score pourtant modeste de 14,21%, se glisse dans un trou de souris et parvient à être élu.

Ce résultat est effectivement dû à un concours de circonstances heureux (le score exceptionnel de la liste de droite Vestri, l’effritement de la troisième liste de droite Laffitte) qui me rappelle la scène de la pièce de monnaie dans le film de Woody Allen « Match point »… Mais il ne serait pas juste d’oublier les mérites personnels de Marc Daunis qui, grâce à son action reconnue comme maire de Valbonne, n’a pas trop souffert de l’image détestable de la Fédération du PS.

Même gagné « à l’arrache », ce siège fait du bien à la démocratie dans les Alpes-Maritimes, en brisant le monopole de la représentation parlementaire de la droite. Mais je persiste et signe : le rassemblement de la gauche était une solution beaucoup moins risquée (l’élection était acquise quel que soit le cas de figure) et, politiquement, beaucoup plus porteuse.

Avec les 6,49% du PC et les 1,06% des Vers, la liste serait largement arrivée en deuxième position et non en troisième. L’histoire se répète : aux Municipales de Nice, la liste de gauche, faute d’avoir su réunir l’ensemble des forces démocratiques de la ville, était également arrivée troisième derrière le candidat UMP (Estrosi) et le dissident UMP (Peyrat). Pour jouer un rôle important dans ce département, la gauche, derrière l’équipe A de la droite, a au moins besoin d’être devant l’équipe B, ce qui est loin d’être le cas.

Quoi qu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir et, au-delà de Marc Daunis, saluons les élus de la ville de Valbonne, comme Ghislaine Toulemonde ou Christophe Etoré par exemple, qui ont su mettre leur leader sur orbite pour le plus grand bien de la gauche et de la démocratie dans ce département.

LES RESULTATS

Inscrits : 1813
Votants : 1805
Exprimés : 1787

- Liste officielle UMP : 858 voix (48,01%)
3 élus : Jean-Pierre Leleux (maire de Grasse, conseiller général), Colette Giudicelli (première adjointe à Menton, conseillère générale) et Louis Nègre (maire de Cagnes-sur-Mer, conseiller général)
- Liste dissidente UMP : 328 voix (18,35%)
1 élu : René Vestri (maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat, conseiller général)
- Liste PS : 254 voix (14,21%)
1 élu : Marc Daunis (maire de Valbonne, conseiller régional)
- Liste Laffitte DVD : 164 voix (9,18%)
0 élu
- Liste PC : 116 voix (6,49%)
0 élu
- Liste Modem : 33 voix (1,85%)
0 élu
- Liste Verts : 19 voix (1,06%)
0 élu
- Liste FN : 15 voix (0,84%)
0 élu